Herning 2022 : La Suède, vers l'infini et au-délà
samedi 13 août 2022

Un an après son titre olympique, la Suède devient également championne du monde, devant les Pays-Bas et la Grande-Bretagne
Un an après son titre olympique, la Suède devient également championne du monde, devant les Pays-Bas et la Grande-Bretagne © Scoopdyga

En saut d'obstacles, comme il y a un an aux Jeux olympiques de Tokyo, un constat saute aux yeux : la Suède ne joue pas dans la même ligue que le reste du monde. Sur un parcours digne d'une finale de championnats du monde, ils ont terrassé la concurrence et s'assuraient, dès la troisième rotation, une médaille d'or qu'on ne voyait de toute façon pas leur échapper. Les Pays-Bas et la Grande-Bretagne effectuent une belle remontée et récoltent respectivement les médailles d'argent et de bronze, tandis que nos voisins belges, allemands et suisses connaissent - comme nous - une soirée difficile.

Imbattables. Comme l'année dernière. Alors que les autres nations enchainaient les fautes, la Suède a été impériale sur cette finale par équipes, qui se déroulait en nocturne devant des tribunes pas totalement pleine, mais avec un public très, très enjoué. On se demandait d'ailleurs par moments si entre temps, la finale n'avait pas été délocalisée en Suède. Les drapeaux bleus et jaunes étaient majoritaires et les énormes gants de supporters tournoyaient dans les airs lorsqu'un cavalier suédois entrait en piste. Si un public à fond derrière son équipe galvanise toujours, il y a fort à parier que même dans un stade vide, l'équipe de Suède aurait été sacrée championne du monde. Rien ne semblait pouvoir les atteindre. Alors oui, Peder Fredricson et H&M All In (Kashmir van Schuttershof) n'ont pas eu la finale espérée, avec un dernier parcours à douze points. Le score est lourd, mais le couple n'a plus rien à prouver et détient déjà trois médailles olympiques et deux européennes. À seize ans et malgré toute sa générosité, le petit bai a peut-être atteint ses limites. Mais la Suède était tellement au-dessus du lot qu'en entrant en piste, Peder ne courrait que pour lui. Ses coéquipiers avaient déjà fait le travail et la Suède terminait quoiqu'il arrive avec le plus des métaux autour du cou. Avec de nouveaux sans-faute signés Henrik von Eckermann et l'incroyable King Edward (Edward 28), mais aussi Jens Fredricson - le grand frère de Peder - et Markan Cosmopolit (Cohiba 1198), les Suédois prenaient un boulevard d'avance sur leurs concurrents, et ce malgré les quatre points de Malin Baryard-Johnsson et H&M Indiana(Kashmir van Schuttershof). Depuis un an, la Suède démontre qu'elle est une grande nation de championnats. Certes, leurs résultats en Coupe des nations n'ont pas été exceptionnels cette saison, avec seulement une deuxième place dans à Knokke, mais au final, ils sont là au moment où il le faut. Un constat partagé par le Belge Jérome Guéry : « Ils marchent sur l’eau ! On a pu voir dès le premier jour qu’ils étaient tous en forme. Ils étaient les grands favoris avant le début du concours. Ils ont encore prouvé que pour le moment, en équipe, ils sont au-dessus des autres mais on essaye de suivre derrière (rires) et d’aller les titiller. » En conférence de presse, les nouveaux champions du monde avaient l'air de ne pas vraiment réaliser l'ampleur de leur travail. « Ça a été une année incroyable depuis Tokyo », relevait Henrik Ankarcrona, chef d'équipe suédois. « Nous avons fait notre plan, nous l’avons suivi, nous savions que nous avions les capacités pour réitérer (la performance de Tokyo, ndlr). Mais il faut concrétiser et je remercie mes cavaliers, qui ont été incroyables et ont parfaitement monté. »

Prometteuse jeunesse

En argent, on retrouve les Pays-Bas, quatrièmes à l'issue de la première manche. Si la majorité de leurs couples avait l'expérience nécessaire, soulignons la performance de la jeune Sanne Thijssen, vingt-quatre ans, qui terminait son parcours avec quatre points avec son indissociable Con Quidam RB (Quinar Z). « Je n'ai pas les mots... », lâchait-elle en conférence de presse. « Ce cheval n’a pas les capacités de faire un parcours comme celui là et pourtant il le fait avec tout son coeur. Je suis contente de mon parcours parce que même si on vient pour faire un sans-faute, les quatre points que Con Quidam a fait, il pouvait difficilement les éviter. »

Enfin, il convient de souligner la remontada tonitruante de la Grande-Bretagne. Sixièmes la veille, les Britanniques terminent finalement en bronze, sur la troisième marche du podium. Si des couples d'expérience comme Ben Maher/Faltic HB (Baltic VDL) et Scott Brash/Hello Jefferson (Cooper van de Heffinck) sortaient de piste avec respectivement quatre et huit points, Harry Charles terminait son championnat en beauté avec un superbe parcours sans la moindre pénalité. Le cavalier âgé de vingt-trois ans, dont la rédaction de L'Eperon avait dressé un portrait il y a quelques mois, n'a pas caché sa joie en sortie de piste. « Je suis tellement heureux. C'est indéniablement mieux que les deux derniers jours et notamment qu'hier où nous avions fait deux fautes, mais le cheval a incroyablement bien sauté toute la semaine. Je suis vraiment satisfait d'avoir réussi à redresser la barre ce soir, d'avoir fait ce travail là pour l'équipe, d'avoir fait le job tout simplement. Pourtant, le parcours était extrêmement difficile. Ceci dit, nous sommes aux championnats du monde, donc ce n'est pas étonnant que ce soit un des parcours les plus difficiles du monde. Alors faire sans-faute ce soir... C'est vraiment un sentiment incroyable », confiait celui qui reconnaissait également avoir déroulé le parcours le plus difficile de sa vie. La cheffe d'équipe britannique, Di Lampard, expliquait en conférence de presse que la nation était « venue là pour décrocher une médaille. » Et d'ajouter : « Ça fait un an qu’on l’attend. Je suis vraiment ravie de la manière dont cette équipe s’est battue. » Il faut dire que la dernière fois que la Grande-Bretagne avait ramené une médaille mondiale, c'était en 1998, à Rome, où Di Lampard... faisait partie de l'équipe. 

Pour nos voisins aussi, quelques déconvenues

Ce vendredi soir, il n'y a pas que la France qui a pris une claque. Trois autres grandes nations des sports équestres ont passé une sale soirée (sans compter les Etats-Unis, qui n'ont même pas réussi à se qualifier pour cette finale). Comme la France, l'Allemagne jouait un podium et, comme la France, n'enregistrera aucun score vierge. Jana Wargers est bien parvenue à laisser toutes les barres sur les taquets, mais écope d'un point de temps avec Limbridge (Limbus). Avant elle, Marcus Ehning renversait deux barres avec le petit mais bondissant Stargold (Stakkato Gold). C'est au moment du passage des champions d'Europe en titre, Andre Thieme et DSP Chakaria (Chap 47), que le championnat de la Mannschaft a basculé. Sur l'oxer numéro 3, la jument se décale et éjecte son cavalier, qui termine au sol. Dernier à prendre le départ, Christian Ahlmann accuse quatre points avec le puissant Dominator 2000 Z (Diamant de Semilly). C'est fini pour l'Allemagne, qui doit se contenter de la cinquième place (24.76 points). 

La Belgique a également connu des jours meilleurs. Si Jérome Guéry et Quel Homme de Hus (Quidam de Revel) ont été impériaux, avec seulement un point de temps supplémentaire au compteur et une troisième place provisoire en individuel, le reste de l'équipe n'a pas eu cette chance. Nicola Philipaerts fait (encore) tomber le dernier obstacle avec Katanga vh Dingeshof (Cardento 933) tandis que Jos Verlooy, qui avait chuté la veille, renverse deux barres sur Igor (Emerald). Quatrièmes à partir, Grégory Wathelet et Nevados S (Calvados Z) n'en sont pas à leur premier championnat mais ne peuvent pourtant éviter trois fautes. La déception est grande pour ce pilier de l'équipe belge, et la nation ne peut faire mieux que terminer septième (26.49 points). 

Enfin, à la huitième place, on retrouve la Suisse, qui totalise 26.83 points. Là encore, les Helvètes n'ont rien pu faire face au parcours du chef de piste néerlandais Louis Konickx. Steve Guerdat et Venard de Cerisy (Open Up Semilly) totalisent seize points en deux manches (8+8). Notons quand même les beaux parcours de Pius Schwizer et l'ancien complice de Pénélope Leprévost, Vancouver de Lanlore (Toulon), sans-faute jeudi mais victimes d'un petit quatre points vendredi. Il subsiste cependant un dernier espoir de médaille pour la Suisse, et il réside en Martin Fuchs et Leone Jei (Baltic VDL). Grâce à son sans-faute dans la finale par équipes, le couple pointe actuellement au quatrième rang en individuel. 

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