Alexis Goury : « Trompe l’Oeil est taillé pour les 5* »
jeudi 22 octobre 2020

Alexis Goury et Trompe l'Oeil d'Emery
Alexis Goury et Trompe l'Oeil d'Emery, ici au Grand National du Haras du Pin en 2020 © Eric Knoll

Engagé dans le CCI5*-L des Etoiles de Pau, qui débute ce jeudi, Alexis Goury espère se faire une place parmi les meilleurs avec son fidèle Trompe l’Oeil d’Emery (Imprevu de la Cour*HN x Fury de la Cense). Quelques jours avant le début des hostilités, il s’est confié à L’Eperon sur ses ambitions, son année 2020, mais aussi sur l’histoire si particulière qu’il écrit avec celui qui a changé sa carrière.

« Avec Trompe l’Oeil, je pars toujours pour être à l’heure », confiait Alexis Goury sur la route du seul CCI5*-L de la saison, celui de Pau. Le ton est donné, mais peut-on vraiment reprocher au cavalier de 25 ans de vouloir réitérer sa performance d’il y a deux ans ? « Je regardais des statistiques cette semaine, chose que je fais rarement mais j’ai trouvé ça par hasard sur les réseaux sociaux, poursuit-il. Sur les 170 partants des trois dernières éditions des Etoiles de Pau, seulement sept chevaux sont rentrés maxi. » Et parmi eux, Trompe l’Oeil d’Emery. Il faut dire que le fils d’Imprévu de la Cour est taillé pour les 5*. Selon son cavalier, « il a de la force, du sang, un mental incroyable. » Ne resterait selon lui qu’à améliorer sa locomotion, histoire de supplanter la concurrence dès l’entame de la compétition. 
Sur ce point, le couple a fait de nets progrès ces derniers temps et Alexis aimerait les concrétiser par une bonne note à la sortie du rectangle. « Je tiens à me rapprocher des 69%, comme j’ai fait les deux dernières fois, voire plus si c’est possible évidemment », souligne-t-il. À Lignières, il y a deux semaines, la paire était ouvreuse du dressage du 4* et a pu travailler ce test sans pression. « Il y avait Serge (Cornut, ndla) sur place donc c’était super bénéfique, c’était l’occasion de prendre la température et de retravailler les points nécessaires le lendemain. » 

Au top de leur forme

Dès que le maintien de Pau a été annoncé, Alexis en a fait son objectif et a construit le programme de son alezan sur cette échéance, avec un retour dans la discipline lors du Grand Complet au Haras du Pin en août dernier. « Il n’avait pas vraiment recouru depuis les championnats d’Europe de Luhmühlen l’année dernière, et quand je suis arrivé sur l’entrée de gué un peu panoramique je me suis fait surprendre (en écopant d'un stop, ndlr), raconte le cavalier. Je ne m’y attendais pas et je pense qu’il avait un peu le souvenir des Europes où il avait laissé quand même un bon genou et s’était fait un peu mal sur une entrée de gué. » Un incident bien vite oublié lors du Grand National, au même endroit, un mois plus tard où le cheval a « magnifiquement couru » sur le cross comme à l’hippique. De quoi booster le capital confiance de son cavalier, qui ne l’a remis sur les barres qu’en début de semaine. « Je refais toujours un parcours avant de partir pour me mettre dans les conditions, reprendre mes repères. Avec le confinement j’ai pris du recul, j’ai changé un petit peu l’embouchure et ça fait deux concours qu’il saute magnifiquement bien. J’ai l’impression que plus il vieillit et plus il saute bien. » 
Le hongre de 13 ans fait partie de ces chevaux qui n’ont pas besoin d’enchainer les concours pour être en condition. « Je suis plus sur le fait de le préserver, il sort beaucoup en extérieur pour son moral. » Ajoutez à ça le fait que Trompe l’Oeil est un peu feignant sur les bords, « il connait la différence entre la maison et les concours » et sait parfaitement quand se donner. 

« Vends-le, il ne fera jamais rien »

S’il est aujourd’hui bien connu des passionnés de concours complet et de haut niveau, Trompe l’Oeil d’Emery n’était pas destiné à la carrière qu’il est en train de mener et le couple a véritablement grandi ensemble. Acheté à 4 ans sur les conseils de sa tante et son oncle, gérants d’un centre équestre, Alexis - qui était encore à l’époque au lycée et voulait intégrer la formation initiale de Saumur - espérait « faire 1* à terme, en tant qu’amateur. Je ne pensais même pas pouvoir devenir cavalier de haut niveau ». Il faut dire que les débuts avec lui n’ont pas été des plus simples, même si Trompe l’Oeil a toujours été « un cheval très gentil, facile à monter et assez conciliant ». Arrêté à 5 ans pour une fracture de la pointe de la hanche qui ne lui a heureusement laissé aucune séquelle, Trompe l’Oeil avait pris du retard dans sa formation. « Il faisait surtout du concours hippique, j’avais très peu d’expérience donc la machine a mis du temps à se mettre en place », se souvient Alexis. Sur les épreuves Amateur 3 et 2 tout allait bien, sur les Amateur 1, ils accusaient de temps en temps un refus, tandis que les Amateur élite se faisaient « péniblement. »
Si péniblement qu’on a conseillé à Alexis de se séparer de son cheval. « On m’avait dit "Vends-le, ce cheval ne fera jamais rien" ». Le jeune homme a bien fait de s’écouter et de garder son Trompe l’Oeil. Il aura fallu attendre un déclic lors d’une amateur élite à Saumur pour que le couple se révèle. Très vite, ils sont repérés par le Pôle France de Saumur qui leur ouvre les portes du haut niveau, en 2015. La machine était lancée et un an seulement après leurs débuts à l’international, Alexis Goury et Trompe l’Oeil d’Emery rentraient des championnats d’Europe de Montelibretti avec deux médailles, l’or par équipe et le bronze individuel. 

Vers leur rêve américain ?

De cheval qui ne ferait jamais rien, Trompe l’Oeil s’est construit un statut de cheval de haut niveau et a forcément attiré les regards. Son cavalier ne cache pas avoir reçu une proposition conséquente pour son alezan, « l’année où [il a] été troisième de Boekelo » et qu’il l’a refusée après réflexion. « Je me suis dit que si je le vendais, je regretterai de l’avoir vendu, alors que je ne regretterai jamais de l’avoir gardé. » Alexis sait qu’il doit tout à Trompe l’Oeil. « C’est lui qui m’a lancé, qui m’a fait goûter au haut niveau, qui va continuer de m’apprendre le haut niveau. Sans lui, je serais absent des Seniors. » 
Alors avec lui, il poursuit des objectifs ambitieux, notamment celui de faire tous les 5* européens au moins une fois, mais aussi Lexington, aux Etats-Unis. Le pari peut sembler osé, mais tout est déjà bien clair dans la tête du cavalier. « J’aimerais pouvoir dire à quelqu’un qui voudrait me suivre dans ce projet que quand je fais un 5*, le cheval est tout le temps dans les 5 ou 10 premiers, que ça vaut le coup d’aller à Lexington. » Pour ça, il espère prendre un maximum d’expérience, à Pau ce week-end d’abord, qu’il a déjà couru en 2018, mais aussi à Badminton l’année prochaine. « Burghley est différent, très vallonné et technique, c’est plus physique mais je pense que Trompe l’Oeil en est capable aussi ». Voilà un nouveau défi pour Alexis Goury et Trompe l’Oeil d’Emery. À eux deux, ils sont un bel exemple de persévérance, qui mérite de figurer en haut de l’affiche.