Pratoni 2022 : Le couronnement de Yasmin Ingham
dimanche 18 septembre 2022

Yasmin Ingham et Banzai du Loi, sacrés champions du monde à Pratoni del Vivaro
Yasmin Ingham et Banzai du Loi, sacrés champions du monde à Pratoni del Vivaro © FEI/Richard Juilliart

Quel final ! Pour sa dernière journée de compétition, le Mondial de concours complet de Pratoni del Vivaro a été le théâtre d’un scénario renversant. Alors que tout le monde s’attendait à ce que le titre revienne à un Michael Jung qui semblait intouchable, c’est finalement la jeune Yasmin Ingham et son Selle Français Banzai du Loir (Nouma d’Auzay) qui ont été sacrés en individuel. De quoi redonner le sourire aux supporters britanniques, qui ne voient même pas leur équipe monter sur le podium, aux mains de l’Allemagne, des Etats-Unis et de la Nouvelle-Zélande.

Ce n’est pas sur le sable mais sur l’herbe de Pratoni del Vivaro que les couples encore en lice aux championnats du monde de concours complet s’étaient donné rendez-vous pour l’ultime affrontement de cette folle semaine. C’est le chef de piste qui officie sur le Global Champions Tour, Uliano Vezzani, qui a été choisi pour dessiner l’hippique de ces Mondiaux. « C’est un parcours qui est assez gros par rapport aux parcours qu’on saute habituellement. On sent la patte du chef de piste, avec une technique bien présente tout le long. C’est assez long, peut-être un poil long pour un lendemain de cross. C’est quatre-vingt-dix secondes, seize efforts, tout est assez technique dans la construction comme dans les dessins, les contrats de foulées… Rien n’est laissé au hasard », faisait remarquer Astier Nicolas. Au final, on ne recense que douze sans-fautes sur soixante-huit départs… et un classement bouleversé, même au sommet.

La jeunesse au pouvoir

Alors que Michael Jung pointait en tête avec une barre d’avance, derrière, la bataille faisait rage pour monter sur le podium. Ils étaient pas moins de dix à se tenir dans la même barre. La tenante du titre, Rosalind Canter, huitième avant l’hippique, a pu compter sur un Lordships Graffalo (Grafenstolz) qui, a seulement dix ans, ne s’empare "que" d’une médaille en chocolat, mais semble promis à un bel avenir. Juste après le passage de la Britannique, Tim Price boucle lui aussi un sans-faute qui lui permet de récupérer une médaille de bronze avec Falco (Cardenio 2), car l’Américain Boyd Martin, sur Tsetserleg (Windfall 2), craque et sort de piste avec le lourd score de seize points. Comme à Tokyo, et à presque tous les concours qu’elles ont courus, Julia Krajewski et Amande de B’Neville (Oscar des Fontaines) n’ont jamais laissé entrevoir la possibilité de laisser une barre à terre. Toujours aussi impressionnante sur les barres, "Mandy" « a fait ce qu’il fallait quand il le fallait, comme toujours » et a prouvé toute sa classe en signant un sans-faute déconcertant de facilité qui l’a propulsé une fois de plus avec sa cavalière sur un podium d’une échéance d’ordre mondial, mais cette fois avec l’argent individuel. Pourtant, avant l’hippique, le couple n’était que cinquième. Elles ont profité des fautes d’Oliver Townend et Ballaghmor Class (Courage II), qui faisaient en même temps glisser leur nation au quatrième rang et voir la Nouvelle-Zélande s’emparer du bronze, ainsi que de celles de l’Américaine Tamra Smith, victime de huit points en selle sur Mai Baum (Loredano 2). 

C’est à ce moment de la compétition que Yasmin Ingham entre en piste. Elle ne le sait pas encore, mais dans quelques minutes, elle sera sacrée championne du monde. Et à voir la manière dont elle déroule son parcours avec Banzaï du Loir (Nouma d’Auzay), on sent que rien ne peut lui arriver. La jeune britannique passe la ligne sans la moindre pénalité et s’assure, au pire, une médaille d’argent individuelle. Ne reste plus que Michael Jung à entrer en piste et à conjurer le sort de Tokyo, où il avait réalisé - là aussi avec fischerChipmunk FRH (Contendro I) - le meilleur dressage, survolé l’hippique mais avait été victime d’un mim sur le cross. Il compte une barre d’avance sur la Britannique. Les difficultés s'enchaînent et arrive le dernier des trois doubles, le 11, dont il renverse l’entrée. Le joker est grillé, plus aucune erreur n’est permise. Chipmunk sort sans encombre du double, franchi l’oxer n°12 et se présente face au dernier : un vertical sur palanque. Il n’a fallu qu’une fraction de seconde pour que la médaille d’or qu’il tenait dans ses mains ne s’envole et ne devienne une cinquième place, lorsque Chipmunk a laissé échapper la palanque des taquets. La foule hurle sa surprise pendant qu’au paddock, il faut quelques secondes à Yasmin Ingham pour réaliser l’exploit qu’elle vient d’accomplir. Elle est championne du monde, à seulement vingt-cinq ans, alors qu’elle participe à sa première échéance mondiale chez les Seniors. En conférence de presse, l’amazone avouera avec humour que l’Italie lui réussit plutôt bien, faisant référence à sa double médaille d’or chez les Poneys en 2013. « C’était incroyable d'avoir l’opportunité de monter ici, surtout quand on voit le niveau des membres de l’équipe britannique. Cette semaine s’est déroulée comme dans un rêve. Banzaï est le meilleur cheval sur lequel il m’ait été donné de m’asseoir et je n’aurais jamais imaginé, il y a ne serait-ce qu’un an, être sacrée championne du monde. »

Michael Jung peut néanmoins se consoler avec l’or par équipes remporté par l’Allemagne. « J’éprouve actuellement un sentiment qui mêle victoire et défaite, c’est très étrange », faisait-il savoir en conférence de presse. Les Etats-Unis décrochent une surprenante médaille d’argent, tout juste un an après un changement de staff qui semble leur avoir fait le plus grand bien. « Nous savions en venant ici que nous pouvions faire une médaille en équipe alors forcément, nous sommes heureux. Ça montre la dynamique de notre pays », soulignait Tamra Smith, neuvième en individuel. En bronze donc, on retrouve les Kiwis, heureux de retrouver le podium d’une telle échéance. « Je n’ai pas de mots, ça fait un moment que ça ne nous était pas arrivé », faisait savoir le double médaillé de bronze, Tim Price.

L’exploit signé Gaspard Maksud

Après le difficile cross de la veille, les Bleus n’étaient plus que trois représentants au départ de l’hippique. Astier Nicolas était le premier d’entre eux à fouler la piste, mais n’a pas été en mesure de boucler le sans-faute qu’il espérait. Avec Alertamalib’Or (Yarlands Summer Song), il sort de piste avec douze points supplémentaires à son compteur. « Le parcours était exigeant et j’ai un peu consommé le sans-faute en début de parcours. Ça a lâché à la fin, j’ai trois fautes : sur le premier élément du dernier double et les deux derniers obstacles. Trois fautes sur les trois derniers obstacles, c’est symptomatique. C’est décevant, c’est un constat sans appel et il manquait un petit quelque chose. Il aurait fallu que je lui fasse un petit peu plus confiance dans sa technique de devant, mais c’est vrai qu’il a commencé par toucher le deuxième plan du premier oxer puis il a touché le vertical n°2. Je l’ai monté de manière un tout petit peu énergivore pour assurer le début du parcours et je l’ai payé en fin de parcours », analysait le champion olympique. 

Même sanction pour Cyrielle Lefèvre, pénalisée de 12.4 points en fin de parcours avec Armanjo Serosah (Romando de l’Abbaye). Des fautes qu’elle explique : « Comme maintenant il m’écoute, c’est à moi de passer le cap cette fois-ci, de me dire qu’il a changé et que je peux le laisser un peu plus passer pour qu’il puisse s’exprimer un peu mieux. Je le coince un petit peu donc il fait des fautes de couverture, parce que je l’amène un peu serré et que je pense qu’il va m’emmener dedans alors que maintenant il écoute. » Malgré tout, la Française retient majoritairement du positif dans cette nouvelle prise d’expérience qui devrait la conduire vers une nouvelle saison à haut niveau l’année prochaine. 

Enfin, s’il est bien une révélation à retenir cette année, c’est celle de Gaspard Maksud et Zaragoza (Cevin Z). Après un très bon dressage en 27.1 points et un maxi sur le cross, ils font partie des douze sans-fautes de cette épreuve d’hippique et terminent leur premier Mondial à une (probablement) inattendue sixième place. Le cavalier de vingt-neuf ans n’a pas manqué de faire savoir sa joie et félicité « une jument fantastique », qui a « fait le boulot depuis le dressage et a été super sérieuse. On n’a pas l’impression qu’elle a galopé dix minutes hier. Elle a fait quelques petites barres à la détente, mais dès qu’elle arrive au milieu de la grande arène, elle sait ce qu’elle a à faire. » Une performance qui vient redonner un peu de baume au cœur à une équipe de France qui n’a pas été épargnée par la dure loi du sport. 

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