Mathieu Lemoine : "En 2020, m'installer chez moi"
vendredi 27 décembre 2019

Mathieu Lemoine
Mathieu Lemoine © Scoopdyga

A 35 ans, Mathieu Lemoine fait partie du club très fermé des médaillés d’or en complet aux Jeux olympiques. Pour lui c’était par équipe, à Rio de Janeiro en 2016 avec Bart L. Mais, depuis, de l’eau a coulé dans le gué. Retour avec le cavalier sur une saison 2019 qui lui a permis de renouer avec le plus haut niveau et projection sur les perspectives 2020.

L'Eperon : En 2019, lors du CCI5* de Pau, vous terminez neuvième avec Tzinga d’Auzay. C’était votre meilleure perf depuis quelque temps ?

Mathieu Lemoine : Oui, la jument avait fait plusieurs nouveaux 4 étoiles, Blenheim, Boekelo, Le Pin deux fois et Saumur. Là c’était le moment. Tous les feux étaient au vert pour essayer d’aller faire 5 étoiles. L’expérience était suffisante, la jument était en bonne forme.

Vous pouvez nous parler de cette jument ?

Cela fait trois ans que je l’ai. Elle avait fait le Lion d’Angers avec Nicolas Touzaint. Puis, elle avait participé à des Pro 1 et l’ancienne formule de 3 étoiles à Waregem avec Ugo Provasi. Donc, c’est une jument qui a été bien montée. Quand je l’ai récupérée, dès la première saison, nous sommes passés de Pro3 à l’international de Boekelo, ensuite nous nous sommes maintenus à ce niveau-là puis nous sommes allés sur le Grand National et en 3 étoiles.

Donc, cette année, c’est sa première saison à ce niveau ?

Oui. Nous avons construit une bonne organisation de saison avec elle, en travaillant avec Cédric Lyard. Elle avait deux objectifs. Un objectif intermédiaire, c’était Saumur et un objectif final, Pau.

Qu’est ce que vous pouvez dire d’elle ? Ses qualités ?

Cette jument, qui appartient à Natacha Gimenez -ostéopathe et ancienne vétérinaire fédérale-, nous surprend tous. Quand elle était sur 1 étoile, on pensait qu’elle ne ferait pas plus et elle a fait deux. Même chose en deux étoiles. Etc. Elle n’a pas les plus gros moyens du monde, en revanche, elle a un cœur extraordinaire. Elle est très bonne élève, très appliquée. Elle a une volonté d’enfer. Et finalement, on s’aperçoit que, avec elle, comme avec beaucoup d’autres chevaux, la première qualité chez un cheval c’est d’abord la tête. Et les moyens, c’est la cerise sur le gâteau. Elle sort toujours son épingle du jeu. C’est rare qu’elle ne soit pas au classement.

Avez-vous travaillé différemment cette année, avec Cédric Lyard ?

Oui. J’ai travaillé aussi un peu en dressage avec Serge Cornut. Avec Cédric, nous faisons nos reconnaissances ensemble et quand c’est possible nos détentes. Plusieurs fois dans l’année, il est venu me faire travailler à la maison. Ainsi, en allant à Pau je me suis arrêté chez lui à Bordeaux. Nous échangeons depuis toujours, on se compare, on se conseille. Cédric avait un effectif plus pauvre cette année, donc il avait un peu plus de temps. Mais, c’est surtout une histoire d’amitié. On s’entend très bien, donc c’est plus facile de travailler ensemble. Il est monté sur tous mes chevaux, il les a ressenti. Tout cela s’est bien construit en 2019. Et nous allons prolonger l’expérience, s’il veut encore de moi comme élève !

Qu’est ce que vous envisagez avec cette jument en 2020 ?

Ce qui est bien c’est que ce résultat à Pau, l’a fait rentrer dans le Groupe 1. Donc, nous allons participer aux stages équipe de France cet hiver. C’est ma jument de tête avec mon vieux Quickness (Quatar de Plapa, AA) qui fait le Grand National, seulement des formats courts. Tzinga d’Auzay (Nouma d’Auzay), elle, a un peu toutes les casquettes, on va faire des gros internationaux, le Grand National, il y a aussi le circuit ERM. Comme nous sommes en Groupe 1, pourquoi pas une Coupe des nations. Mais, il ne faut pas se brûler les ailes à vouloir faire tous les circuits. Donc, pour l’instant, je ne sais pas répondre à cette question, nous verrons pendant les stages d’hiver où elle en est, sur quel niveau elle est capable de redébuter.

Qu’est ce que vous pouvez dire sur cette saison 2019 ? C’était une saison pour revenir à haut niveau ?

Bien sûr. Depuis trois saisons, je me reconstruis un piquet de chevaux. Mais, c’est long. En m’installant, j’ai récupéré beaucoup de chevaux qui avaient déjà un passé. J’ai eu un lot de trois bons 7 ans, mais qui sont un peu en retard, Quatchina, Cadalko, Cuattro. Ils sont qualiteux, mais ils n’étaient pas prêts, pour s’aligner contre les meilleurs 7 ans au Lion. La première génération de chevaux « vierges » que j’ai pu choisir, c’est la génération des F, mes 4 ans. J’ai deux bons 4 ans qui ont fait une excellente saison Fandgio et Fly Up de Banuel. La jument est deuxième à la finale de Pompadour, super bien indicée.

Reparlez nous de Quickness !

Avec Tzinga, c’est celui qui a le plus d’expérience. Mais pour des raisons de santé, nous économisons Quickness, qui ne participe qu’au Grand National et sur de bons terrains. En accord avec sa propriétaire Gwenaelle Le Breton, c’est un cheval d’âge que nous avons envie de voir durer en bonne forme. Nous continuerons à prendre ce qu’il veut bien nous donner en le respectant car les Q vont prendre 16 ans en 2020. C’est celui que j’affectionne le plus, car je crois que c’est celui que j’ai gardé le plus longtemps. Quickness a notamment été vice-champion de France Pro Elite cette année.

Un regret cette saison ?

Non, nous ne pouvions pas faire mieux. Il faut être lucide sur ce que l’on a sous la selle. Franchement, mes chevaux je les aime tous bien, mais ils « ne sont pas tous à l’heure ». Je ne suis pas du tout inquiet sur leur qualité.

Vous avez des propriétaires fidèles ?

Oui. Quand je me suis installé dans la Sarthe, j’avais deux chevaux de deux nouvelles propriétaires différentes, Gwenaelle Le Breton et Marie Vergeron, propriétaire de Roscanvel Champeix qui participait au Derby Devoucoux du salon du cheval de Paris. Ce sont des propriétaires qui continuent à me faire confiance. Pour la plupart de mes propriétaires, ce sont des relations nouvelles depuis deux, trois ans.

Où êtes-vous basé ?

A La Flèche. Mais, je ne suis pas chez moi.

Quel est votre modèle de fonctionnement ? Votre modèle économique ?

Pour l’instant, c’est beaucoup de pensions valorisation. De manière anecdotique, il m’est arrivé de faire deux ou trois ventes. Des stages et des cours particuliers, des interventions ponctuelles. Mais, avec mon programme sportif je ne peux pas trop m’engager sur des cours réguliers.

Qui sont vos partenaires ?

Cavalassur est un fidèle de la première heure, depuis mon arrivée chez Pierre Defrance, fin 2008, début 2009. C’est comme cela que je conçois la relation avec un partenaire ou un propriétaire, c’est une histoire de fidélité.
Est ce que vous avez participé à des épreuves de saut d’obstacles cette saison ?

Je n’ai pas le temps et je n’ai pas un piquet assez important, mais j’en ai fait un tout petit peu. Justement, l’écurie que je cherche doit me permettre de développer cela.

C’est un aspect que vous aimeriez développer ?

Mon activité principale reste le complet, mais une écurie adaptée, bien située peut permettre de développer le côté jumping. Et pourquoi pas un piquet de chevaux spécifiques. C’est aussi un bon travail pour mes chevaux de complet. Donc c’est important d’être aussi présent sur ces terrains là. Maintenant, c’est une histoire de logistique et de taille de structure.

Certains cavaliers de complet sont présents sur le circuit du Grand National de saut d’obstacles, est-ce une aventure que vous souhaiteriez tenter ?

Oui, car j’aime aussi cette discipline. J’aime toutes les disciplines du moment qu’elles sont bien pratiquées. J’aime aussi beaucoup le dressage. C’est une nécessité de se diversifier un peu, montrer que l’on peut faire aussi autre chose que du complet. Mais, cela suppose un piquet de chevaux spécifiques quand cela devient plus pointu. C’est important d’être le plus polyvalent possible, car cela donne un autre œil, cela ouvre d’autres horizons. C’est important d’échanger avec les autres spécialistes, ceux du saut d’obstacles, ceux du dressage. Il faut être ouvert à tout je pense.

Est ce que vous faites une préparation physique spécifique ?

Non, je monte vingt chevaux par jour et je fais tout dans l’écurie de A à Z, y compris les corvées de l’écurie. Donc, la condition sportive elle est là, même si ce n’est pas l’idéal. Je bouge toute la journée, et cela maintient bien.

Est-ce que dans votre manière de vous entrainer au sens global du terme, vous avez changé des choses cette année ou prévoyez-vous de le faire l’année prochaine ?

Je reste très ouvert, j’écoute tout. J’ai plus l’impression de me laisser porter par Serge Cornut, par Cédric Lyard. Je prends tout ce qu’ils me donnent et après cela marche ou pas.

Est ce qu’ils vous ont porté vers une manière de fonctionner différente ?

Les grands classiques de l’équitation ne changeront jamais. Après c’est dans la nuance, le détail, il n’y a rien de révolutionnaire. Nous sommes à un niveau où nous poussons le détail d’avantage, dans la nuance et dans le tact équestre. Il n’y a rien de révolutionnaire, c’est un accompagnement, un suivi des chevaux et aussi sur le programme de compétition. Mettre les bons exercices au bon moment. C’est pour cela que je disais que j’avais un petit décalage avec ce lot de trois 7 ans que je trouve très bon mais qui est un petit peu en retard. Si je veux faire le circuit des 7 ans, il faut qu’ils soient capables de sauter 120, de faire des appuyers et pour l’instant, ils n’en sont pas encore là, même s’ils en ont les capacités.

Que peut-on vous souhaiter pour 2020 ?

De la stabilité. J’envisage de trouver une écurie pour m’installer chez moi, mais je ne sais pas quand. Des bons chevaux toujours. Si nous ne développons pas de nouvelles relations avec des partenaires ou des propriétaires, au moins, bien maintenir les relations actuelles, car j’en suis ravi.