Pratoni 2022 : Les Britanniques prennent le large... Et battent des records
vendredi 16 septembre 2022

Tom McEwen et Toledo de Kerser, ici lors des championnats du monde de Pratoni del Vivaro
Tom McEwen et Toledo de Kerser, ici lors des championnats du monde de Pratoni del Vivaro © FEI/Richard Juilliart

À Pratoni del Vivaro, les Britanniques avaient déjà donné le ton hier, lors de la première journée de compétition, dédiée au test de dressage. Ce vendredi, ils n'ont pas fait que confirmer leurs ambitions. En plus de placer ses quatre cavaliers dans le top 7 individuel et de prendre la tête de la compétition par équipes, la Grande-Bretagne a battu le record de la meilleure entrée en matière lors d'un championnat du monde, avec un score, à l'issue du dressage, de 69.2 points. Retour sur une journée marquée par de nombreux exploits, mais aussi par quelques déceptions.

De belles reprises, il y en avait déjà eu hier à Pratoni del Vivaro. Parmi elles, évidemment, celle de Laura Collett et London 52 (Landos), ou encore Yasmin Ingham et Banzai du Loir (Nouma d'Auzay). Mais ce vendredi, en Italie, la barre est encore montée d'un cran. Si Julia Krajewski et Amande de B'Neville (Oscar des Fontaines), premier couple phare à s'élancer, n'ont pas réussi à faire mieux que les deux duos britanniques, les championnes olympiques ont néanmoins déroulé une très belle reprise, notée à 74% (26 points), avec de très beaux allongements au trot et d'excellents changements de pied, le tout avec une rectitute et une fluidité remarquables. « Pour être honnête, en venant ici, j’avais moins de pression qu’en allant à Tokyo. Avant l’année dernière, les gens m’attendaient au tournant, ils attendaient que je fasse des fautes. Je devais encore faire mes preuves. Maintenant, tout ça est derrière moi, je fais en sorte de me faire plaisir, mais il y a évidemment toujours cette pression de vouloir bien faire. Mais il y a moins de pression sur mes épaules que l’année dernière », soulignait l'Allemande, heureuse. Mais il en fallait plus pour battre les Britanniques, qui semblent décidément venir d'une autre planète. Car même lorsqu'ils font de grosses erreurs, ces derniers arrivent à boucler une reprise en moins de 30 points, à l'image de Tom McEwen qui, malgré un départ au galop dans le premier allongement au trot et un travail au pas moins satisfaisant que le reste avec son fidèle Toledo de Kerser (Diamant de Semilly), sort du rectangle avec 25.6 points. Il faut dire que le travail au galop du couple était très bon, et notamment ses changements de pied. « Je suis vraiment très content de Toledo, ce travail au galop était plus cadré, avec un meilleur rythme que d’habitude. Je ne sais pas pourquoi, mais il est plus à l’aise sur l’herbe que sur le sable, mais on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut, donc j’attends avec impatience les deux prochains tests, qui se dérouleront sur l’herbe », précisait le cavalier après sa reprise. Dernier duo britannique à s'élancer, Oliver Townend et Ballaghmor Class (Courage II) alignent à leur tour un score exceptionnel de 24.3 points, notamment grâce à de très impressionnants allongements au galop et un bon travail au trois allures. De quoi effacer le score de 26.2 points de Rosalind Canter et Lordships Graffalo (Grafenstolz) du total de l'équipe, qui affiche finalement 69.2 points... Soit le meilleur score jamais réalisé à l'issue du dressage lors d'un championnat du monde. Et un record de plus pour les Britanniques, un !

Michael Jung et fischerChipmunk FRH toujours au sommet

Du record, eux s'en sont fortement approchés. Mais Bettina Hoy et Woodsides Ashby en sont finalement toujours détenteurs, depuis les championnats du monde de Jerez en 2022, où ils avaient obtenu l'incroyable score de 13.9 points. De leurs côtés, grâce à une reprise quasiment exemplaire, Michael Jung et fischerChipmunk FRH (Contendro I) ont dû se contenter d'un superbe 18.8. De quoi voler la vedette (et la tête du classement provisoire en individuel) à Laura Collett et London 52. « Je suis très fier de fischerChipmunk, un immense merci à mes amis, ses propriétaires, la famille Fischer et le fischer Group. C’est incroyable de concourir un tel championnat avec une nouvelle superstar. C’est fou la manière dont il performe sur le rectangle. Il intériorise ses émotions et je peux le monter comme à la maison. Il est très détendu mais aussi très énergique et concentré », confiait l'Allemand en sortie de piste.

Le clan tricolore entre joie et déception

Du côté des Français, Gaspard Maksud et sa jeune Zaragoza (Cevin Z) étaient les premiers à se présenter sur le rectangle ce vendredi. Comme à son habitude, le couple a déroulé une belle reprise, sans faute et toute en précision, notée à 72.90% (soit 27.1 points) par les juges. De quoi donner le sourire au cavalier, à toute son équipe, et au staff fédéral. « La jument a été très sérieuse. Elle a fait ce qu'elle fait d'habitude. On aurait été content avec 28 points, donc là, on ne va pas se plaindre. Tous les mouvements étaient plutôt bien, elle a été très à mon écoute. Je ne peux pas lui reprocher quoi que ce soit, elle a fait son boulot, j’ai fait à peu près le mien, on est content. Elle a été très sérieuse durant le stage de préparation, et elle est arrivée ici en l'étant tout autant. C’est un point positif parce qu’il y a un an ou un an et demi, elle aurait été très, très chaude. Elle a beaucoup mûri ces douze derniers mois. Il y a encore des points sur lesquels progresser, mais elle n’a que neuf ans et je pense que l’avenir s'annonce excitant », soulignait le cavalier. « C'est vraiment une très bonne chose que nous puissions compter sur un cavalier avec un tel talent, et sur une jument avec autant de qualités », a tenu à préciser Jean-Pierre Blanco, entraîneur de dressage de l'équipe de France de concours complet.

Quelques heures plus tard, Nicolas Touzaint et Absolut Gold*HDC (Grafenstolz) sont à leur tour entrés en piste. Malheureusement, les choses ne sont pas vraiment déroulées comme prévu pour le couple, qui a dû composer avec les mouvements de tête intempestifs du beau bai, visiblement gêné par quelque chose. « Le cheval a déclenché ces coups de tête hier. Il est très réactif à la lumière, aux moucherons, etc. mais ça n’avait jamais posé aucun problème sur le rectangle. C’est plutôt quelque chose qui l’agace quand on se promène ou au paddock mais au travail, je n’avais eu ce problème. Vous dire pourquoi, je ne sais pas, mais hier matin s’est particulièrement agacé donc on s’est inquiété mais il n’y a pas de solution miracle. J’ai retravaillé hier après-midi, c’était un peu mieux, ce matin, il ne disait rien donc je pensais que je n’allais pas être embeté. Et puis cet après-midi… Je pense que c’est lié à la luminosité et aux moucherons. On a pourtant fait tout ce que l’on avait le droit de faire mais là, quand il est comme ça, j’ai subi la reprise. Ce n’était pas le jour », a expliqué le cavalier, indéniablement déçu. Si cela a évidemment fait perdre de précieux points au couple - qui conclut sa reprise avec un score de 34.4 points, loin de ses notes habituelles -, quelques éléments très positifs sont à noter, comme l'amélioration des changements de pied. « Dans son fonctionnement et son attitude, Absolut va de mieux en mieux, on le dit depuis longtemps. Les changements de pied qui ne passaient pas du côté le plus difficile, c’est ce qu’il a fait de mieux aujourd’hui. Techniquement, il est dans une constante progression », affirme le cavalier et confirme Jean-Pierre Blanco.

Des scores serrés

Si l'équipe britannique s'est installée en tête avec une large avance de 6.9 points, du côté du reste du classement par équipes mais aussi du classement individuel, les scores sont, eux, plutôt très serrés. Seul 0.5 point sépare l'Allemagne (76.1 points) et les Etats-Unis (76.6 points), qui occupent pour le moment respectivement les deuxième et troisièmes places. Quatrième, la Nouvelle-Zélande n'est, elle non plus, pas bien loin avec un score de 77.9 points. Dans ce classement encore (très) provisoire, la France pointe au sixième rang, avec un total de 84.2 points, soit 0.1 point de plus que l'Australie, cinquième. Moins de huit points séparent donc pour le moment les Bleus du podium. Et, qu'on se le dise, rien n'est encore joué. Demain, le cross - qui s'annonce difficile - devrait en effet rabattre quelques cartes. Cela, également du côté du classement individuel. Car, si Michael Jung a pris la tête des opérations avec ses 18.8 points, les autres se bousculent derrière lui. Les douze premiers tiennent en huit points et pas moins de huit couples sont actuellement à 26 points. En bref, comme l'assure Nicolas Touzaint, « la journée de demain va être décisive ».

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