Emmanuelle Schramm : « Nous n’avons pas besoin de motiver les cavaliers, ils le sont d’eux-mêmes »
mercredi 26 août 2020

Emmanuelle Schramm
Emanuelle Schramm © Eric Knoll

Alors que la saison 2020 a souffert en raison de la crise sanitaire liée à la Covid-19, le dressage parvient pour le moment à tirer son épingle du jeu après la tenue de son Master Pro ainsi que l’organisation in-extremis des championnats d’Europe Jeunes à Budapest. Emmanuelle Schramm, DTN adjointe chargée du dressage, revient sur l’après confinement et évoque la suite d’une saison pour le moins inédite.

Les championnats d’Europe Jeunes vont se terminer cette semaine à Budapest avec les Poneys, quel bilan tirez-vous des deux premières semaines de compétition en Hongrie, notamment pour les Moins de 25 ans ? 

Dans cette catégorie d’âge, nous étions sur un couple qui a déjà fait ses preuves, Cédric Gallinard avec Scherzo ZC, et qui avait encore l’envie d’y aller et un couple que nous avions envisagé l’année dernière, Rachel Bastady et Fandango d’Arx. En deuxième partie de saison 2019, Rachel a pris beaucoup d’expérience notamment en international en enregistrant de très bons résultats donc nous nous attendions à la voir sélectionnée cette fois-ci. Comme dans les autres catégories, nous aurions aimé former une équipe mais les autres couples étaient encore un peu justes pour cet évènement. Nous sommes très contents puisque les deux couples ont rempli leur contrat et se sont même qualifiés pour la finale en musique. C’est d’ailleurs une satisfaction globale puisque nous avons eu deux couples qualifiés en finale dans les Children, Juniors et Jeunes Cavaliers aussi. C’est le signe d’une bonne santé globale.

La chef d’équipe des Jeunes, Muriel Leonardi, parlait de la réussite du système mis en place depuis plusieurs années pour expliquer ces bons résultats. Qu’en pensez-vous ? 

Nous avons des circuits de formation qui portent leurs fruits dans le temps tels que la Tournée des As ou le Grand National. Ce sont des circuits sur lesquels on retrouve tous les cavaliers, qui sont représentatifs du haut niveau et qui les aident à progresser. Le but était vraiment de mettre en place un système avec un seul chef d’équipe des Poneys jusqu’aux Jeunes Cavaliers afin d’assurer une continuité. Finalement, les résultats commencent à arriver et nous sommes très satisfaits de cette saison si particulière ! Nous avons des enfants en équipe Jeunes que l’on suit depuis les Poneys qui changent de catégorie au fur et à mesure. Tout cela est possible grâce à un meilleur encadrement, des chevaux de qualité mais aussi l’arrivée d’enfants de professionnels qui sont ainsi très suivis. 

Ces résultats sont donc une belle vitrine pour le dressage français avec notamment des cavaliers que l’on pourrait un jour retrouver en équipe Séniors…

Oui et j’encourage d’ailleurs tous ces jeunes à rêver des Jeux olympiques de Paris en 2024 ! Il n’y a pas de honte à ça ! Ce sont des jeunes qui sont dans une mouvance positive et qui font partie d’un projet sportif de haut niveau. 

Alors que la France parvenait à se qualifier par équipe pour les JO de Tokyo en fin d’année dernière grâce à de très belles performances individuelles, et que les Jeunes montrent une progression notable à l’international, peut-on parler d’un regain de forme pour le dressage tricolore ? 

Je ne parlerais pas de regain mais de continuité des efforts effectués par tous les acteurs de la filière. Nous nous trouvons dans un contexte favorable à la suite de la qualification olympique des Séniors, mais nous voyons du renouveau dans les catégories Jeunes, notamment les Children, avec des jeunes qui restent sur le long terme, qui progressent et dont les bénéfices de cette progression se vérifient d’une année sur l’autre. C’est comme ça que les choses se construisent, cela ne se fait pas en deux jours ou deux ans mais cela porte enfin ses fruits et j’espère que cela va se poursuivre. Nous avons un potentiel de plus en plus fort et nous avons bien vu que dans un contexte de championnat d’Europe, même Jeunes, on ne nous regarde plus de la même façon ! On devient plus crédibles aux yeux de tout le monde avec des chevaux qui ne dénotent pas au milieu des autres. 

Le Master Pro de dressage se tenait il y a une dizaine de jours à Vierzon. Quel bilan en avez-vous tiré ? 

Nous sommes très contents de la tenue de ce championnat et on peut dire qu’en dressage nous sommes plutôt chanceux, malgré la situation actuelle, puisque nous sommes la seule discipline dont le Master Pro a été maintenu et la seule discipline dans laquelle des championnats d’Europe Jeunes ont été organisés ! 
Cette année le nombre de partants dans le championnat Pro Elite était un peu moindre avec notamment l’absence d’Arnaud Serre, présent à Budapest, Morgan Barbançon-Mestre qui a saisi l’opportunité de courir à l’international ou encore de Jean-Philippe Siat dont le planning de la saison incluant les temps de repos de sa jument ne concordait pas avec le changement de date du Master Pro. D’autres n’ont peut-être pas souhaité venir en raison du manque de routine en concours qui est très important et indépendant du niveau technique. Pour autant, nous avons eu dix chevaux à plus de 70%, certains avec de très belles reprises dignes du niveau international, ce qui est très encourageant. Comme dans les As, nous voyons de plus en plus de cavaliers professionnels équipés d’un piquet de chevaux plus étoffé, avec des propriétaires qui les suivent et des chevaux qui évoluent dans des catégories différentes en fonction de leur âge. C’est ce que nous avons pu observer à Vierzon même si les cavaliers pros n’ont pas la possibilité de courir plusieurs championnats comme nous l’avons autorisé dans les catégories Jeunes. 

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous suite au report des Jeux olympiques de Tokyo, de leur tenue l’année prochaine et de l’annulation des championnats d’Europe de Budapest, qui devaient donc se tenir à l’été 2021 ?

Nous croyons toujours à l’organisation des Jeux olympiques l’année prochaine et comme on dit en concours, tant que le dernier n’est pas passé tout est encore possible ! Tant qu’on ne nous dit pas qu’il n’y aura pas de Jeux olympiques nous y croyons, même si nous voyons bien que tout cela reste très fragile ! Notre qualification par équipe n’est pas remise en cause, nous sommes dont sereins de ce côté-là. Nous mettrons en place la préparation qui était prévue pour cette année mais nous n’avons quand même pas beaucoup de visibilité. Nous ne savons pas ce qu’il nous sera proposé comme concours l’année prochaine et nous voyons déjà que certains gros évènements continuent d’être annulés cet l’automne. Pour le moment, nous n’avons pas vraiment de plan et si les Jeux sont maintenus alors nous aurons gagné une année de préparation supplémentaire pour faire progresser nos chevaux et en voir de nouveaux apparaitre. La FEI nous a interrogé concernant les championnats d’Europe Séniors et toutes les Fédérations militent pour qu’ils soient réintégrés au programme de l’année prochaine, quitte à ce que les JO et les Europes se tiennent la même année ! Et si les Jeux sont annulés, nous serions au moins assurés de pouvoir participer à une grande échéance l’année prochaine ! Rester deux ans sans la moindre échéance internationale serait vraiment un coup dur.

Sans visibilité comment envisagez-vous la suite de la saison ? Comment gardez-vous les cavaliers motivés ?  

Je n’ai pas vraiment besoin de les motiver car ils le sont déjà d’eux-mêmes ! Que cela soit pour les Jeunes ou les Séniors, nous avons des cavaliers qui ont envie d’aller en concours et sur ce point-là le Grand National nous rend bien service. Il y aura donc une étape à Cluny puis nous croisons les doigts pour que Lyon soit maintenu, concours sur lequel nous devrions avoir la finale du Grand National ainsi qu’une étape Coupe du monde ! Nous avons encore un CDI à Nice, un autre au Mans et pour le moment il n’y a pas de raison que ces évènements ne soient pas maintenus. Encore une fois nous naviguons un peu à vue mais avec des cavaliers très motivés !