Philippe Brivois : "Je n'ai pas envie de passer à côté de belles performances"
vendredi 14 juin 2019

Philippe Brivois
Philippe Brivois © Eric Knoll

Philippe Brivois assistait le week-end dernier à la victoire de son produit, Vendredi Biats, dans le CCI 4*L (ex-CCI 3*) de Bramham. Rencontre avec le talentueux et sympathique éleveur dont les produits "Biats" recommencent à faire parler d'eux au plus haut niveau, huit ans après le sacre d'Oslo à Pau.

Le week-end dernier la Britannique Kitty King remportait le CCI 4*L de Bramham. Elle était associée à Vendredi Biats, un cheval né en France chez Philippe Brivois. Contacté quelques jours après cette victoire, l’éleveur ne cachait pas sa joie : « Je suis très heureux. Le cheval était déjà quatrième l’année dernière et double sans-faute. Le CCI 4*L de Bramham est une vraie référence et Ian Stark, est un chef de piste très intéressant. » 

Vendredi Biats, l’original

Après Olso Biats, champion du monde des six ans et vainqueur du mythique CCI 4* de Pau sous la selle de William Fox-Pitt, Philippe Brivois voit un autre de ses produits accéder à haut niveau. C’est d’ailleurs grâce au Britannique que Vendredi s’est retrouvé dans les écuries de Kitty King. « Vendredi a été débourré en France mais cela ne s’est pas très bien passé. Un jour j’étais chez William Fox-Pitt et on regardait des vidéos, Vendredi était sur l’une d’elle. Il m’a demandé de lui amener. Je lui ai demandé s’il était vraiment sûr de lui, il m’a répondu que oui. J’ai donc fait le voyage avec Vendredi jusqu’en Angleterre. Lorsque qu’un groom est monté dessus, il l’a envoyé voler à 2,50m ! A l’époque William n’avait pas le personnel suffisant pour prendre le temps de le travailler. Je n’avais pas vraiment envie de le ramener en France vu le coût que cela représentait. Vendredi est donc parti chez Lucy McCarthy, une autre cavalière britannique. Elle m’a dit que le cheval était très étonnant : il n’était pas méchant mais il ne montrait aucune émotion. Pour le complet, c’est une grande qualité », livre Philippe.

Au bout de deux mois, Kitty King est venue l’essayer et elle est repartie avec, Vendredi avait alors cinq ans. La cavalière a pris le temps d'apprivoiser le gris. L’année suivante, le couple participe aux championnats du Monde des jeunes chevaux au Lion d’Angers et revient avec une septième place. Doucement mais sûrement, Vendredi gravit les marches qui le sépare du haut-niveau. Pour autant, il a gardé sa personnalité atypique. « Il a fait tomber tout le monde chez Kitty ! Aujourd’hui encore, elle doit le longer vingt minutes avant de monter dessus, que ce soit avant le dressage, le cross ou le saut d’obstacles. Kitty dit de lui qu’il est fantastique mais espiègle. Il s’entend très bien avec elle. Sur le cross il a en permanence les oreilles dressées, il va où elle lui demande d’aller », s'amuse Philippe. Toujours bien classé sur le dressage où il parvient régulièrement à passer en dessous de la barre des 30pts et bon ouvrier sur le cross, Vendredi est également un très bon sauteur. Sur tous les internationaux qu’il a couru jusqu’à présent, il n’a jamais fait tomber plus d’une barre et il sort régulièrement sans-faute. Peu étonnant lorsque l’on sait qu’il descend de Winningmood van de Arenberg, le crack de Luciana Diniz, et d’une vieille lignée de Selle Français. 

« Lorsqu’un cheval saute bien, il possède un minimum de locomotion »

En plus de Winningmood, Philippe Brivois a également utilisé Heartbreaker, Toulon, Lando et Indoctro. Il faut dire que l’éleveur n’était pas spécialement orienté vers le complet jusqu’à ce que Oslo participe au Mondial du Lion avec William Fox-Pitt. « C’était vraiment génial, nous avons passé trois jours magnifiques avec mes enfants. William nous a accueillis bras ouverts. C’est quelque chose que je ne connaissais pas dans le monde du saut d’obstacles ». Depuis, Philippe s’est tourné vers le concours complet mais sa production reste marquée par les courants de sang des chevaux d'obstacle. « Ma jumenterie saute avec un bon geste devant, une bonne bascule et du sang. J’ai beaucoup de Selle Français, certains descendent de trotteurs dont les anciennes souches étaient fantastiques : courageuses au plus haut point, d’autres de pur sang que j’apprécie pour leur influx. » Pour lui, l’utilisation de pères performers en saut d’obstacles fait sens pour le concours complet. « Lorsqu’un cheval saute bien, il possède un minimum de locomotion. Winningmood est formidable, il suffit de lui adresser des juments avec du sang. Heartbreaker possède beaucoup d’énergie, de modèle et de taille et une très bonne technique. Dans l’idée je produits des chevaux orientés vers le complet, mais il faut qu’ils soient tous capables de sauter 150 ». 

Et la suite ?

L’élevage Biats fait naitre entre six et huit poulains par an. Philippe s’attache à les suivre au maximum sur les compétitions. « Ce n’est pas évident lorsqu’ils courent en cette saison avec les poulinages », confesse-t-il. Surtout que ses produits commencent à être nombreux sur les terrains  de concours. Il y a quelques jours, Valmy et America Biats sont arrivés chez Victor Levecque. Valmy est un frère utérin d’Oslo par Orlando. Il est d’abord allé chez Astier Nicolas et, pour l’anecdote, il a voyagé avec un certain Vinci de la Vigne, septième des derniers championnats du monde à Tryon. Le hongre avait ensuite évolué avec Mathieu Lemoine et s’était classé troisième du CCI 2* du Pouget l’an dernier. « Depuis le début de l’année, Valmy n’était pas spécialement sorti. Victor a été assez surpris par sa volonté. America besoin de dressage mais Victor la travaille bien. C’est un cavalier qui écoute vraiment tout ce qu’on lui dit, il est simple, humble, persévérant et très doué. Il était intéressant de nouer un partenariat avec lui pour amener nos chevaux à haut-niveau. » 

Deux autres chevaux iront également chez Clara Loiseau dans les jours qui viennent. Miser sur la jeunesse a permis à Philippe de trouver un moyen de valoriser ses chevaux du mieux possible. « Je n’ai pas spécialement de sous pour mettre les chevaux en pension. Toutefois ce qui m’intéresse c’est de voir mes chevaux sortir à haut-niveau même si ce n’est pas facile économiquement parlant. »

Côté étranger, Vendome Biats tourne avec un autre Britannique, Tom Crisp, et débute les CCI 3* et 4*. L'olympique Nicola Wilson s'était aussi intéressé à ses chevaux. Tout cela fait la fierté de l’éleveur : « Quand vous avez des cavaliers comme ça qui essayent les chevaux et qui vous disent que votre cheval est bon, je vous assure que vous n’avez pas envie de passer à côté de belles performances. » C'est tout le mal que l'on souhaite à Philippe et l'élevage Biats.