Focus sur le dressage à Saumur
jeudi 22 septembre 2011

colloque salle
colloque salle © Les Garennes

En préambule à la Grande semaine de l’élevage, l’IFCE organisait un colloque dont le thème était «  Les nouvelles perspectives pour le dressage français ».

Devant une assistance attentive d’environ deux cents personnes, sept intervenants ont exposé pendant quatre heures les réflexions de groupes de travail sur l’élevage, la formation des chevaux et des hommes, et  la commercialisation. Et la Fédération a présenté la suite de son plan d’action initié en 2011.
La présence de Pascal Dubois DTN et Emmanuelle Schramm, DTN adjointe chargée du dressage aux côtés du tentaculaire Institut français du cheval et de l’équitation (à la fois haras et Ecole nationale d’équitation) était en soi un événement et laissait espérer un bon état des lieux de la discipline, allant de la production à l’utilisation via la transformation. En amont ou en aval de cette dernière, selon l’âge du cheval, il y a la commercialisation. François Roemer, organisateur de ventes aux enchères, a fait part à l’auditoire, supposé comprendre pas mal d’éleveurs, de ses interrogations sur le type de ventes qu’ils attendent au sein de cette Grande semaine « puisqu’elle n’est pas encore une vitrine commerciale pour l’élevage » avait dit peu avant Bernard Maurel. Il n’obtint pas vraiment de réponse, et pour cause. Comment organiser une vente, quelle qu’en soit la forme, quand la sélection des sujets à présenter joue sur un éventail encore très étroit, encore plus étroit dans les tranches d’âge où ils devraient être « transformés », dressés et valorisés en compétition.
Elevage, valorisation et commercialisation
Et, après la présentation par Bernard Maurel des petites forces et gros problèmes de l’élevage français pour le dressage (dont par exemple la participation de chevaux nés à l’étranger aux finales nationales), le gros de ce colloque a concerné cette valorisation des chevaux. Odile van Doorn a présenté le circuit de la Société hippique française pour les chevaux jusqu’à six ans et le parcours fédéral proposé aux 7 ans. Quant à Hans Heinrich Meyer zu Strohen, traduit pas Ariane Pourtavaf, il a expliqué le pendant allemand du circuit du jeune cheval avec ses finales à Warendorf, et a particulièrement insisté sur l’importance du rôle des juges pour l’encadrement du cheval, et sur la communication et la cohérence qui doivent exister entre eux, les cavaliers et les entraîneurs. Le circuit des jeunes chevaux allemands débouche sur le Numberger Burg Pokal pour les 7 à 9 ans dont la finale est à Francfort en décembre.
Si le circuit français d’élevage destiné à faire évoluer les chevaux vers leurs plus hautes compétences est, somme toute, bien constitué, le problème majeur réside dans les cavaliers susceptibles de les y valoriser : à qui un éleveur peut-il confier son jeune cheval ? Une question apparue il y a déjà quelques années lors des finales saumuroises.

Défaut de formation : tous concernés
Philippe Limousin, qui a fait toute sa carrière au Cadre Noir depuis 1973 et y a formé de nombreux cavaliers compétiteurs (de Sylvie Corellou à Jessica Michel ou encore Claire Gosselin par exemple) ou non, a été le premier à intervenir sur le sujet essentiel de la formation des cavaliers, en club et spécialisés en jeunes chevaux.  Il a insisté sur deux principes de base : la nécessité de commencer par le commencement, le placement du cavalier à cheval, et de dispenser une formation pluridisciplinaire. Il est revenu sur la lente mais sûre dégradation du niveau d’exigence équestre dans les diplômes d’enseignement au fil de leurs changements d’appellations et a regretté la brièveté des formations initiales alors qu’un Galop 4 peut y accéder.
Ce constat a contrasté très fort avec l’intervention suivante, celle de la juge allemande Angelica Fröhming, spécialisée en jeunes chevaux. Son exposé sur la formation des juges allemands a tout bonnement permis de mesurer l’abîme – le mot est presque faible – qui existe entre son pays et le nôtre. Et aussi de mieux comprendre une des composantes de l’excellence de nos voisins :  non seulement ils ont la culture du dressage, avec les enseignants, les cavaliers et les chevaux que cela permet, mais en plus ils ne laissent rien au hasard et surtout pas le jugement. Dans leur exercice, les juges doivent être pluridisciplinaires (SO et dressage) jusqu’au niveau L (Am 2) et être eux-mêmes cavaliers à ce niveau. Sessions de formation et examens en bonne et due forme sont organisés principalement à Warendorf avec pour tout le monde les mêmes formateurs, les mêmes examinateurs et les mêmes standards d’exigence. Et pour juger les jeunes chevaux, il faut déjà être sur la liste des juges et suivre encore une formation spécifique. Quand Angelica Fröhming, qui est intervenue en français, regrette que l’Allemagne ait perdu beaucoup de connaissances sur le cheval ces dernières décennies (alors qu’un juge doit parfaitement le connaître selon les exigences de la formation allemande), on est assommé ! Et la mesure du travail titanesque à faire en France apparaît douloureusement. Il va vraiment falloir mettre les bouchées triples et avancer à pas de géant pour ne pas être encore plus « largué » quand l’Allemagne va les retrouver ! Mme Fröhming a aussi indiqué que leur club des juges comprend plus de 2000 membres ! Son intervention a permis de mesurer définitivement l’effet dévastateur d’un demi-siècle de « tout obstacle » en France, dont le dressage n’est pas seul à souffrir.

La Fédé, seule à présenter un plan d’action
Et ce tout obstacle, il s’exprime dès  les débuts du cavalier en club par l’insuffisante, voire mauvaise, formation des enseignants à la discipline du dressage qui rejaillit sur tous leurs élèves. Le mal du dressage français commence là. Massivement. Pascal Dubois et Emmanuelle Schramm, derniers intervenants de ce colloque avant sa synthèse par Philippe de Guénin, directeur de l’IFCE, ont annoncé la volonté fédérale de « mettre un coup d’accélérateur sur le dressage », en organisant des actions sur le long terme et en y mettant les moyens qu’il faut. La formation est dans le collimateur fédéral, avec la mise du travail sur le plat au centre du contenu des Brevets professionnels, avec la rénovation des Galops, la création de Diplôme fédéral d’entraîneurs, la détection des entraîneurs existants, l’édition d’un Guide du dressage qui sera le premier à sortir parmi les guides par discipline, l’élévation du niveau équestre demandé à un candidat juge et le renforcement de la formation de ce corps.
Un autre axe est la compétition avec entre autres mesures, l’enrichissement du Grand National par deux étapes supplémentaires mais aussi l’intégration de la Tournée des As, d’un circuit des 7 ans et la remise en route de la Coupe de France Pro Libre, la création du FFE Dressage Tour sur les CDI3* français, des mesures pour valoriser les chevaux performants (liste CHIC, Top Performance, logo JO/JEM) et une meilleure considération accordée aux propriétaires.
Dans ce tour d’horizon du dressage en France, des questions n’ont pas été abordées, comme le sponsoring ou la communication. Quant aux autres, elles sont généralement restées sans réponse, sauf au niveau fédéral où le plan de bataille mis en place semble assez abouti, au moins en théorie. Ce colloque qui était animé par le journaliste Jean-Pierre Laborde, qui connaît bien la discipline, a eu le mérite de regrouper en un lieu et un temps des intervenants de qualité sur le mal du dressage français. Mais quelles seront les actions entreprises ? Avec quels moyens humains et financiers ? Dans sa synthèse, Philippe de Guénin donnait rendez-vous dans un an ou deux pour tirer un premier bilan ce qui laisse supposer que des décisions sont déjà prises ou au moins à l’étude. Mais il faudra encore attendre un peu pour en savoir plus. Et espérer que les choix qui seront faits seront enfin les bons après tant de décennies d’égarement. Et que les efforts entrepris seront maintenus aussi longtemps que les résultats attendus ne seront pas atteints. Un pays dont la troisième fédération sportive, avec sept cent mille licenciés, est celle d’équitation a des atouts pour réussir, comme la Hollande, la Grande Bretagne, l’Espagne l’ont fait en vingt ou trente ans. Il faut juste aller un peu plus vite qu’eux, ce qui est possible car ce colloque a montré que les tendances sont bonnes (notamment augmentation du nombre de compétiteurs) et que la plupart des outils nécessaires existent. Il faut juste mieux les utiliser et les mettre en ordre de marche vers le même but tout en renforçant les fondations.

Photos par www.photos-lesgarennes.com