Guillaume Lundy : « Je ne me vois pas autrement qu’en continuant à faire du sport de haut niveau »
dimanche 29 novembre 2020

Guillaume Lundy et Tempo*IFCE
Guillaume Lundy et Tempo*IFCE © Eric Knoll

Ecuyer du Cadre Noir de Saumur depuis 2013, CNE Guillaume Lundy a su se faire une place sur la scène nationale du dressage, notamment grâce à son équitation de tradition française. Avec Tempo*IFCE, le Montpelliérain de 39 ans, qui fait aujourd’hui partie du Groupe 2 fédéral, est devenu une figure incontournable du circuit du Grand National FFE-AC Print. Rencontre.

Vous êtes l’un des plus discrets membres du Groupe 2 de la FFE. Comment êtes-vous arrivé à l’équitation ? 

Par hasard ! Je ne suis pas issu d’une famille de cavaliers, seule ma cousine montait à cheval. Après avoir essayé plusieurs sports collectifs, le club de tennis dans lequel j’étais inscrit a fermé. J’ai toujours aimé la nature et les animaux, c’est donc à 9 ans que j’ai commencé à monter et je n’ai jamais arrêté. A 10-11 ans, j’ai assisté à une représentation du Gala du Cadre Noir aux arènes de Nîmes. J’ai tout de suite eu le déclic de vouloir faire de l’équitation mon métier mais surtout de devenir Ecuyer. Etant issu d’une famille qui n’était pas dans ce milieu et plutôt modeste, je ne me voyais pas y accéder. J’y suis surtout arrivé en m’accrochant !

Quel a été le parcours qui vous a mené vers votre rêve d’intégrer le Cadre Noir ? 

J’ai fait un BTS par correspondance, ce qui me permettait de curer des boxes le matin pour payer ma formation de moniteur. En 2006, j’ai obtenu mon BEES 2 d’instructeur à Saumur. Dans la foulée, j’ai atteint le stade des délibérations pour intégrer le Cadre mais c’est finalement Jean-Paul Largy qui a été sélectionné. Je suis resté dans la région pour monter des chevaux de cavaliers divers puis, en 2007, Eric Leclerc (ancien directeur de la formation à l’ENE, NDLR) m’a informé que le CSEM recrutait sous contrats d’officiers spécialistes. J’ai fait trois mois d’école d’officier et j’ai intégré l’armée à la maison mère du CSEM, à Fontainebleau. Pendant cinq ans, j’ai émis le souhait d’être muté au Cadre Noir dès que l’occasion se présenterait. Il a fallu attendre 2013 !

Quel est votre rôle au sein du Cadre Noir ? 

Je suis un Ecuyer parmi mes pairs ! J’ai des missions qui sont portées d’une part sur la partie « Prestige » du Cadre – je fais partie des sauteurs, de la reprise de manège mais aussi d’un solo pendant les galas – et je fais d’autre part partie de l’équipe concours. J’ai un piquet de huit chevaux avec en plus ma jument personnelle. Pendant trois ans, j’ai été en charge des formations initiales en première et deuxième année et cela fait maintenant deux ans que j’accompagne les DE Pro avec leurs chevaux de concours personnels. En parallèle, je suis sollicité par des collègues Ecuyers comme Pauline Vanlandeghem, Nadège Bourdon, Loïc Devedu mais aussi Arnaud Boiteau.

 

« J’aime porter l’habit noir parce qu’il colle avec ce que je souhaite représenter »

Tempo*IFCE est le cheval qui vous a permis de vous révéler en Grand Prix et de participer à de prestigieux CDIs comme à Lier ou Hagen cette année. Quels sont vos objectifs ? 

Lorsque j’ai récupéré Tempo, il évoluait dans les Pro 1, nous avons donc atteint le Grand Prix ensemble. C’est un vrai bonheur car je ne m’imaginais pas y arriver. Quand je me revois à 13 ans, en train de regarder des cassettes vidéo de Reiner Klimke, Margit Otto-Crepin (rires), je trouvais tout cela tellement beau. Tempo, est un cheval très gentil, qui veut toujours bien faire, mais il prend la moindre chose qui ne va pas dans son sens comme une punition. Cela n’est pas toujours facile à gérer. J’ai envie qu’il se retrousse les manches, qu’il ait confiance en moi pour que nous allions encore plus loin. Ces deux dernières années, il a gagné en tonicité tout en gardant son relâchement. J’ose donc espérer qu’il nous reste une petite marge de progression. Nous avons eu la chance d’aller à Hagen cette année, c’était très inspirant de pouvoir observer les meilleurs cavaliers. C’est une expérience très riche qui apprend énormément sur soi-même, sur la gestion du stress. En parallèle, j’ai entre autres un cheval de 8 ans très qualiteux mais au psychisme compliqué. Je compte sur sa prise de maturité, le fait que l’on se connaisse de mieux en mieux chaque jour et sur mon expérience acquise pour que cela finisse par s’harmoniser et qu’il prenne en sagesse. Nous pourrons ainsi tirer la quintessence de sa locomotion et de ses qualités intrinsèques.

S’il y a bien une chose qui ressort de vos reprises en compétition c’est l’élégance et la discrétion de votre équitation. Est-ce en lien avec votre passion pour la beauté du dressage ? 

Le retour positif par rapport à mon équitation me fait très plaisir parce que j’y mets un point d’honneur. Ce n’est pas simplement de faire partie du Cadre Noir mais c’est surtout dans mon caractère. Je suis extrêmement perfectionniste et sévère avec moi-même. Je me donne maintenant le droit à l’erreur en me disant que je ne dois plus me contenter de ça. Je veux gagner, comme tout le monde, mais je veux le faire bien. J’aime la notion d’esthétisme, de complicité avec le cheval, j’ai envie qu’il soit mon partenaire de danse. C’est quelque chose qui me tient à cœur. Il est évident que de porter l’habit noir renforce tout cela. J’aime porter cette tenue parce qu’elle colle avec ce que je souhaite représenter. Je veux honorer son histoire et ses valeurs.

Profitez-vous de moments de relâchement en dehors de votre vie de cavalier et d’Ecuyer ?

J’aime le sport, la nature, faire des travaux de restauration dans ma maison et passer du temps avec ma famille, notamment ma fille qui va bientôt avoir deux ans. Ce sont des moments que je ne veux pas manquer. Depuis deux ans, je suis inscrit à un Master d’entraineur avec un CCS « manager un projet haute performance », à l’INSEP. C’est une formation qui me parle tout particulièrement puisque ce projet de haute performance c’est le mien ! Cela peut jouer un poids dans la suite de ma carrière, cela m’apporte plus de connaissances et de savoir-faire. J’ai pu affiner mon entrainement personnel grâce à cette formation.

Justement, comment imaginez-vous votre avenir ? 

Je me suis acheté une jeune jument et j’ose espérer pouvoir acheter un deuxième cheval personnel, parce que je ne veux pas me retrouver à pied le jour où je suis muté ou que je ne suis plus militaire. En 2022, cela fera quinze ans que je suis sous contrat, un contrat que je peux renouveler pour cinq années supplémentaires. En ce qui me concerne, le Cadre risque de ne pas être éternel puisque l’armée peut aussi me récupérer pour effectuer d’autres fonctions. Je ne sais pas de quoi demain est fait mais que cela soit dans le privé ou avec l’armée, je souhaite miser sur mes propres chevaux. Je ne me vois pas autrement qu’en continuant à faire du sport de haut niveau. C’est ce qui me nourrit !