Thierry Touzaint : « Nous repartons malgré tout avec de très bonnes choses »
dimanche 26 septembre 2021

Thierry Touzaint ce week-end, lors des championnats d'Europe d'Avenches
Thierry Touzaint ce week-end, lors des championnats d'Europe d'Avenches © Eric Knoll

Alors que les complétistes tricolores pouvaient encore espérer décrocher une médaille par équipe et une en individuel à l'issue des tests de dressage et de cross, tout s'est effondré ce dimanche, après l'hippique. L'équipe de France termine ce championnat à la cinquième place, tandis que Maxime Livio et Api du Libaire signent la meilleure performance française en se classant sixièmes en individuel. Entre satisfaction et déception, Thierry Touzaint, sélectionneur national, revient sur ces championnats d'Europe et en dresse le bilan.

Quel bilan tirez-vous de ces championnats ?

C’est un championnat qui se termine malheureusement mal. Depuis le début, tout le monde nous voyait sur le podium parce que l’on avait déroulé de bonnes reprises de dressage mais c’est un championnat, il fallait tenir jusqu’au bout et on ne l’a pas fait. On s’était déjà mis en danger hier avec la chute de Gwendolen Fer. Et quand on est plus que trois, il n’y a plus de joker, alors qu’il nous en aurait fallu un pour cette épreuve d’hippique. Covadys de Triaval, le cheval de Stanislas de Zuchowicz, a très bien sauté mais fait un petit quatre points. Concernant le cheval de Jean Lou Bigot, Utrillo du Halage, c’est la grosse déception… C’est un cheval qui ne fait jamais de barre. Peut-être que l’on a un peu sous-estimé ce parcours, qui était presque trop facile. Nous en faisons des beaucoup plus difficiles à la maison, dans les Grands Nationaux. Jean Lou est peut-être plus à son affaire quand il faut chercher le sans-faute à tout prix sur un parcours plus sélectif. Il y a peut-être eu un peu de négligence aujourd’hui. C’est la preuve qu’il ne faut jamais sous-estimer un parcours. C’est vrai que celui-là n’a pas provoqué beaucoup de fautes. Mais habituellement, Utrillo nous régale toujours en faisant des sans-faute sur des parcours beaucoup plus difficiles que ça. Peut-être qu’il y a eu un excès de confiance, on ne pensait pas que le cheval allait nous faire ça. Concernant Maxime Livio, il a très bien monté et Api du Libaire est en progrès constants, on ne peut pas leur reprocher grand chose. C’est désolant pour l’équipe, mais aussi pour leur médaille individuelle parce qu’elle aurait été belle et qu’ils l’auraient méritée. Mais c’est le sport. Ça s’est mieux terminé à Tokyo qu’ici, heureusement. Mais les scénarios peuvent très vite basculer, nous le savons. Il y a deux ans, on aurait pu décrocher la médaille d’argent avec un sans-faute ou le bronze avec un quatre points et finalement nous en avons fait huit… Tant que l’épreuve n’est pas terminée, tout peut encore arriver.

Il y a deux ans, malgré la déception qu’ont été ces championnats d’Europe à l'époque, ils ont permis de révéler un couple désormais pilier de l’équipe de France : Christopher Six et Totem de Brecey. Aujourd’hui, repartez-vous également avec des éléments positifs ?

Oui, bien sûr. Je pense notamment aux deux gris, Api du Libaire et Covadys de Triaval, qui sont deux chevaux qui vont évoluer à très haut niveau très bientôt. Ne repartons malgré tout avec de très bonnes choses. Il y a les championnats du monde l’année prochaine, je leur souhaite de continuer à progresser comme ils le font actuellement pour qu’ils puissent être avec nous, dans l’équipe, avec les chevaux qui étaient à Tokyo. Et puis, il ne faut pas oublier la très belle performance de Luc Chateau. On ne l’avait pas mis dans l’équipe car on savait qu’il allait partir de loin après le dressage. Si on avait connu le dénouement de ce championnat, vous vous doutez qu'on l’aurait évidemment mis dans l’équipe et c'est toujours facile à dire après coup. Mais on ne pouvait pas savoir, c’est comme ça. Je suis vraiment content pour Luc. Il se doutait qu’il allait partir en individuel, c’était un vrai challenge mais il m’avait dit « ça m’intéresse, je suis prêt à relever le défi » et il a tenu bon. Le cheval confirme quant à lui le fait que le cross est vraiment son test de prédilection. Il s’améliore sur le dressage, mais il y a encore du travail.

Les Britanniques réalisent le triplé en individuel et remportent la médaille d’or par équipe. Les pronostics prévoyaient ce résultat en équipe mais, concernant les résultats individuels, ils sont vraiment très impressionnants…

C’est très impressionnant, en effet, mais la Grande-Bretagne est une nation qui a beaucoup de très bons chevaux. C’est vraiment leur sport. Les concours anglais sont les plus formateurs, les plus beaux, et ce sont les Britanniques qui ont le meilleur vivier de chevaux. Ce championnat reflète tout leur potentiel. Ce n’est pas une surprise. Nous, nous sommes contents quand nous arrivons à nous glisser au milieu de ces nations-là, notamment lors des Jeux olympiques et des Jeux équestres mondiaux. Nous avons un tout petit effectif par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne, qui est vraiment une très grande nation de concours complet. Même leurs deuxième et troisième équipes sont exceptionnelles : ils ont tellement de chevaux que les cavaliers de ces équipes font eux aussi des compétitions de niveaux CCI4* et CCI5*. Ce sont les meilleurs qui gagnent, c’est normal. Mais cela ne tient pas à grand-chose, les Allemands ne sont pas loin non plus, ils auraient pu en mettre un sur le podium. Mais c’est comme ça, c’est le sport.