Thomas Carlile : « J’espère que la production d’Upsilon parlera pour lui et qu’il ne sera pas oublié »
jeudi 19 septembre 2019

Thomas Carlile et Dartagnan de Béliard
Le couple multi-médaillé formé par Thomas Carlile et Dartagnan de Béliard sera présent au Mondial du Lion © Eric Knoll

Quelle semaine pour Thomas Carlile à Pompadour, qui, non satisfait de s’imposer dans le championnat de France des 4 ans de concours complet avec Fair Lady des Broucks, a récidivé deux jours plus tard dans les 6 ans avec Dartagnan de Béliard. Une compétition particulièrement satisfaisante d’autant que la production de son crack, Upsilon, a brillé tout le long du championnat, occupant d’ailleurs le podium complet des 4 ans. Il revient pour L’Eperon sur la Grande Semaine 2019.

Quel bilan faites-vous de cette Grande Semaine de Pompadour ?

Je suis très satisfait. Les chevaux de 6 ans s’étaient déjà illustrés de très belle manière à 4 et 5 ans, et toute cette saison ils ont été en haut des classements de manière très régulière. Dans l’ensemble, ils ont répondu assez présent. Les 4 ans s’initient à la discipline et découvrent mais je suis amplement satisfait de les voir aussi bien se classer. Je pense que ce sont des chevaux qualiteux, même si tout reste à prouver. Aujourd’hui, ils ont mis le pied dans le niveau international mais il leur reste encore beaucoup à apprendre et l’année de 7 ans sera un palier à franchir.

Que recherchez-vous d’ailleurs dans un jeune cheval ?

Il faut un cheval avec des aptitudes propres à la discipline du complet, c’est-à-dire qui a de la locomotion, un bon galop, des aptitudes au saut et qui possède un modèle plutôt léger. Dans le mental, je cherche un cheval qui a envie de bien faire, de travailler et d’avoir une relation avec son cavalier. Le reste, c’est le travail qui nous permet de les construire.

Pouvez-vous parler de Dartagnan de Béliard, vainqueur des 6 ans, et de Fair Lady des Broucks, gagnante des 4 ans ?

Dartagnan est un cheval qui nous a tapé dans l’œil dès le moment où il est arrivé. Je me souviens que Gérard Brescon, son naisseur et propriétaire, m’avait appelé le jour où il est né pour me dire que Royce de Kreisker venait de faire un poulain magnifique. Tout le long de sa croissance et de son travail, il a toujours été très distingué avec très beau modèle, une bonne locomotion. Il est très souple, très équilibre et a un caractère en or qui le rend très facile au quotidien.

Fair Lady est une jument que Philippe Lacaze a fait naître et qui est arrivée aux écuries un peu tardivement : elle a démarré au mois de mai ou de juin. Le fait qu’elle soit d’Upsilon m’a forcément interpellé car lorsqu’on me présente un cheval qui descend du meilleur cheval que j’ai monté, mon cheval de cœur, on s’attarde davantage dessus. C’est une jument très qualiteuse dans sa locomotion et dans son coup de saut. Elle a l’air d’avoir beaucoup d’assurance en elle, la personnalité qui va avec et à chaque fois qu’on lui présente quelque chose de nouveau, elle ne se pose pas trop de questions. A côté de ça elle a un caractère qui la rend un peu susceptible dans le travail au quotidien mais c’est un peu ce que l’on retrouve chez les chevaux qui ont beaucoup de respect et de sang.

Qu’avez-vous pensé du niveau global des chevaux ?

Le niveau et la qualité des chevaux s’améliorent d’année en année, même si le nombre d’engagés diminue un petit peu. Cavaliers, éleveurs et propriétaires travaillent ensemble et se rapprochent des chevaux qui ont davantage le profil pour le complet. Cela se voit dans le papier lorsque les chevaux ont été conçus avant tout pour le complet. On voit des croisements avec des mères très près du sang, anglo, pur-sang, avec des chevaux de selle, avec des aptitudes au saut mais qui restent des modèles assez légers. Il n’y a pas si longtemps, on trouvait beaucoup de chevaux qui n’avaient pas la morphologie de notre discipline, ça s’homogénéise un petit peu plus.

Et de la compétition en elle-même ?

Le parcours des 4 ans était une initiation, c’était très bien construit. Pour les 5 ans, les obstacles étaient très massifs, assez gros mais très clairs, c’était un très bon test. Cela permet de mettre les chevaux dans la franchise et au cavalier d’ouvrir un peu les doigts et de monter en avançant, c’est très agréable pour initier les chevaux. Je dirais tout de même que la taille des obstacles était plus importante que lors de précédentes finales, ce que je trouve bien. Beaucoup d’épreuves pendant l’année ne respectent pas les cotes, mais on avait un parcours qui ressemblait aux profils types des parcours qui nous aident à former nos chevaux et que l’on aimerait voir plus souvent. A force de sauter des obstacles qui ne sont pas aux cotes pendant toutes la saison, devant une telle finale beaucoup de cavaliers et non-cavaliers n’ont pas la bonne réaction et trouvent cela trop gros, alors que c’est le reste de la saison qui ne l’a pas suffisamment été. Pour les 6 ans, j’ai trouvé le parcours un peu plus au niveau, on aurait peut-être pu avoir un peu plus de direction dans certains enchaînements.

La production d’Upsilon a brillé pendant ce championnat, que transmet-il en tant que géniteur ?

La première chose qui ressort c’est la qualité qu’il a réussie à transmettre. Le fait de le voir truster les trois places du podium des 4 ans démontre qu’Ups est un super améliorateur car on avait trois profils de juments différents : une mère anglo, étrangère et une française. Il ne les marque pas tant que ça dans le modèle ou la manière de faire, il transmet plutôt des qualités intrinsèques : de vraies aptitudes de locomotion, de qualité de saut, de galopade et une envie de bien faire. Je ne trouve pas vraiment de copie conforme ce qui est intéressant car ça ne limite pas à un seul modèle.

C’est une immense satisfaction pour moi et pour lui de voir cette réussite-là. J’espère que ce n’est que le début pour, il le mérite. C’est un grand cheval et il le prouve en étant un excellent géniteur. J’espère qu’il y aura encore beaucoup de poulains qui montreront cette qualité et seront performants, en espérant que même s’il n’est plus sur les terrains de concours, que sa production parle pour lui et qu’il ne sera pas oublié comme père.

Comment va-t-il ?

Sa récupération suit son court, chaque jour on a une amélioration au niveau du moteur. Il se porte bien, ça fait quatre mois qu’il n’a plus de traitement donc on ose croire qu’il est arrivé au bout de la maladie. On espère maintenant qu’il se remettra au mieux pour profiter pleinement de sa fin de vie.

Comment allez-vous préparer le Mondial du Lion d’Angers ?

Au Mondial du Lion, la distance du parcours de cross est plus importante donc il faudra accentuer le travail de fond avec les chevaux. Un peu de travail sur le plat va être fait et nous ferons quelques séances de saut pour s’assurer que les chevaux répètent bien leurs gammes. Quand je vois la saison qu’a faite Dartagnan, je ne peux qu’espérer bien y figurer, le cheval a été très régulier avec des scores de dressage plutôt très bas sur des épreuves du niveau du Mondial. Dans un bon jour, il devrait être capable de répéter ces performances-là même si nous aurons une concurrence étrangère contre laquelle les chevaux ne se sont pas frottés pendant l’année.

Votre futur s’illustre également en Barry Louvo et Birmane, 8 ans, pouvez-vous parler d’eux ?

Il s’agit de la première année à haut niveau pour Barry Louvo et Birmane. Ce sont des chevaux qui a priori ne seront pas à vendre donc je peux prendre mon temps et m’investir énormément pour les rendre les meilleurs possibles et les amener à haut niveau pour les années à venir. C’est en eux que je vois ma relève, ils ont eu leurs lots de réussite. Je continue à les construire gentiment pour les amener au niveau supérieur l’année prochaine et essayer de passer en 5* ou performer plus en 4*.