Dressage : le changement c’est pour 2021 !
mercredi 09 décembre 2020

Image d'illustration - Championnats d'Europe de Rotterdam (2019)
Image d'illustration - Championnats d'Europe de Rotterdam (2019) © Eric Knoll

À l’occasion de l’Assemblée générale de la FEI, tenue par visio conférence le 23 novembre, l’instauration du Grand Prix court pour la saison 2021-2022 de la Coupe du monde a été validée. Alors que le port du casque sera obligatoire à partir du 1er janvier sur toutes les compétitions internationales, 2021 s’annonce donc comme l’année des changements en dressage.

Fini le haut de forme traditionnel, place désormais au casque de protection à partir du 1er janvier 2021, sur toutes les pistes internationales, championnats continentaux, mondiaux et même olympiques. Une réglementation votée lors de l’Assemblée Générale de la FEI en 2019. Mais ce n’est pas sans avoir essayer de bloquer cette nouvelle norme imposée par la FEI, que les cavaliers de dressage vont finalement devoir se plier à la règle. Menés par une Isabell Werth très remontée, des Patrik Kittel, Carl Hester, Hans Peter Minderhoud, Edward Gal, Daniel Bachmann Andersen ou encore Juan Matute Guimon, ont fait savoir leur désaccord en signant une pétition (151 signatures au total dont plusieurs Français, ndlr) proposant de leur laisser le choix de porter ou non le casque sur des évènement de niveau 4 et 5*, ainsi que sur les grands championnats internationaux. La pilule ne passe pas auprès des meilleurs cavaliers d’autant que dans d’autres disciplines FEI, telles que la voltige ou le reining, les athlètes ne portent pas ou peu de protection.
Dans cette pétition, présentée au bureau de la FEI, nous pouvions lire : « Jamais un accident grave n’a été recensé lors d’une épreuve sur une compétition internationale. […] Le chapeau fait partie intégrale de l’identité de la discipline du dressage. […] Nous ne sommes pas contre la sécurité et contre le casque et nous sommes d’accord qu’il soit obligatoire lors des détentes et des remises des prix, mais sur la piste il n’y a pas de raison de changer le règlement […] Nous croyons qu’il s’agit du droit de chacun, en tant que cavalier, de choisir de porter un chapeau ou un casque et ce droit ne peut pas être supprimé ». Le 18 novembre, le bureau de la FEI a décliné la demande des cavaliers de réviser la réglementation du port du casque à compter du 1er janvier 2021 ! « Comme le précise Isabell Werth, cela reste quand même aux principaux intéressés de se positionner. Nous prenons aussi la mesure des risques de notre sport. Nous savons que l’équitation est l’un des sports les plus dangereux, libre à chacun de porter le casque ou pas, lance Marie-Emilie Bretenoux. Elle avoue : J’étais vraiment contre le port du casque en épreuve mais je dois admettre que je m’y suis habituée ». 

Dressage VS spectacle

De son côté, Bertrand Liegard précise : « Nous vivons dans un monde dans lequel nous n’avons plus le droit de nous faire mal. Aujourd’hui, tout le monde tend vers le risque zéro, ne pas avoir de blessés, tout est une question d’assurance ». Mais en équitation le risque zéro n’existe pas ! « C’est comme en sécurité routière, ils veulent s’en rapprocher et ne rien avoir à se reprocher. Si un cavalier a un accident grave alors qu’il porte un casque ce n’est pas « grave », mais si cet accident a lieu alors qu’il porte un chapeau alors ça sera un problème », continue le cavalier lui aussi adepte du chapeau. Et pour certains, le chapeau, ou plutôt le képi, fait partie d’un uniforme de représentation. « Lors des galas, nous portons même le lampion, il n’est pas question de porter un casque, lâche l’Ecuyer du Cadre Noir, Guillaume Lundy. Je pense qu’en compétition, nous dépendons d’une fédération, tout est plus règlementé et c’est ce qui fait la différence avec le monde du spectacle, poursuit-il. Je trouve cela malgré tout dommage puisque le dressage est quand même porté sur la valeur esthétique et artistique ». Alors pourquoi la question de la sécurité devrait-elle uniquement se poser pour les athlètes en compétition ? Le débat restera certainement encore ouvert pour un moment, d’autant qu’Isabell Werth a été élue présidente de l’IDRC, le club international des cavaliers de dressage, ce lundi 7 décembre. 

Redynamiser la discipline

Autre sujet qui anime les discussions, l’instauration d’un Grand Prix court pour la saison 2021-2022 de la Coupe du monde. La raison ? Redynamiser la discipline notamment lors des Jeux olympiques. Testé sur le CDI-W de l’Olympia, à Londres, en 2018, puis à nouveau l’année suivante, dans une version revue, le Grand Prix court ne fait pas encore l’unanimité dans le milieu du dressage. « De l’avis du Comité technique de dressage de la FEI, le Grand Prix court a le même degré de difficulté que le Grand Prix traditionnel et sera ainsi comptabilisé dans les MER (minimas olympiques, ndlr) et offrira le même nombre de points pour le classement mondial », peut-on lire dans le rapport de l’Assemblée Générale de la FEI, qui s’est tenue le 23 novembre. Seule cavalière française à l’avoir testé en compétition en 2018, avec Stéphanie Brieussel, Marie-Emilie Bretenoux se souvient : « Le dessin ne mettait pas en valeur certains mouvements du Grand Prix comme les grands appuyers au trot. On avait l’impression que l’épreuve était rabougrie, comme si on était on chronomètre. Je trouve l’idée de modifier le Grand Prix bonne mais pas forcément de le raccourcir. Nous avions constaté qu’avec moins de notes et de mouvements, les points étaient beaucoup moins élevés qu’habituellement, la faute coûte très cher ». Et l’argument principal de cette version courte est de rendre le dressage plus attractif en réduisant le temps d’audience télé lors des Jeux olympiques. Pour Marie-Emilie, « raccourcir le Grand Prix ne changera pas l’intérêt ou non des gens pour cette épreuve car dans tous les cas c’est un peu rébarbatif si tu n’y connais rien. Les amateurs préféreront dans tous les cas regarder la version longue car ils en profitent plus ». 

Vers un Grand Prix court aux JO

Alain Francqueville, juge international, membre du club des entraineurs et ancien chef d’équipe des Bleus, a de son côté une opinion bien tranchée sur la question. « J’ai assisté aux deux représentations du Grand Prix court. En 2018, j’avais apporté un avis défavorable à la FEI, tout comme Monica Theodorescu (entraineur national des Allemands, ndlr), car cela ne ressemblait à rien. La nouvelle version, qui va être utilisée pour la prochaine saison de Coupe du monde, est certes beaucoup mieux mais je ne vois quand même pas l’intérêt de réduire le timing pour un résultat qui n’est pas flagrant ». Et pour passer de 6,30 mn à 4,35 mn, il faut bien en passer par un remaniement du tracé. « Tout s’enchaine très vite, il n’y a pas vraiment de petits côtés pour montrer les allures et laisser souffler les chevaux. Techniquement, je ne trouve pas que cela soit un progrès. Le Grand Prix est une épreuve qualificative. C’est comme si on disait que les épreuves qualificatives de natation ne servaient à rien. Pour moi, l’intérêt médiatique n’est pas prouvé et ce n’est pas parce que l’on supprime 1,30 mn de reprise que les gens vont plus regarder. Il serait peut-être plus intéressant d’augmenter les critères de qualification pour les Jeux olympiques si l’on ne veut pas dépasser deux jours de Grand Prix », insiste Alain. Et comme le dit justement l’ancien sélectionneur des Tricolores, « si le principe d’universalité est important aux Jeux olympiques, si la discipline disparait complètement la question ne se posera plus ! » 

Et le bien-être du cheval dans tout ça ?

Autre point soulevé par Alain Francqueville et Monica Theodorescu : le bien-être. « Tout s’enchaine plus vite, les pirouettes, les lignes, je pense que cela ne va pas dans le sens d’une équitation plus respectueuse du cheval. C’est comme si on faisait un barrage et ce n’est pas le but du Grand Prix », lance Alain Francqueville tandis que Marie-Emilie Bretenoux rajoute que : « Quartz était plus fatigué à l’issue du Grand Prix court et pourtant, il était en condition ». Mais alors, si le gain de temps n’est pas si conséquent et que le bien-être du cheval est remis en question, quelle serait la solution pour rendre ce Grand Prix, jugé « rébarbatif », plus attractif aux yeux du grand public ? Bertrand Liegard a sa petite idée. « Il pourrait y avoir deux voire trois textes pour le Grand Prix, cela apporterait de la variation, du dynamisme, un peu comme en Formule 1 lorsque les pilotes courent les circuits à l’envers. Beaucoup de chevaux y sont habitués et le fait d’en changer le sens pourrait créer des surprises. Un cheval qui réalise parfaitement la ligne des temps à main droite ne va pas forcément la faire aussi facilement en partant à gauche. Cela serait intéressant d’avoir différents Grands Prix en fonction des formats de compétitions (Championnats, JO, Coupes des nations…) ». 

Voilà de quoi réfléchir mais une chose est sure, l’équitation, et donc le dressage, est bel et bien au programme des Jeux olympiques de Paris en 2024. Et ça, cela reste encore le principal !

Commentaires


Géra B | 10/12/2020 10:22
Petit problème de rédaction dans l'intro entre autre: Port du casque obligatoire et non "port du chapeau obligatoire"....