Benjamin Massié : « Plus les années passent, plus mes chevaux sont bons »
mercredi 28 octobre 2020

Benjamin Massié et Une Eau Vive Dubanier
Benjamin Massié et Une Eau Vive Dubanier, dans le 1er gué du CCI5*-L de Pau © Scoopdyga

Deuxième meilleur cavalier jeunes chevaux sur la saison 2020 au top 100 SHF en concours complet, Benjamin Massié a également connu une excellente année avec ses montures d’âge. Le week-end passé il prenait part au CCI5*-L de Pau avec Une Eau Vive Dubanier, une première pour cette jument que rien ne prédestinait à ce niveau d’épreuve. Retour sur un week-end riche en apprentissages et une saison pleine de promesses.

Au lendemain du CCI5*-L de Pau, quel bilan tirez-vous de votre performance réalisée avec Une Eau Vive Dubanier ?

Elle a été exemplaire sur l’ensemble du week-end. Ce concours a permis de mettre en avant les points que je dois améliorer, notamment sur le dressage. Pour les prochaines compétitions, les changements de pied devront passer en un temps car c’est ce qui a gâché ma reprise. Quant au fond, Une Eau Vive n’avait plus de souffle à la fin du cross. Il faut relativiser car elle n’avait pas couru un format long depuis juin 2018 étant donné qu’elle n’était pas sortie en 2019. Les épreuves comme celle-ci vont l’endurcir mais il faut que je réadapte légèrement sa préparation.

Avez-vous toujours cru en votre jument pour faire ce niveau d’épreuve ? 

Quand je l’ai vu la première fois, jamais je ne l’aurai jamais imaginée sur un 5*. Elle ne marchait pas bien, elle trottait très mal et le galop n’était pas forcément mieux. À l’obstacle, elle avait déjà de la force mais la trajectoire était mauvaise, elle se décalait sans cesse. Elle était chez Vincent Blanchard, un cavalier d’obstacle performant sur 1,50 m mais qui n’avait jamais fait mieux que 1,25 m avec elle. Elle n’avait pas toutes les cartes en main mais sa volonté de bien faire a accéléré sa progression. Quand je l’ai récupérée à sept ans, en 2015, elle n’avait jamais fait de complet. En fin d’année, elle participait à un CCI3*-L après seulement six concours. L’année suivante, elle faisait son premier CCI 4* et à neuf ans elle était sélectionnée pour ses premières Coupes des nations, sans être de l’équipe, mais elle se classe tout de même huitième au Pin. 

Pourquoi l’avoir récupérée si elle n’avait fait aucun complet ?

Elle appartient à Charles Chevillot. Il l’avait achetée à quatre ans à ses parents qui ont l’élevage du Baney. Il l’avait confiée à Sébastien Capelli pour ses jeunes années puis à Vincent Blanchard. À cette époque, je montais déjà les chevaux des parents de Charles donc il a décidé de me confier la jument. 

Pour gravir les échelons aussi rapidement, elle doit tout de même posséder de gros points forts ?

Elle a surtout deux énormes qualités : une force hors du commun et une tête en or. Elle n’avait pas les prédispositions pour la discipline, mais la plus grosse des qualités chez un cheval de complet est d’avoir une bonne tête. Au niveau du mental, c’est la meilleure que je n’ai jamais eue. Quand je m’engage sur un concours, je sais qu’elle va faire exactement ce que je lui demande, avec les qualités et les défauts qu’elle a, mais elle est toujours présente. 

Pour une première à ce niveau, elle réalise déjà une honorable performance. A-t-elle encore une marge de progression pour espérer un top dix en 5* ? 

Pour atteindre une telle place il faut faire un concours sans la moindre erreur. Les changements de pied devront passer parfaitement, il faudra être maxi sur le cross et réaliser un sans-faute sur le CSO. Ce dernier test est celui qui m’inquiète le moins, elle est au niveau des meilleurs. Il faudrait également que ça soit un 5* « normal ». Cette année, Pau étant la seule compétition de ce niveau il y avait tous les meilleurs mondiaux avec leurs chevaux de tête, c’était un plateau de championnat. L’année dernière, avec un dressage ordinaire et un peu de temps sur le cross on pouvait espérer un classement. 

Voir qu’elle peut prendre le relai alors que vous venez de vendre Ungaro de Kreisker et Vif Argent de Boussac, deux de vos meilleurs chevaux, doit être un soulagement pour vous ? 

Je n’en doutais pas. Pour Vif, ça aurait été compliqué de faire du 5* et pour Ungaro, c’était un choix avec ma copropriétaire. C’était acté depuis un an, il devait partir. Je fais ma carrière de la sorte : avec mes investisseurs, on fait un roulement parmi les chevaux pour me permettre de rester à haut niveau. Je suis obligé d’en vendre pour garder un équilibre financier et le soutien de mes propriétaires. Par chance, Une Eau Vive n’est pas chez moi dans un but commercial. 

Quel bilan tirez-vous de cette année ? 

Je devais amener un lot de chevaux au Pouget mais son annulation a fait de Pau mon dernier complet puisque je n’irais pas jusqu’au Portugal. Je pense faire un peu de CSO pour terminer l’année. J’ai l’impression qu’à chaque année qui passe, mes chevaux sont de plus en plus bons. Je suis très content de mes jeunes, d’autant plus qu’ils ne sont pas chez moi dans un but commercial. Ils m’ont permis de titiller Thomas (Carlile, ndla) dans le classement des cavaliers. En début d’année j’avais trois huit ans, dont un qui s’est malheureusement blessé et ne reviendra pas mais j’estime beaucoup les deux autres. Avec le peu de concours, il a fallu faire des choix. Donc cette année, je n’ai quasiment pas sorti les chevaux de commerce, j’ai principalement évolué avec les chevaux que j’allais garder pour moi. 

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ? 

Une Eau Vive va faire comme les bons chevaux de course, c’est-à-dire quatre concours dans l’année avec un 5*. Pour l’année prochaine, on s’est fixé Luhmühlen. C’est huit mois après Pau, ce qui va lui laisser le temps de récupérer. Le rêve de Charles est d’aller à Badminton, j’aimerais bien y retourner aussi mais j’ai peur que pour 2021 ça soit trop proche, pourquoi pas en 2022 ! Paris 2024 est dans un coin de la tête avec Edition Fonroy, l’une de mes six ans. Elle a le profil pour un championnat. Elle bouge très bien et a de la prestance. Il s’avère qu’à la finale cette année elle n’a pas bien dressé. Je pense qu’elle ne voulait pas aller au Mondial du Lion d’Angers alors que personne n’allait pouvoir l’admirer (rires). Elle dressera tout le temps bien, elle sautera toujours bien, il faut continuer sa formation sur le cross. J’ai des chevaux prometteurs pour faire du 5* et d’autres pour les championnats. Un cheval de 5* n’a pas les mêmes qualités qu’un cheval pour les Jeux Olympiques. Tous ne passeront pas le cap mais on pourra les commercialiser pour les Jeunes Cavaliers car je sais que derrière moi, ils sont normalement assez simples à monter. Pour l’anecdote, juste avant cette interview, j’ai reçu un message de la cavalière de Piano Star, avec qui j’ai fait Burghley : elle vient d’être sacrée vice-championne d’Italie. Ça fait plaisir. J’espère continuer comme cela en trouvant le juste équilibre entre le sport et le commerce.