Championnats d’Europe : La Grande-Bretagne rafle tout
dimanche 26 septembre 2021

De gauche à droite : Piggy March, Nicola Wilson et Sarah Bullimore, médaillées individuelles
De gauche à droite : Piggy March, Nicola Wilson et Sarah Bullimore, médaillées individuelles © Eric Knoll

Le sport peut être aussi beau qu’il est parfois cruel. Aujourd’hui, les Britanniques l’ont certainement trouvé magnifique puisqu’ils n’auraient pas pu faire un meilleur championnat : en plus de l’or par équipes, la Grande-Bretagne s’octroie les trois places disponibles sur le podium individuel. En revanche pour les Français, il a été sans pitié, les espoirs de podium s’envolant au fur et à mesure que les barres tombaient. Récit d’un ascenseur émotionnel qui a terminé sa course au rez-de-chaussée.

« Peut-être que l’on a un peu sous-estimé ce parcours, qui était presque trop facile », confiait Thierry Touzaint, sélectionneur de l'équipe de France en concours complet, à la presse après l’hippique des championnats d’Europe, qui se tenaient cette semaine à Avenches, en Suisse. Sur le papier, la France partait effectivement avec de bons atouts, les trois chevaux encore en lice pour une médaille par équipes étant tous d’ordinaire d’excellents sauteurs. Mais aujourd’hui était un jour sans. Stanislas de Zuchowicz lançait les hostilités en passant en première partie d’épreuve, qui se tenait en fin de matinée. Sur le tracé dessiné par le chef de piste suisse Gérard Lachat, composé de douze obstacles pour quinze efforts, Covadys de Triaval (L’Arc de Triomphe) a percuté le second plan de l’oxer en entrée de double. « Il s’est ramolli un petit peu devant l’entrée de double, il a regardé un peu ce qui lui a fait rater son saut, et voilà », confiait le cavalier en sortie de piste. Forcément, la déception se lisait sur son visage, d’autant plus que « le tour n’était pas compliqué, il y a beaucoup de sans-fautes », selon ses propres mots. Lui avait de bonnes sensations, son cheval ayant bien récupéré du cross de la veille. Malheureusement, cela n’a pas suffit et la France devait composer avec quatre points supplémentaires et ne comptait plus qu’une barre d’avance sur la Suisse. « Je n’ai pas laissé trop de marge à mes copains », se désolait Stanislas.

Après la pause déjeuner, Jean-Lou Bigot devait s’élancer à son tour. D’habitude, l’hippique est l’autre point fort d’Utrillo du Halage (Kara du Halage), après le cross. Il faut dire que le bai n’a pas touché une barre en compétition internationale depuis plus de deux ans… jusqu’à aujourd’hui. D’abord sur le triple, dont le couple renverse l’entrée et le milieu, puis sur le dernier. « Lors de ces championnats, Utrillo a réalisé sa meilleure reprise de dressage et, malheureusement, son plus mauvais parcours d’hippique », se désolait Jean-Lou. Douze points. « Ça commence à sentir mauvais », nous confiait Michel Asseray, DTN adjoint de la discipline, en faisant la moue. Les Suisses et les Suédois talonnaient l’équipe de France, qui va reprendre un peu d’air avec les deux barres du local Robin Godel et Grandeur de Lully CH (Greco de Lully CH). Avant l’entrée en piste de Maxime Livio, la France devançait la Suède et la Suisse, mais les trois équipes avaient à peine plus de deux points d’écart. Aucune erreur n’était permise.
Lorsque Maxime fait son entrée, la tension est à son comble dans le clan français. Un sans-faute et c’est au minimum une double médaille de bronze. Une barre et tous repartent bredouille. Malheureusement, malgré son expérience et toute la volonté du monde, le Français et son gris Api du Libaire (Fusain du Defey) ne peuvent empêcher une faute sur le milieu du triple. « D’habitude, je suis plutôt confronté à des fautes en raison du caractère très guerrier d’Api dans les combinaisons : c’est un grand cheval qui a normalement du mal à se caler. Aujourd’hui, au paddock, j’avais beaucoup de recul, ce que l’on cherche depuis que je le monte, analysait Maxime, qui explique sa faute. J’aurais dû un peu plus l’appuyer dans cette combinaison-là, il m’a manqué un tout petit peu de moyens alors qu’il s’agit habituellement de sa qualité principale. Je suis resté dans mon attitude de d’habitude alors que le cheval était très respectueux, très attentif, il avait vraiment envie d’aller au bout de ce parcours. Il sautait vraiment très bien, je n’avais rien à lui reprocher. » Même s’il était forcément déçu de manquer deux médailles (et surtout celle de l’équipe !), il parvient à tirer du positif de cette semaine suisse. « Api a montré qu’il avait sa place sur le podium et c’est normal que l’on ait encore des réglages à faire. Je suis très, très content de mon cheval, qui m’a montré qu’il avait encore fait des progrès incroyables, notamment sur l’hippique où il était d’une sérénité formidable. » Pour leur premier championnat, le duo termine tout de même à une belle sixième place.

Bravo Luc Château

Enfin, même si l’ambiance n’était pas à la fête dans le clan tricolore, il est un couple qui a redonné le sourire à tout le monde. Troubadour Camphoux (Idem de B’Neville) et Luc Château ont encore signé un parcours d’hippique comme ils savent les faire : proprement, rapidement, et tout en fluidité. Eux qui n’étaient "que" cinquante-sixièmes après le dressage terminent leur premier championnat à la douzième place, qui plus est en terminant presque sur leur score de dressage puisqu’ils n’ont accusé que 0.4 point de temps dépassé sur le cross hier. « Troubadour a prouvé qu’il savait très bien sauter, même avec un peu de fatigue. Je pense que ça n’a pas été trop dur pour lui hier et que, comme d’habitude, il a bien récupéré car il a vraiment très bien sauté l’hippique, assurait son cavalier. D’ailleurs, après le cross il était encore très en forme et ce matin, pareil lors de la visite vétérinaire. C’est vrai que pour lui, c’est plus facile que le dressage (rires). » Ce dernier test étant généralement une formalité pour le couple, Luc reconnait que « cela [les] aurait bien arrangé s’il y avait eu un peu plus de sélection aujourd’hui ! » Lui a trouvé le tour « sans piège, avec des cotes plus que raisonnables » pour un championnat. Une performance qui n’est pas passée inaperçue aux yeux de Thierry Touzaint, qui n’a pas manqué de faire savoir sa joie de voir Luc et Troubadour si bien classés, comme il l'explique dans une interview à retrouver sur notre site.

Sur une autre planète

Déjà victorieuse à Tokyo, la Grande-Bretagne continue sa moisson et remporte le maximum de médailles possibles pour une même nation sur un championnat d’Europe : quatre. D’abord, comme les pronostics le prévoyaient, l’or par équipe, portant le total de victoires collectives de la Grande-Bretagne dans un championnat européen à vingt-trois. Malgré les deux refus hier sur le cross de Rosalind Canter et Allstar B (Ephebe For Ever), sans faute aujourd’hui et quarante-sixièmes au classement individuel, l’équipe britannique s’est jouée de la concurrence puisqu’elle termine avec pas moins de trois barres d’avance sur l’Allemagne grâce aux faibles pénalités de Nicola Wilson, Piggy March et Kitty King. Mieux encore, elle réalise également le triplé en individuel. Cinquième après le dressage, Sarah Bullimore, engagée uniquement en individuel avec Corouet (Balou du Rouet), profite des erreurs de Maxime Livio et Ingrid Klimke (victime de quatre points avec SAP Hale Bob OLD (Helikon XX) et cinquième au classement définitif) pour monter sur la troisième marche du podium. Devant elle, Piggy March, quatrième hier et sans faute cet après-midi sur l’hippique avec Brookfield Inocent (Inocent), bénéficie également de l’erreur de ses adversaires pour s’offrir une médaille d’argent individuelle. Dernière à rentrer en piste, Nicola Wilson n’avait pas le droit à l’erreur avec JL Dublin (Diarado) si elle voulait rester sur le podium, tant les écarts étaient serrés. La cavalière, qui fêtera ses quarante-cinq ans la semaine prochaine, n’a pas tremblé et s’offre le premier titre individuel de sa carrière. « Je dois encore me pincer pour réaliser que tout cela est bien réel », a-t-elle avoué tout sourire en conférence de presse. Enfin, sur la troisième marche du podium, c'est un invité surprise qui repart avec la médaille de bronze. Alors qu'elle pointait au sixième rang après le cross, la Suède a notamment profité des parcours sans pénalité de Malin Josefsoson, sur Golden Midnight (Goldmine), et de Malin Petersen, avec Charly Brown 311 (Cardenio 2) pour faire une remontée fulgurante au classement général. 
Avec de tels résultats, la Grande-Bretagne prouve une fois de plus (s'il en fallait une !) qu'elle est actuellement LA nation à battre. Rendez-vous donc au prochain grand rendez-vous du concours complet, aux championnats du monde de Pratoni del Vivaro (Italie) en septembre 2022, pour voir si le règne britannique continuera. 

Pour consulter le classement individuel, cliquez ici.
Pour consulter le classement par équipes, cliquez ici.