Herning 2022 : Le sacre du King
dimanche 14 août 2022

Henrik von Eckermann et King Edward ont été sacrés champions du monde cet après-midi à Herning
Henrik von Eckermann et King Edward ont été sacrés champions du monde cet après-midi à Herning © Eric Knoll

Mérité. C'est probablement le mot qui résume le mieux le dénouement des championnats du monde de Herning, en saut d'obstacles. Grâce à King Edward, que beaucoup considèrent (et avec raison) actuellement comme le meilleur cheval du monde, le Suédois Henrik von Eckermann a empoché l'or individuel quelques jours après son sacre par équipe, devant Jérôme Guéry et Quel Homme de Hus, en argent, et Maikel van der Vleuten, médaillé de bronze sur Beauville Z N.O.P. Retour sur une finale de très grand sport.

En marchant le parcours, il semblait assez évident que la première manche de cette finale individuelle serait plus accessible que celle de la deuxième manche par équipes. Le parcours est aéré et hormis la rivière qui arrive un peu vite après la courbe, le double aux couleurs pastel et le numéro 2, un vertical sur bidet après un virage serré, on se demandait où allaient se faire piéger les vingt-et-uns couples au départ. On ne pas vous mentir, en tribune presse, on a trouvé le temps long. Quatorze parcours sans faute, soit deux tiers des partants. C’est beaucoup trop, surtout pour une finale de championnat du monde. Citons donc, pour une fois, les couples qui ont fauté : Antonio Maria Garofalo/Conquestador (Nabab de Reve), avec huit points sur les numéros 2 et 9, Denis Lynch/Brooklyn Heights (Nabab de Reve), quatre points sur le 10A, Jur Vrieling/Long John Silver (Lasino), en sortie du triple numéro 6, Scott Brash/Hello Jefferson (Cooper van de Heffinck), sur le numéro 9, Harrie Smolders/Monaco N.O.P. (Cassini II), sur le 10B, Daniel Bluman/Ladriano Z (Lawito), à sept points après un refus sur le mur Longines en numéro 3, et enfin Martin Fuchs/Leone Jei (Baltic VDL), sur le numéro 4. Vous aurez donc noté que Simon Delestre et Cayman Jolly Jumper (Hickstead), seul couple tricolore encore en lice, réalisaient un parcours parfait et se qualifiaient pour la deuxième (et dernière !) manche, remontant au passage au septième rang. 

En tribunes, tout le monde espérait que le deuxième parcours serait plus excitant que le premier, et personne n’a été déçu. Premier à entrer en piste, Marcus Ehning a plus d’une fois fait chanter les barres avec Stargold (Stakkato Gold), défiant même les lois de la gravité sur l’obstacle numéro 7, où la barre a littéralement rebondi sur les taquets avant de s’y stabiliser. Les cinq couples suivants ne sortiront pas de piste indemnes. Pour Jana Wargers et Limbridge (Limbus), c’est l’entrée de double qui tombe, en plus des deux points de temps de dépassé. Le double piègera également Nicola Philippaerts et Katanga vd Dingeshof (Cardento 933), sur la sortie, tandis que Martin Fuchs et Leone Jei (Baltic VDL) couchaient les deux éléments de cet obstacle. De son côté, la Canadienne Tiffany Foster totalisait neuf points sur le milieu de triple et le vertical numéro 7, en plus d’une seconde de temps dépassé.

« Je n’ai pas de regrets » 

Venait alors le tour de Simon Delestre et Cayman Jolly Jumper, qui font lâcher au public un "Oh !" de surprise suite à un impressionnant saut sur le mur, installé en numéro 1. Le cheval saute magnifiquement bien mais accroche la palanque placée en milieu de triple et la renverse. Le reste du parcours ne pose aucun problème et Cayman semble avoir encore de la réserve sous le pied. Le duo français termine à une très jolie septième place. « Je suis vraiment très fier de Cayman, il a fait un championnat exceptionnel à la hauteur de son talent », commentait Simon Delestre. « Il n’a que dix ans, c’est sa première année à ce niveau et le voir faire un championnat du monde de bout en bout avec cette qualité, répéter tous les parcours avec autant de classe, c’est formidable et de bon augure pour la suite. Terminer septième est vraiment un très, très bon résultat. Il a sauté aujourd’hui ses deux manches de finale de façon formidable. » Le Lorrain explique également sa faute : « J’ai eu une bonne distance à l’abord du triple, je n’ai pas voulu trop l’embêter pour mettre une distance de plus. J’ai pris cette foulée qui se présentait vraiment bien et la parabole de saut s’en est trouvé énorme à l’entrée du triple, ce qui m’a donné deux foulées un tout petit peu courtes pour la palanque du milieu. C’est le jeu, mais je pense que pour le reste du parcours, c’était vraiment exceptionnel. Je n’ai pas de regrets et j’éprouve beaucoup de joie et de plaisir de partager la vie d’un cheval de ce calibre. C’est très excitant pour la suite des événements. Je tiens à remercier tous les gens qui m’accompagnent, de ceux qui travaillent pour moi à ma famille, les gens qui ont pu me suivre ici, Nicolas Hochstadter qui, via H Jumping, a pu faire l’acquisition du cheval pour le sécuriser en vue de la suite des événements. » Verra-t-on Simon et Cayman en 2023 aux championnats d’Europe ? Réponse l’année prochaine. 

King Edward aux sabots d’or

Il fallait finalement attendre le passage de Maikel van der Vleuten, sixième au provisoire, pour réentendre le jingle du sans-faute. Grâce à un nouveau sans-faute de Beauville Z N.O.P. (Bustique), avec qui il avait déjà remporté le bronze olympique l’année dernière, le Néerlandais mettait la pression sur ses concurrents qui, s’ils voulaient avoir la moindre chance de podium, devaient arracher le parcours parfait. Mais au jeu de la conquête des médailles, certains ont perdu. Le champion olympique Ben Maher, d’abord, a vu ses espoirs de podium anéantis pour quatre points sur le numéro 7 avec Faltic HB (Baltic VDL). Même sentence, mais sur la sortie du double, pour l’Autrichien Max Kühner, très souvent au classement, mais qui ne parvient que rarement à transformer l’essai. Cette fois encore, il devra attendre pour une médaille (sixième) malgré l’énergie déployée par Elektric Blue P (Eldorado vd Zeshoek) tout au long du championnat. Vient alors le tour de Jérôme Guéry, qui a à coeur depuis un moment déjà d’offrir à Quel Homme de Hus (Quidam de Revel) la médaille qu’il mérite tant. Il n’en est pas passé loin à Tokyo, où une erreur de son cavalier ne lui a pas permis de concrétiser le rêve. Mais cette fois, la médaille ne leur échappe pas. Impérial, l’étalon de seize ans ne frôle pas la moindre barre et empoche non pas le bronze, mais bien l’argent, grâce aux treize points de Jens Fredricson, sur Markan Cosmopolit (Cohiba 1198). Une deuxième place qui « sonne comme une victoire » pour Jérôme Guéry. « C’est un cheval qui m’apporte tellement de bonheur, il mérite vraiment une médaille car il est constant depuis des années. Moi j’ai fait des erreurs les fois dernières (aux Jeux olympiques et La Baule notamment, ndlr), lui est resté au top à chaque fois. J’ai essayé d’être à sa hauteur et cela a fonctionné cette semaine. Il a été exceptionnel, comme il l’est souvent. »

Tout devant, loin devant devrait-on dire, on retrouve le meilleur cheval du monde, et pas seulement sur cette compétition, même s’il a été le seul (avec Quel Homme de Hus) à ne toucher aucune barre tout au long du championnat. Sous la selle du Suédois Henrik von Eckermann, il a une fois de plus fait l’étal de son talent, faisant vibrer les tribunes au rythme de ses sauts. Acclamé au passage de la ligne d’arrivée, montré du doigt et embrassé par son cavalier, le BWP de douze ans King Edward (Edward 28) termine en or et « évolue dans un autre monde », comme l’a dit Maikel van der Vleuten, médaillé de bronze (encore !), en conférence de presse. Rien ne semble pouvoir atteindre ce véritable génie de la barre qu’on peine à qualifier tellement il rassemble de qualités. « Incroyable. » « Quel cheval. » « Il est hors norme. » Voici quelques uns des mots qu’on pouvait entendre dans les tribunes à chaque fois qu’il sortait de piste. Des mots justifiés au regard de l’incroyable carrière qu’il est en train d’écrire. « C’est un privilège de monter un tel cheval », concluait le nouveau champion du monde. Et on veut bien le croire.

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