Le Mans, nouveau terrain de jeu des complétistes ?
mercredi 21 avril 2021

L'un des deux gués sur le cross du Pôle européen du cheval
L'un des deux gués sur le cross du Pôle européen du cheval © L'Eperon/Adèle Vaupré

Le week-end dernier, le Pôle européen du cheval accueillait à Yvré l’Evêque, dans la Sarthe, son premier concours complet depuis plus de dix ans. Pour mettre toutes les chances de réussite de son côté, Philippe Rossi a notamment fait appel à Alain Ponsot pour la construction des obstacles et le tracé de ses parcours. Puisque beaucoup de cavaliers et membres du staff fédéral soulignaient le travail effectué, le site manceau pourrait-il devenir une référence de la discipline dans les prochaines années ?

Michel Asseray, le DTN adjoint au concours complet, ne mâche pas ses mots lorsqu’on lui demande ce qu’il pense du travail effectué par Philippe Rossi, directeur du Pôle européen du cheval, et ses équipes. « Il faut saluer ce qu’il a fait et le remercier, c’est formidable pour la discipline, tient-il à souligner. Déjà que les conditions pour les [épreuves] Pro sont excellentes, imaginez les gamins en Club et Poney : ils vont s’éclater. » Du côté des cavaliers, même son de cloche. Sur le cross, certains vantent le visuel des obstacles tandis que d’autres soulignent la qualité du sol. En ce week-end ensoleillé de la mi-avril, le Boulerie Jump renoue avec le concours complet. Si le concours aurait dû être ouvert aux Pros et aux Amateurs, le contexte sanitaire en a décidé autrement. Un mal pour un bien selon Philippe Rossi, qui explique que « ça nous a permis de nous mettre en route tranquillement, de voir comment notre terrain répondait, quelles étaient les imperfections - et il y en a beaucoup ! - et ce qu’il faut améliorer et mettre en place pour la prochaine fois. Au début, j’envisageai de mixer concours complet et saut d’obstacles. Mais je me rends compte aujourd’hui que ce n’est pas possible. Quand on fait du concours complet, on doit lui réserver toute la structure parce qu’il faut quatre pistes pour le dressage et deux pour l’hippique… et on n’a pas encore les amateurs ! » Philippe Rossi avait bien tenté de faire du concours complet sur sa structure, mais reconnait s’y être mal pris à l’époque. « Il y a 12 ans, on s’était trompé. C’était du bricolage, sans chef de piste, le format ne correspondait pas à l’attente des cavaliers, c’était nul ». 

L’idée d’intégrer le concours complet à ses disciplines de prédilection ne vient pas de Philippe Rossi mais d’une demande de la Fédération française d’équitation faite au printemps 2020 et qui souhaitait qu’il organise un championnat Amateur toutes disciplines en 2021. « Pour le saut d’obstacles, le dressage, la voltige et le horse-ball, je pouvais et savais faire, mais pour le concours complet, je n’étais pas sûr », avoue-t-il. Après une poignée de mesures sur son terrain, le directeur du site se rend compte qu’il possède la surface nécessaire à un tel évènement. Si ce championnat n'a finalement pas eu lieu, l’idée de réintégrer du concours complet avait déjà fait son chemin dans la tête de Philippe Rossi. « J’avais fait venir Michel Asseray et Thierry Touzaint (sélectionneur de l’équipe de France de concours complet, ndlr), pour leur demander leur avis sur la faisabilité du projet », raconte-t-il. Réponse des principaux intéressés : « La surface, je l’avais, mais j’avais tellement de travail sur le reste qu’ils ne savaient pas si c’était faisable. » Michel Asseray lui conseille alors de se rapprocher de chefs de piste et de constructeurs d’obstacles et, dans sa liste, appose le nom d’Alain Ponsot.

Alain Ponsot, l’obsession de la sécurité

Côté concours complet, Alain Ponsot en connait un rayon. D’abord cavalier international dans la discipline, c’est en rencontrant un autre chef de piste de renom, Pierre Le Goupil, qu’il délaisse peu à peu les bottes de cuir pour celles en caoutchouc. Désormais, il consacre une partie de son temps à la construction d’obstacles de cross et l’élaboration de parcours, et officie entre autres sur le CCIO 4* du Grand Complet, qui se tient chaque année au mois d’août au Haras du Pin. « J’avais des caractéristiques un peu particulières dans le sens où je ne voulais pas acheter des obstacles sur catalogue, détaille Philippe Rossi. Je voulais les construire avec un maître d’oeuvre, qu’on les fasse ensemble. Alain était partant pour cette aventure. » De novembre à février, trois personnes (Philippe inclu !) s’affairent à temps plein à la construction des 130 obstacles imaginés par Alain Ponsot et utilisables sur des parcours de niveaux Club à Pro 2. 

En marchant le cross, un détail saute aux yeux de tout le monde : les obstacles sont très modernes et surtout très sécuritaires. Le pied est massif et les couleurs très contrastées. « Alain est obsédé par la sécurité et par les contrastes de couleur, fait remarquer Philippe Rossi. Et je le sais parce que j’ai peint les obstacles au fur et à mesure (rires). On discutait vraiment tout le temps de ces contrastes, de l’importance de mettre du clair dans les pieds, dans les hauts, dans les larges… Tout ça, il me l’a appris parce que je n’en avais pas idée. » Le constructeur attache une importance telle à la sécurité qu’il n’hésite pas à refaire entièrement un obstacle s’il n’en est pas pleinement satisfait. « Il y a un obstacle en forme de petite roulotte que nous avons du refaire. Il était terminé, il l’a amené sur le terrain, l’a posé et a dit "Il est trop plat, on retourne à l’atelier." » Un gage de qualité pour Philippe Rossi et des obstacles qui ont fait l’unanimité chez les participants. Avec tous ces atouts, et après avoir fait sa place dans d’autres disciplines, Le Mans pourrait-il devenir un incontournable du concours complet ?

Et bientôt, un international ?

Si l’arrivée d’un nouvel organisateur sur le marché du concours complet ravit nombre de cavaliers, professionnels comme amateurs (dès qu’ils auront la possibilité de fouler les terrains de concours), il peut faire grincer quelques mâchoires. Faire coïncider les dates entre tous les organisateurs de concours complet des Pays de la Loire et des régions limitrophes relève un peu du casse-tête. Le mal n’est pas nouveau et les "gros" organisateurs ont tendance à éclipser les "petits", qui peinent à attirer du monde et viabiliser leurs évènements. Philippe Rossi affirme en être conscient et que ce sujet est « une préoccupation » pour lui. « Nous savons que nous sommes une machine de guerre en concours hippique et en dressage et nous ne pouvons pas arriver avec nos gros souliers et imposer nos dates. Nous marchions sur des oeufs quand nous avons regardé le calendrier au mois d’octobre pour trouver des dates. D’ailleurs, certaines n’ont pas été validées parce qu’elles gênaient un concours. » Car contrairement au saut d’obstacles et au dressage, les chevaux de concours complet ne peuvent enchainer les week-ends sur les terrains de cross. « Quand vous posez une date pour un complet, vous gênez les autres organisateurs le week-end de votre concours, mais aussi indirectement les deux week-ends autour et nous devons nous adapter à ça », assure Philippe Rossi. 

Si dans l’immédiat, le Boulerie Jump est équipé pour organiser des épreuves jusqu’à Pro 2, on peut légitimement se demander si Philippe Rossi envisage d’ores et déjà d’étendre la surface de son terrain de cross pour accueillir des épreuves de plus haut niveau. « La première étape, c’est d’être bons élèves jusqu’en Pro 2, détaille-t-il. J’ai un terrain de 10 hectares l’autre côté de la route qui borde le cross actuel, et qui porterait la distance de cross à 5 kilomètres. Et pour monter encore cette distance, je dois voir avec mes voisins s’il est possible de passer chez eux le temps du concours pour récupérer deux lignes droites de 900 mètres. » Avec ces surfaces supplémentaires, Philippe Rossi pourrait envisager de proposer un international de type 2*/3*. « Mais je ne veux pas parler trop vite et me brûler les ailes. Je veux attendre le retour des cavaliers, confie-t-il. Peut-être que d’ici le début d’année prochaine, je réfléchirai à ce format international. » Pour l’heure, le Pôle européen du cheval propose deux autres dates : l’une en mai pour les catégories Club et Poneys, si les mesures sanitaires le permettent, et une autre à l’automne avec des épreuves Pros et Amateurs.