Fanny Delaval : « Si l'on ne performe pas, il ne faut pas chercher d'excuses mais trouver des solutions ! »
lundi 19 octobre 2020

Chiara Zenati
Chiara Zenati lors de la dernière Master Class à Lamotte-Beuvron © FFE/EB

Bien qu’à la peine lors des Championnats d’Europe 2019 (12ème par équipe), l’équipe de France de Para Dressage semble montrer des signes plus qu’encourageants. La nouvelle génération affiche une motivation débordante, au point parfois de venir titiller les cavaliers plus aguerris. Avec les Jeux Paralympiques en perspective, le staff fédéral affûte ses couples sous la houlette de Fanny Delaval. Depuis 20 ans, elle écume les terrains pour accompagner les équipes de France et les aider à se frayer un chemin vers le haut niveau. Elle dresse pour nous aujourd’hui un bilan de cette saison stoppée par la pandémie, à la veille des Championnats de France de Saint-Lô.

Vous avez mis en place début 2019 des Master Classes pour les candidats à l’équipe de France. Après une longue interruption due à la crise sanitaire, la première s’est tenue à Lamotte-Beuvron les 7 et 8 octobre. Comment cela s’est-il déroulé ?

Tout le monde était ravi de se revoir avec cette coupure. Nous avons retrouvé les couples en bonne forme et très motivés. Un important travail a été réalisé et la vétérinaire fédérale Emmanuelle Druoton a examiné chaque cheval. Tout semble en ordre en vue des Jeux Paralympiques de Tokyo qui restent l’objectif n°1.

Comment fonctionnent ces Master Classes ? Tout le monde est invité ?

Non, nous n’invitons que nos meilleurs couples, ceux capables de s’engager en internationaux. En l’occurrence nous avions invité 9 couples. Ces stages consistent essentiellement en du travail avec les entraîneurs, et cette fois-ci, nous avons également revu les fondamentaux en visionnant les reprises des cavaliers médaillés à Tryon afin qu’ils prennent conscience de ce qu’il faut chercher à réaliser. Je leur ai présenté la suite de la préparation et des modalités de sélection. En fin de Master Class, ils déroulent une reprise face à un juge international et cela détermine dans quel groupe - 1 ou 2 - ils sont intégrés.

On sait qu’il est difficile de rivaliser avec les grandes nations dominantes. La France a-t-elle sa chance ?

Déjà, les Anglais (qui furent longtemps dominateurs comme aux Jeux Paralympiques de Londres, NDLR) ont été dépassés par les Hollandais depuis deux ans. Pour la première fois, ces derniers ont gagné l’épreuve par équipe aux JEM et ont réitéré aux Championnats d’Europe. Notre stratégie est de progresser et d’identifier des couples capables d’atteindre le podium. Il est important aussi de suivre les chevaux, car dans notre sport, c’est le couple qui prime. Nous les accompagnons sur le choix des chevaux, mais aussi de plus en plus sur le suivi vétérinaire, tout comme les autres chevaux de haut niveau. Il faut rester très vigilant afin qu’ils restent dans de très bonnes conditions pour éviter un forfait de dernière minute. Nous sommes davantage dans l’anticipation. Ensuite, nous essayons d’insuffler aux cavaliers une culture du haut niveau : la rigueur du travail, de l’entraînement, l’hygiène de vie, la préparation mentale et physique. Ce qu’on essaie de leur faire comprendre, c’est que ces principes doivent être suivis toute l’année et pas seulement pendant les stages.

Comment parvenez-vous à assurer ce suivi ?

Nous sommes beaucoup en lien avec eux, ils peuvent nous joindre à tout moment, y compris notre vétérinaire. Philippe Célérier notre entraîneur-sélectionneur va régulièrement les voir chez eux, et intervient en collaboration avec leurs entraîneurs personnels, notamment pour le suivi du travail quotidien des chevaux des grades I à III qui assurent les détentes avant les épreuves. Ils sont impliqués au cœur de la performance.

La collaboration étroite entre le cheval et son cavalier est-elle cruciale ?

Oui tout à fait. D’ailleurs, on voit bien chez nos concurrents étrangers que les chevaux ont un beau look, une belle locomotion. Nous savons qu’aujourd’hui les juges veulent des chevaux dans la légèreté, qui travaillent en montant, qui déroulent des reprises fluides. Dès qu’il y a un rapport mains-jambes un peu fort, les cavaliers n’ont pas physiquement les ressources pour l’établir et les juges de toute façon n’aiment pas. Il faut des chevaux naturellement en avant, souples et coopératifs.

Que manque-t-il aux français pour monter sur un podium ?

Sûrement pas un manque de motivation ! Comme le rappelle chaque fois notre consultant dressage Carlos Lopes (juge 5* en contrat jusqu’en 2024, NDLR), la FFE est la fédération en Europe qui aide le plus les cavaliers. Cette aide se fait sur le plan logistique mais également financier. Nous sommes délégataires de la discipline du Para Dressage depuis 2017 et nous assistons vraiment à une évolution. Même les juges nous encouragent, le problème c’est que tout le monde travaille et progresse…alors avant de mettre le clignotant et doubler… Nous ne pouvons pas rivaliser pour l’instant avec les hollandais, les anglais, les allemands. Nous aurions besoin d’une locomotive comme Pepo Puch en Autriche, Rodolpho Riskalla au Brésil, un couple capable de décrocher régulièrement les 73-75 %. Nous l’avons peut-être trouvée avec Chiara Zenati et le cheval de l’IFCE Swing Royal qui a obtenu ces notes au CPEDI de Mâcon en début d’année. De toute façon, le minimum au niveau international pour bien figurer, c’est 70 %.

Quel est votre plan dans la perspective de Tokyo ?

D’abord nous rendre sur le maximum d’internationaux pour montrer les couples aux juges. Nous prévoyons quatre CPEDI avant les JO (Mâcon en mars, Waregem en avril, Deauville en mai et Kronenberg en juin, ndlr) afin de sélectionner les deux couples qui se joindront à Chiara, qui, elle, bénéficie d’une des trois invitations bipartites FEI/Comité International Paralympique. Nous devons être plus rigoureux sur le choix des terrains et privilégier la santé de nos chevaux pour éviter toute déconvenue.

Qu’est-ce qui d’après vous fera la différence ?

La nouvelle génération aborde le sport avec un état d’esprit totalement différent. Ils ne se trouvent pas d’excuses, ils cherchent des solutions. C’est comme ça qu’ils y arriveront.