Championnats d'Europe : La Grande-Bretagne prend le large, la France en course pour deux médailles
samedi 25 septembre 2021

Jean-Lou Bigot et Utrillo du Halage, seul couple français à avoir réalisé un maxi sur ce cross des championnats d'Europe d'Avenches
Jean-Lou Bigot et Utrillo du Halage, seul couple français à avoir réalisé un maxi sur ce cross des championnats d'Europe d'Avenches © Eric Knoll

Si le classement par équipes n'a pas changé par rapport à hier pour les places sur le podium, derrière, ainsi qu'en individuel, ça bouge ! Le cross a fait son travail, et l'équipe de France, avant de conforter sa médaille de bronze provisoire, a eu quelques sueurs froides. Récit de cette journée bien chargée, mais Ô combien passionnante.

Le vaste hippodrome d’Avenches a été le théâtre d’un très beau sport en ce samedi ponctué de rebondissements, y compris du côté de la France. Troisième hier à l’issue du dressage, l’Hexagone avait fait une superbe entrée en la matière grâce au maxi de Jean-Lou Bigot et Utrillo du Halage (Kara du Halage), qui ouvraient parfaitement la route à leurs coéquipiers. Le cavalier n’a jamais caché les qualités de son bai sur ce test, et celui-ci a une fois de plus démontré tout son potentiel. « Il m’écoute quand même, même s’il faut que je lui parle fort, rigolait Jean-Lou Bigot. Je pourrais mettre une embouchure plus exigeante, mais je suis habitué (à monter en filet simple, ndlr) et je trouve qu’il saute moins bien quand il a une embouchure plus exigeante. » En tant qu’ouvreur, il avait évidemment pour ordre de ne pas mettre l’équipe en danger. « Sur l’enchainement des obstacles 6 et 7, qui arrive assez tôt dans le parcours, on n’a pas voulu prendre de risque parce qu’on n’avait pas trop d’informations », explique-t-il. Deux options s’offraient aux cavaliers : passer devant les arbres installés sur la trajectoire idéale pour aborder le n°7 avec un biais très fort, ou passer derrière mais perdre de précieuses secondes. Lui a choisi de passer derrière. « On a déjà sauté des choses plus difficiles, mais en championnat on ne monte pas que pour nous, surtout lorsqu’on est troisième en équipe après le dressage. » Ces quelques secondes perdues, Jean-Lou Bigot a pu les rattraper grâce à la grande galopade d’Utrillo, qui était « à l’heure après la troisième minute, bien en avance à la septième ». Ce n’est qu’en fin de parcours, sur le tracé le plus sinueux, que le cavalier estime avoir perdu le plus de temps, mais pas suffisamment pour infliger, à lui-même (et pointer ce soir au douzième rang !) et son équipe, des pénalités supplémentaires. 

Plus le droit à l’erreur

Jean-Lou Bigot concluait son interview en disant que pour rester dans le coup, il fallait que le cross se déroule bien aussi pour ses coéquipiers. Malheureusement, un incident va mettre un petit coup de pression au team France. Alors qu’elle n’avait jusqu’ici commis aucune faute, Gwendolen Fer n’a finalement pas franchi la ligne d’arrivée. En cause, une chute entre les éléments A et B de l’obstacle n°23, sur le premier des deux gués. Ayant touché l’entrée de cette combinaison, qui était un saut dans l’eau, Romantic Love (L’Arc de Triomphe) a perdu l’équilibre et entraîné sa cavalière vers l’avant, provoquant sa chute. Fort heureusement, même si elle est probablement très dure à encaisser sur le plan moral, il semblerait que physiquement, ni la Toulousaine, ni son cheval ne souffrent d’une quelconque conséquence de cette chute. Suite à cela, « l’ordre a été de rentrer à tout prix », reconnaissait Stanislas de Zuchowicz, troisième à prendre le départ avec le jeune mais déjà talentueux Covadys de Triaval (L’Arc de Triomphe). « Le jeu n’était plus d’aller chercher les Anglais et les Allemands mais d’éviter d’être rattrapés pour essayer de viser une médaille de bronze. » Thierry Touzaint, le sélectionneur national, l’avait autorisé à prendre du temps « si tu prends quinze secondes, ce n’est pas grave », l’avait-il informé. Au final, Stanislas rentrait avec 14 points supplémentaires (soit un peu plus de trente secondes de temps dépassé) mais était ravi du comportement de son gris, âgé de neuf ans. « C’est vraiment un crack cheval, mais je dois tout le temps lui demander de ralentir parce qu’il est très allant. Sur le coffin, il est parti en regardant le trou, c’est un peu une faute classique sur ce type d’obstacle. Il a tapé fort et je me suis retourné pour voir si le mims n’était pas tombé. J’ai aussi eu une grosse glissade en milieu de parcours, dans une chicane. Je me suis retrouvé vraiment en déséquilibre. J’ai pensé à la tête de Thierry en arrivant si je tombais, du coup ça m’a redressé, racontait-il en riant. Je n’ai pas trop de repères avec ce cheval sur format long encore, parce que j’ai juste couru Saumur doucement, pour la qualification. Il sera plus à l’aise sur 5* ! »

Maxime Livio sur le podium provisoire

Pour le dernier couple de l’équipe, l’enjeu était double : en plus d’une médaille par équipe, Maxime Livio et Api du Libaire (Fusain du Defey) peuvent viser une médaille individuelle, puisqu’ils sont actuellement troisièmes au classement provisoire. Bien sûr, comme il l’annonçait hier après le dressage, la priorité sur ce cross revenait à l’équipe. « Thierry (Touzaint, ndlr) m’avait demandé d’être sans faute avec le moins de temps possible, mais vraiment sans prendre de risque ». Mission réussie pour le cavalier de trente-quatre ans, qui boucle un parcours pénalisé de 1.2 point de temps, notamment à cause d’un Api un peu émoussé. « Ce tracé sinueux l’a vite éprouvé, après la huitième minute, il était bien avec moi et puis dans le gué, en revenant, j’ai senti tout de suite les deux sauts un petit peu mous. J’ai ensuite essayé de demander le maximum en restant raisonnable, détaille-t-il. Api manque un peu d’expérience et d’une meilleure de préparation. Il a été au repos en juillet et en août (Maxime était aux Jeux de Tokyo avec l’équipe thaïlandaise de concours complet, qu’il entraîne, ndlr) avant d’avoir cinq semaines de préparation. Quand il est vraiment dans une routine de préparation, il est un petit peu plus performant dans la tenue. On sait ce qu’il nous reste à travailler mais d’abord, on va finir cette semaine-là ». Maxime ne semble pas particulièrement inquiet pour la suite de la compétition, que ce soit la récupération ou l’hippique. « Parfois, quand on le voit finir comme ça, on se demande si ça va le faire, et puis une heure après le cross on va le trotter et il a les oreilles bien droites, il est reparti ! Pour l’hippique, j’ai mis du temps à le comprendre et le construire parce qu’il est assez anxieux. Je reste sur plusieurs parcours sans faute, notamment au Haras du Pin et en Pologne. J’ai un plan avec lui, maintenant on se connait de mieux en mieux, il me fait confiance. » Et de conclure qu’il « faudra faire un sans-faute demain ». 

La remontada de Luc Château

L’autre belle opération de la journée a été réalisée par Luc Château. Concourant en individuel, le cavalier de Troubadour Camphoux (Idem de B’Neville) n’est pas passé loin d’un maxi, mais le manque pour une seconde de temps dépassé (0.4 point). « Je pense que c’est surtout dû au fait d’être obligé de reprendre et re-préparer un petit peu à l’avance », analysait Luc en fin de journée. Pas de quoi s’affoler puisque le couple effectue un bond de quarante places dans le classement et se retrouve désormais seizième. Malgré sa grande galopade, le bai s’est très bien tiré du parcours proposé par le chef de piste. « Il fait ça très facilement et a très bien couru. Il commence à avoir un petit peu d’expérience, mais c’est vrai que le manque de galopade n’était pas idéal pour lui. Il avait pas mal d’avance sur le début du tour et il a profité de la grande ligne droite entre les obstacles 8 et 11 pour bien souffler. » Ne reste plus à Troubadour et ses compagnons d’écurie qu’à récupérer correctement pour espérer boucler un sans-faute demain sur l’hippique et pourquoi pas grappiller quelques places supplémentaires au classement.

Imbattables britanniques ?

Si la France conserve sa troisième place, il en est de même pour ses deux principaux rivaux, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Les écarts sont si conséquents que, hormis une élimination d’un de leurs membres ou une partie de bowling sur le parcours, on se demande bien ce qui pourrait les faire descendre du podium. Après le cross, la Grande-Bretagne compte 27.7 points d’avance sur la France, tandis que l’Allemagne en possède 18.4. Chez les Britanniques, hormis deux refus et des pénalités de temps pour Rosalind Canter et Allstar B (Ephèbe For Ever), qui dégringole de la deuxième à la cinquante-quatrième place, tout a fonctionné comme sur des roulettes. Alors que Nicola Wilson, sur JL Dublin (Diarado), et Piggy March, avec Brookfield Inocent (Inocent), alignaient coup sur coup deux parcours maxis, Kitty King ne compte que 0.8 point supplémentaire avec son Selle Français Vendredi Biats (Winningmood). Les trois amazones se retrouvent donc respectivement première, quatrième et septième au classement individuel.
Chez les Allemands, Michael Jung a encore impressionné en réalisant un parcours maxi d’une facilité déconcertante avec fischerWild Wave (Water Dance), neuf ans seulement, qui lui permet de gagner un rang (sixième). « Il est jeune mais a tellement de talent dans chacune des trois disciplines. Aujourd’hui, il a montré à quel point il est brillant. C’est un cheval imposant, qui a néanmoins un très bon galop, une grande amplitude et qui est très endurant, souligne son cavalier. Il manque encore un peu d’expérience, il doit apprendre à être parfois un peu plus malin, mais il est malgré tout exceptionnel. C’est également un cheval très rapide. Au début du parcours, je l’ai vraiment installé dans un rythme soutenu puis je me suis rendu compte que j’étais très avance sur le chronomètre. Cela a vraiment été un plaisir de le monter aujourd’hui sur ce parcours. » Ingrid Klimke, qui pourrait inscrire son nom au livre des records du concours complet, rétrograde au deuxième rang à cause d’une pénalité de 1.2 point de temps glânée avec un SAP Hale Bob OLD (Helikon XX) qui « a vraiment très bien sauté » du haut de ses dix-sept ans.
Enfin, mention spéciale pour la Suisse. Alors que Robin Godel annonçait hier qu’ils visaient un top 5, ils se retrouvent ce soir au pied du podium, à 9.7 points de la France… et de la médaille de bronze. Rendez-vous demain, de 11 heures à 12h40 puis à partir de 14 heures sur ClipMyHorse.TV pour le dénouement de ce championnat d’Europe de concours complet. C’est à l’issue de la visite vétérinaire, qui aura lieu à 9 heures ce dimanche, que l’ordre de départ sera officialisé.

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