Birmane, talent et force de caractère
mardi 27 avril 2021

Thomas Carlile et Birmane, ici au sur le CCI3*-L du Grand Complet au Haras du Pin, en 2019
Thomas Carlile et Birmane, ici au sur le CCI3*-L du Grand Complet au Haras du Pin, en 2019 © Eric Knoll

Après une saison 2020 exemplaire et une saison 2021 entamée par une victoire dans le Grand National de Saumur, fin février dernier, Birmane et son cavalier, Thomas Carlile, font partie des couples les plus affutés de l’équipe de France de concours complet. Mais sous ses airs de jument appliquée et sage se cache un petit démon qui donne du fil à retordre à son entourage. Portrait.

Lorsque l’on sonde les cavaliers de l’équipe de France de concours complet à propos du cheval qu’ils aimeraient monter, la réponse est quasiment unanime : Birmane, la jument de Thomas Carlile. Il faut dire que la baie brune a plus d’un atout sous les sabots. En 2019, elle fait ses débuts dans la cour des grands à l’occasion du Grand National de Pompadour. Un an plus tard, elle déroule une partition impressionnante : sur les quatre sorties effectuées en concours complet en 2020, elle se classe trois fois 2ème et remporte le CCI4*-S du Haras de Jardy. Après un début de saison sur les chapeaux de roue avec une victoire dans le Grand National de Saumur, Birmane figure parmi les favoris pour les Jeux Olympiques de Tokyo. “Elle progresse doucement sur le dressage. Elle répète ses sans-faute à l’obstacle, je ne dis pas qu’elle ne fera jamais 4 points, ça nous pend au nez un jour ou l’autre, mais elle est quand même très fiable sur ce test là. Sur le cross c’est une jument qui est très honnête, très généreuse. Elle est extra.”, explique son cavalier de toujours, Thomas Carlile

Bon sang ne saurait mentir 

Mais qu’on ne s’y trompe pas, Birmane avait dès le départ beaucoup d’atouts à faire valoir. Elle est née dans la pourpre du croisement entre Vargas de Ste Hermelle et Royce de Kreisker, une fille de Diamant de Semilly issue de la souche de l’excellente Ifrane mêlée au sang de Papillon Rouge. Thomas, qui a débourré Royce il y a de ça plusieurs années, se souvient d’elle comme d’une jument “assez matérielle, qui n’avait pas trop le profil d’un cheval de complet mais avec un très bon coup de saut et un gros passage de dos, légué par son père Diamant. Malgré ce modèle assez solide, elle avait de la trempe et du sang.” Si Royce n’a jamais été exploitée en concours, la faute à une petite malformation au niveau du genou qui aurait nécessité une opération, elle s’est montrée plutôt prolifique à l’élevage. Elle compte à ce jour dix produits dont Allegra (Lando, ISO 140/16), Dartagnan de Béliard (Quite Easy, ICC 157/19, champion de France et vice-champion du Monde des 6 ans), Eau Vive de Béliard (Upsilon, ISO 141/20), pour ne citer que les plus vieux. 

Comme sa mère, Birmane a été confiée à Thomas dès ses plus jeunes années par son naisseur Gérard Brescon. “Je l’ai eue au débourrage à deux ans. Elle a toujours été très entière, très délicate à gérer dans son mental et dans son éducation, même si elle a commencé à se révéler sur la fin du circuit jeunes”, confie-t-il. À 4 ans, elle remporte trois des quatres épreuves de Cycles classiques auxquelles elle participe (et termine deuxième de celle qu’elle ne remporte pas !). Cette même année, en 2015, Thomas Carlile étant appelé aux championnats d’Europe de Blaircastle (où il décrochera le bronze par équipe avec Sirocco du Gers), elle est montée au pied levé par Cédric Lyard lors de la finale et termine 7ème avec une mention “excellent”. Elle est ensuite sacrée championne de France à 5 et 6 ans, avant de récolter une médaille de bronze au Mondial du Lion, toujours à 6 ans. 

Un corps et un esprit matures

Rien d’étonnant donc à ce que la grande majorité des compatriotes de Thomas Carlile soient tentés de poser les fesses sur Birmane. “Ça nous a beaucoup fait rire”, précise Camille Coton, la compagne de Thomas Carlile, qui le groome également. À la voir en concours, elle a tout d’une première de la classe mais ses qualités en piste n’ont d’égal que sa grande sensibilité. “Physiquement, elle a été délicate à gérer jusqu’à la fin de ses 8 ans, elle était un petit peu rongée par l’angoisse et le stress. C’est une jument très intéressée, très susceptible, très extravertie. Avec l’expérience et la maturité, elle est venue mûrir et se reposer. Cela fait un an qu’on la voit vraiment s’épanouir physiquement. On s’est rendus compte que le déménagement au Graffard l’a rendue beaucoup plus calme*. Désormais, elle a un paddock à quelques mètres de son box qu’elle affectionne particulièrement. Elle se sent beaucoup plus chez elle et elle a un appétit d’ogre. On est plus à la rationner pour la garder en condition qu’à essayer de la gaver pour qu’elle prenne de la masse. Musculairement parlant, elle a fini sa croissance et elle commence vraiment à éclater. Elle n’a pas un gabarit de titan mais on sent un vrai moteur derrière qui se développe, elle est très harmonieuse”, raconte Thomas. 

“Ce n’est même pas une dame, c’est une reine”

Mais qu’on ne s'y trompe pas, Birmane reste une forte tête. “Elle a ce côté “fille difficile”, elle requiert de beaucoup s’investir dans la relation et réclame du tact”, souffle Thomas, qui s’amuse des farces que sa jument fait subir à ses grooms. Car souvent, ce ne sont pas les grooms qui promènent Birmane, mais l’inverse. “À 4 ans déjà, elle faisait un peu de nous ce qu’elle voulait. On va dire que même si elle a un peu mûri et qu’elle cède un peu plus vite, elle a gardé sa forte personnalité. C’est elle la cheffe, c’est elle qui décide, affirme Camille. Quand on lui fait faire demi-tour pour l’installer dans la salle de soin, elle a ses périodes où elle part tout droit sans nous demander notre avis. Elle nous fait le coup tous les ans.” Avec Birmane, le moindre geste du quotidien peut devenir une épreuve. “On ne peut pas la tondre attachée et quand elle en a marre, c’est impossible de continuer, il faut attendre le lendemain pour faire le reste. En général, je la tonds sur 3 jours.” La baie sait ce qu’elle veut, et surtout ce qu’elle ne veut pas. “À 6 ans, elle a eu une crise où on ne pouvait plus lui mettre d’argile. Elle est très entière. Il faut savoir lui parler, l’écouter.” En fait, selon les propres mots de Camille, “ce n’est même pas une dame, c’est une reine.” Une souveraine dont l’aura dépasse déjà les frontières. “Elle commence à être respectée des autres nations, souligne Thomas. Jonelle Price et Chris Burton m’ont demandé si j’allais à Lexington et ils étaient plutôt soulagés que ce ne soit pas le cas (rires).” En attendant qu’ils n’affrontent la crème de la concurrence étrangère, Birmane et son cavalier ont rendez-vous ce week-end à Saumur, où ils tenteront de poursuivre sur leur belle lancée.

*à découvrir prochainement dans L'Eperon, un entretien exclusif de Thomas Carlile.