"Le système actuel ne répond pas suffisamment aux attentes des compétiteurs"
vendredi 09 octobre 2020

© Eric Knoll

Neuf organisateurs de concours complet internationaux ont publié ce matin une lettre ouverte sur le site de France Complet qui porte sur leur rôle au sein de la discipline et les difficultés du modèle actuel.

Un modèle qui ne satisfait plus les différents acteurs du concours complet :

Il s’avère que le système actuel ne répond pas suffisamment aux attentes des compétiteurs qui n’arrivent pas à rémunérer leur travail par les dotations, ni des organisateurs dont le modèle économique est très fragile du fait de l’inflation de demandes légitimes telles que la qualité des sols, les services de sécurité renforcés, les besoins nouveaux en communication et information, auxquels s’ajoutent la règlementation plus exigeante et les prélèvements FEI.

Les discussions en cours avec la FFE et les cavaliers ont été amorcées sur la problématique de trop faibles dotations. S’il est à préciser que le français gagnant du CCI4-S n’a pas gagné uniquement 750€, mais 3750 euros puisque cette épreuve était jumelée avec le Grand National, nous aimerions dépasser ce débat car il ne répond qu’insuffisamment aux questions sur l’avenir de la discipline.

Les 3 acteurs que nous sommes (FFE, cavaliers, organisateurs) partageons une passion commune pour la discipline. Nous avons la chance en France de proposer une offre diversifiée avec des dotations au-dessus des moyennes européennes et un circuit Grand National favorable aux cavaliers et à la sélection des chevaux et ce dans d’excellentes conditions techniques.

Néanmoins, ce modèle souffre notamment :

– Pour les cavaliers :

o D’un circuit pas assez rémunérateur et d’un manque de consensus pour la répartition
des dotations,
o D’un manque de reconnaissance des premiers sponsors que sont les propriétaires de
leurs chevaux par les organisateurs,

– Pour les organisateurs :

o des contraintes d’organisation de plus en plus importantes,
o des financements qui se tarissent (moins de sponsors dans une période de crise amplifiée par la pandémie, une baisse des financements publics),
o de la difficulté à connaître les attentes des cavaliers. Pour exemple, la finale de l’ERM (CCI4-S) à Lignières en octobre 2019 avec une dotation de 57000 € dont 18000 € au premier n’avait réuni que 17 cavaliers,
o de la nécessité de bâtir un calendrier national qui laisse une place à chacun en évitant les concurrences de dates qui étouffent certains organisateurs,
o Et finalement d’une image erronée : celle que les organisateurs fassent des bénéfices sur le dos des cavaliers.

Des organisateurs qui peinent à maintenir leurs compétitions :

Quels que soient les modes de fonctionnement de chacun (associatif à but non lucratif, évènementiel, public), nous pouvons affirmer et prouver la difficulté ne serait-ce que d’atteindre l’équilibre financier.

Les raisons découlent des contraintes légitimes liées à la discipline :

– le rendu du sol en adéquation avec le bien-être et la conservation des chevaux. En fonction de la météo, il est nécessaire d’investir dans des moyens humains et matériels: la location d’engins adaptés, l’arrosage des pistes, le rebouchage manuel des trous des terrains …

– la demande croissante en équipement sportif de qualité mais également d’accueil tels que douche et sanitaire, électricité pour les camions, sol en dur des boxes démontables …

– la qualité de la construction du cross, non limitée aux obstacles de cross, pour assurer une valeur sportive en adéquation avec chaque niveau d’épreuves,

– la sécurité et la santé tant pour les cavaliers que pour les chevaux. Pour la préservation de la discipline nous devons être exemplaire dans ce domaine. Cela nécessite la présence d’équipes médicales avec  médecins urgentistes en nombre suffisant, vétérinaires, maréchaux-ferrants, ambulances humaines et équines.

– la gestion d’un pool important de ressources humaines. L’organisation d’un concours complet requiert entre 100 et 250 bénévoles selon les modèles, indispensables au bon déroulement des 3 tests. Les bénévoles sont nourris, parfois logés et une attention dédiée doit leur être accordée. Sans eux, il n’y aurait pas de concours.

– Evoluant aujourd’hui dans un monde d’images, la médiatisation de notre sport est indispensable. Cependant, la production d’images sur un cross est extrêmement plus coûteuse qu’en bord de carrière et sa diffusion très gourmande financièrement

– Enfin, la sécurisation du site pour répondre aux exigences préfectorales devient un nouvel enjeu de nos organisations : pour les cavaliers, chevaux, le public et les bénévoles.

C’est pourquoi avant d’envisager une dotation des plus lucratives, l’organisation se focalise sur la qualité de la prestation. En cela, le coût de l’organisation d’un concours complet n’a au final absolument rien de comparable avec toute autre discipline des sports équestres.

Proposition d’un modèle alternatif :

Nous estimons que l’organisateur met à disposition un plateau technique sécurisé afin que les cavaliers puissent valoriser leur travail, acquérir de la notoriété, des qualifications, des sélections, vendre leurs chevaux et leur image.

Les concours français participent pleinement à la réussite et au rayonnement des couples lors des plus grosses échéances. Ils méritent d’être reconnus aussi pour cela.

Il est nécessaire que le trio (organisateurs, cavaliers, FFE) s’appuie sur le professionnalisme de l’ensemble des acteurs pour mettre aussi en avant propriétaires, bénévoles et sponsors.

Convaincus du potentiel médiatique de la discipline, nous pensons que le concours complet a une place à occuper auprès du grand public car il est vecteur de belles histoires. Nous disposons d’atouts majeurs très en phase avec les aspirations de la société :

– égalité homme-femme,

– activité de pleine nature en phase avec la nature de l’animal,

– sport travaillant sur la relation à l’autre,

– cheval porteur d’image et de rêve.

Notre discipline est unique et le défi se doit d’être relevé : sport intergénérationnel et mixte avec un animal, qui de plus, s’inscrit dans des environnements naturels. Combien de disciplines olympiques peuvent avancer des critères équivalents ?

Nous sommes solidaires des cavaliers, et nous sommes persuadés que c’est avec eux et avec notre fédération que nous trouverons ensemble les bonnes réponses.« 

Signataires :

  • Guillaume BLANC & Yannick LE GOUPIL, Le Grand Complet / Haras du Pin
  • Yves DESPRES, Châteaubriant
  • Matthieu GRASSET, Trophée Equivendée / Bazoges-en-Pareds
  • Emmanuel LAGARDE, Directeur du CCI de Lignières en Berry, Vice Président de l’ACEVA
  • Didier LOISON, président de Saulieu Terre de Complet
  • Rafaël MAZOYER, Le Pouget
  • Julien PELLETIER & Emmanuel FELTESSE / Jardy et St Quentin en Yvelines
  • Pascal SAYOUS, Les Etoiles de Pau
  • Marie-Claude VARIN-MISSINE, Saumur Complet