Félix Brasseur : « Faire un petit peu plus et un peu mieux que les autres »
mercredi 21 août 2019

Félix Brasseur
L'entraîneur national, Félix Brasseur, peut être fier de ses meneurs qui ramènent deux médailles des championnats d'Europe © Hoefnet/FFE

Incroyable performance de la France lors des championnats d’Europe d’attelage puisqu’elle repart non pas avec une, mais deux médailles : le bronze par équipe et l’argent en individuel grâce à Benjamin Aillaud. C'est avec fierté que l’entraîneur national et ancien meneur Félix Brasseur revient sur cette prouesse et explique tout le travail accompli ayant permis cette progression fulgurante.

La France repart avec le bronze par équipe et l’argent en individuel, un résultat historique ! Quel bilan faites-vous pour chaque attelage (Sébastien Vincent, Anthony Hordé, Thibault Coudry et Benjamin Aillaud) ?

Sébastien participait en individuel et a fait un très bon concours, il a rempli sa mission dans les trois épreuves. Il avait l’attelage le plus frais et a fait le moins de compétition, il est très jeune et doit encore apprendre à respirer et à se détendre, mais il le fait de plus en plus. C’était un très bon championnat.

Anthony a fait un concours très propre. Je pense que son dressage était plus juste que ce qu’il faisait d’habitude. Il n’y avait aucune faute mais ça manquait un petit peu d’expression. Il faut savoir qu’il a perdu un cheval de colique il y a environ six semaines et c’était un cheval qui faisait les trois épreuves. Devoir mettre un cheval qui n’était pas choisi pour faire la compétition enlève énormément de moyens, de possibilités et tout cela crée des doutes. Cela s’est un peu vu dans le dressage et le marathon où il devrait pouvoir donner mieux, mais ce n’est pas son attelage de base. Par contre dans la maniabilité il a rempli son contrat, c’était très bien.

Thibault a bien donné dans les trois épreuves. Il devrait pouvoir aller plus fort dans le marathon, il a tout ce qu’il faut pour le faire. En dressage il a fait, je pense, sa plus belle reprise de l’année. Dans la mania, il a été égal à lui-même : il a fait un test superbe avec le temps le plus rapide.

Dans les trois disciplines, Ben a fait le maximum de ce qu’il pouvait faire, il était à 120%. Son dressage était top, avec des chevaux différents dans une mise en main un plus haute, mais qui est extrêmement bien exécuté et qui a été apprécié. Dans son marathon, il a donné jusqu’au bout et sa mania était très bien exécutée.

Je suis extrêmement fier de mes gars. Eux m’appellent « papa », ce qui montre qu’il y a plein de choses qui se passent entre nous. Je pense que c’est ça qui permet de renverser des montagnes et d’avancer, et de remporter une médaille !

Vous semblez très proches de vos meneurs, comment avez-vous réussi à avoir un aussi fort esprit d’équipe ?

La fédération française fait un gros travail avec un staff complet qui compte Quentin Simonet comme directeur technique et chef d’équipe, Virgine Coudry comme vétérinaire et qui fait vraiment partie de l’équipe depuis des années et moi-même. Nous fonctionnons à 100% en fonction des chevaux et des meneurs. Les meneurs le sentent et le savent, ils nous font confiance. On a la chance de profiter du site de Lamotte-Beuvron et de s’en servir beaucoup. On se retrouve là-bas à 7h pour le petit-déjeuner, on travaille les chevaux, vers 12h30 on se retrouve pour déjeuner et on recommence. Vers 18h on se retrouve en salle pour parler soit de théorie, de manière de faire ou organiser la saison à venir et le travail des chevaux.

Pendant la compétition, comment se passe ce travail d’équipe ?

Pendant le marathon, je suis à côté d’eux à vélo à et lorsque ce n’est pas possible, je suis relié par radio avec eux. Je vis tout du matin au soir avec eux, cela peut être fatigant mais c’est sensationnel ! Nous avons une équipe exceptionnelle qui vit ensemble. S’il y a un changement dans quoique ce soit, tous les meneurs de notre équipe vont systématiquement en parler avec les autres, alors que l’on se bat quand même l’un contre l’autre. Nous avons un briefing le matin et le soir où l’on dit tout ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour que tout se passe bien.

Ces excellents résultats sportifs et cette cohésion sont donc le résultat d’un long travail. Comment expliquez-vous cette progression ?

On a un travail de longue haleine qui a commencé il y a déjà pas mal de temps, c’est au final une question de continuité avec des choses qui viennent petit à petit. La seule chose qu’il y a eu en plus peut-être cette année est qu’on a un peu plus enchaîné les concours et j’étais à chaque fois avec eux. Le fait de concourir plus permet de garder les chevaux et les hommes en mouvement, d’améliorer en permanence la manière de réagir et le travail des meneurs.

Au tout début, nous étions vraiment derniers dans les classements et personne n’aurait misé sur nous. Cela fait un an que je dis que l’on regarde maintenant la France quand elle se déplace et qu’il y a une attente de résultats : il y a eu un changement. Notre équipe est très homogène avec un travail qui se fait dans le même style même si les hommes sont très différents et les chevaux également. On voit une évolution qui est permanente avec un gros travail qui se fait en hiver lorsque nous nous retrouvons tous les mois pendant 3 à 5 jours à Lamotte Beuvron.

Comment voyez-vous le futur de l’attelage français ?

On termine ce championnat d’Europe avec Benjamin qui est à moins d’une balle du premier et l’équipe de France est à moins d’une balle de l’argent. Cela veut dire qu’il faut tout le temps chercher le maximum et que l’on peut encore gommer quelques petites fautes ou des petits moments où on n’est pas à 120%. La seule manière de faire c’est de faire un petit un peu plus et un peu mieux que les autres. Ce qui est le plus sensationnel c’est que dans tous les attelages que nous avons, il y a encore des choses à améliorer. Il y a encore du travail ce qui veut dire que l’on peut aller encore plus loin. Il ne faut toutefois pas rêver, il faut travailler. La prochaine grosse échéance en attelage à 4 est l’année prochaine avec les championnats du monde, ce qui est important.