Pratoni 2022 : Un final sans la France
dimanche 18 septembre 2022

Gaspard Maksud et Zaragoza
Gaspard Maksud et Zaragoza, actuellement neuvièmes au provisoire © FFE/PSV

À Pratoni del Vivaro, site italien hôte des championnats du monde de concours complet, le cross a changé la donne. Alors que les archi-favoris avalaient leur thé de travers en invitant les Australiens à leur table, les Allemands et les Américains engloutissaient tout ce qui leur passait sous le nez pour pointer ce soir en tête d'un classement sur lequel la France ne figure même plus.

On en avait imaginé des scénarios... mais un comme celui-ci ne nous avait pas traversé l'esprit. Comme à Rio, où il avait fait sensation, Astier Nicolas ouvrait la marche de l'équipe de France : tout droit, en avant et maxi. Alors on le voyait mal essuyer un refus, même si on sait pertinemment que ce sport offre parfois son lot de surprises. Pourtant, sur l'élément C de la combinaison n°7, Alertamalib'Or (Yarlands Summer Song) a dit "non". Une faute que son cavalier explique : « Je n’ai pas assez repris dans ma descente, malgré le fait que j’avais décidé de le faire. J’avais un cheval qui tirait moins après la première cote. On savait qu’il fallait beaucoup de contrôle dans cette descente, mais aussi qu’il ne fallait pas qu’il reste planté là-haut parce que c’était quand même un risque. Il fallait faire un choix au milieu de ces deux dangers. J’ai placé le curseur au mauvais endroit, je me suis un peu fait dépasser dans la descente. Il s’en est suivi deux foulées et demies… donc dérobé. » Un incident technique qui ne remet pas en cause la bonne forme de Mitch (surnom d'Alertamalib'Or), qui a déroulé un parcours avec classe et qui « serait arrivé à l'heure sans cet incident » selon son cavalier, malgré un mim renversé sur l'obstacle n°18 et qui ajoutait onze points supplémentaires à son compteur déjà trop garni à son goût. 
On n'aurait pas non plus pensé que Thomas Carlile ne finirait pas son parcours. Comme le cavalier l'expliquait hier, Darmagnac de Béliard (Canturo) est courageux et ne regarde rien sur le cross. Il n'a d'ailleurs pas sourcillé sur la combinaison n°7, montré aucun signe de fatigue lorsqu'il se lançait à l'attaque des collines italiennes. Jusqu'à l'obstacle n°18, le couple déroule. Mais sur la combinaison n°19, la belle mécanique s'enraye et le cavalier, déséquilibré, chute. « J’ai bien soigné l’entrée de ce coffin », racontait Tom. « Darmagnac a peut-être manqué un peu d’expérience et a été un peu surpris d’atterrir dans la pente. J’ai serré mes jambes, il s’est demandé pourquoi je les serrais et il m’a manqué cinquante centimètres, ce qui m’a donné un peu de battement et il s’est désisté de l’effort. » Dans sa cascade, le hongre de neuf ans se fait une plaie superficielle sur l'épaule mais, par précaution, il est évacué en van. « Il va bien, il marche bien, il est en pleine forme. Je suis juste désolé pour tout le monde dans l'équipe parce que jusque là, ça se passait plutôt très bien. » 

Du regain d'espoir... 

Face à cette mauvaise entame, le clan français accuse le coup. Il reste encore trois couples à passer et le prochain joue un championnat individuel. Armanjo Serosah (Romando de l'Abbaye) est un excellent crosseur et n'a pas souffert du cross des CCI5*-L de Pau et Badminton. Cyrielle Lefèvre, sa cavalière, le sait, mais il y a un monde entre ces deux parcours et celui de Pratoni. Alors elle se méfie, notamment de la fameuse combinaison 7ABC, et dont Armanjo en fait une simple banalité. Sur tout le parcours italien « il a été sensationnel et il m’a épatée dans les montées », confiait sa cavalière encore un peu émue. « Il est monté à trois mille à l’heure et derrière, il repartait quand même. Pas une seule fois il n’est pas reparti. Je le savais très endurant, mais je ne l’avais jamais monté sur un parcours aussi vallonné. Et, en fait, j’ai l’impression qu’il galope encore plus vite que sur le plat. Je suis très fière de ce cheval, il a tout donné, il est droit partout, il cherche à me faire plaisir tout le temps. Il est exceptionnel. » La Française passe la ligne avec 1.6 points de pénalités et offre sans le vouloir un véritable coup de boost à l'ensemble de la délégation tricolore. 
C'est avec le couteau entre les dents, mais la difficile mission de redresser la barre, que Gaspard Maksud et Zaragoza (Cevin Z) ont pris le départ. La galopade de la bouillonnante jument de neuf ans impressionne, donnant au passage quelques sueurs froides sur certaines combinaisons délicates, où elle garde fort les genoux sous elle, faisant craindre un accrochage inopiné. « Il fallait que je lui fasse confiance », affirmait le cavalier de vingt-neuf ans. « Elle est quand même très maligne. C’est une jument qui saute plutôt assez basse, mais c’est pour ça qu’elle est rapide sur le cross. Aujourd'hui, elle était vraiment fantastique. » Malgré les frayeurs, le couple passe la ligne sans le moindre incident et, mieux encore, dans le temps impartit. Enfin, la France décroche un maxi et Gaspard s'affiche au neuvième rang. Même si les chances de médailles sont plus minces que la veille, tout serait-il encore possible ? 

... à l'élimination

Reboostée par les performances de ses deux derniers soldats, c'est relativement confiante que l'équipe de France se prépare à envoyer Nicolas Touzaint. « Je sens le cheval très bien », soufflait-il à la détente à son oncle, Thierry. Nicolas, les championnats, ça lui connait. Il ne manque pas d'expérience et répond présent lorsqu'il est appelé, d'autant plus que lui et Absolut Gold*HDC (Graffenstolz) se connaissent parfaitement. Alors que le couple dévore le parcours, toute l'équipe de France a les yeux rivés sur les écrans à proximité des lignes de départ/arrivée. Quand soudain, l'imprévisible survient. Absolut vrille ses épaules pour passer le troisième élément de la combinaison n°16, déséquilibrant son cavalier qui se retrouve à l'avant de sa selle, accroché tant bien que mal à l'encolure. Alors qu'Absolut repart de plus belle, Nicolas finit par lâcher et glisse sur plusieurs mètres avant de s'immobiliser. Le Mondial de l'équipe de France est terminé. 
Comme l'exigent les procédures FEI, Nicolas Touzaint a été envoyé à l'hôpital pour des examens approfondis. Si à l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas officiellement reçu de nouvelles, Thierry Touzaint affirmait que même s'il avait été sonné sur le coup, il était en pleine possession de ses moyens au moment de monter dans l'ambulance qui le conduisait à l'hôpital. De son côté, Absolut est également en pleine forme. 

Quelques surprises chez les étrangers 

Nombreux étaient ceux qui estimaient que cette journée de cross allait changer la donne de ce Mondial. À raison. Les Britanniques, d'abord, on vu leur journée se ternir au passage de Laura Collett et London 52 (Landos), pénalisés pour un refus sur la combinaison n°7. Effondrée, c'est en larmes que la cavalière s'est présentée à la presse après son parcours. « Un jour, il aura la médaille qu'il mérite », lâchait-elle entre deux sanglots, qui passe une deuxième fois à côté de la récompense qu'elle espérait tant. Tom McEwen accusera un peu plus de quatre points de temps, dûs à des désaccords entre lui et un Toledo de Kerser (Diamant de Semilly) qui en voulait beaucoup plus, et qui aurait bien sauté les options en plus des obstacles initiaux. « Ça n'a pas vraiment été une partie de plaisir », faisait-il savoir. Malgré les parcours maxis de Rosalind Canter/Lordships Graffalo (Grafenstolz) et Oliver Townend/Ballaghmor Class (Courage II), le mal est fait et les Britanniques troquent leur première place provisoire contre le troisième rang. Soulignons en revanche le très beau cross de la toute jeune Yasmin Ingham et son Banzai du Loir (Nouma d'Auzay), qui concluent ce test avec seulement 1.2 point supplémentaire à leur compteur, dont le total se porte maintenant à 23.2 points. « On aurait cru Banzai à la maison, il a vraiment très bien sauté et au final, même si on a un peu de temps dépassé, je suis extrêmement satisfaite de ce qu’il a fait. Franchement, je n’aurais jamais pu imaginer et même rêver me retrouver à cette position après le cross. Je sais que le cheval en est largement capable, je pense tellement de bien de lui, il mérite tout ce qui lui arrive là. J’espère que demain il montrera à tout le monde qu’il est plus qu’un simple cheval », déclarait la jeune cavalière encore sous le coup de l'émotion. Elle s'affiche ce soir au deuxième rang provisoire. 

S'il est bien une nation qui a survolé ce test, c'est l'Allemagne, qui se paie le luxe de voir ses trois meilleurs couples à l'issue du dressage rentrer avec un maxi à la clef : Sandra Auffarth/Viamant du Matz (Diamant de Semilly), Julia Krajewski/Amande de B'Neville (Oscar des Fontaines), et bien sûr Michael Jung et fischerChipmunk FRH (Contendro I). Si ce dernier occupe d'ailleurs toujours la tête du classement individuel provisoire, il tient également le lead avec ses camarades dans la compétition par équipe. L'autre nation qui a frappé un grand coup, ce sont les Etats-Unis, en argent provisoire après avoir été pénalisés uniquement des 0.8 point de William Coleman et Off The Record (Arkansas). Boyd Martin/Tsetserleg TSF (Windfall 2) et Tamra Smith/Mai Baum (Loredano 2) bouclaient eux aussi un maxi qui leur permet ce samedi soir de pointer respectivement aux six et troisième rangs individuels. Visiblement, le changement de staff a fait du bien aux Américains. Et si c'était eux qui venaient sauver le concours complet aux Jeux olympiques de Los Angeles dans six ans ?

Pour consulter les résultats par équipes provisoires, cliquez ici.
Pour consulter les résultats individuels provisoires, cliquez ici