Michel Assouline, l’immense succès d’un coach français à l’étranger
mercredi 24 février 2021

Michel Assouline
Depuis 2017, Michel Assouline entraine l'équipe de para-dressage américaine. © US Equestrian

Il y a une dizaine de jours, Michel Assouline, actuel entraîneur de l’équipe de para-dressage américaine a été nommé coach de l’année par les comités olympique et paralympique des États-Unis. Une belle récompense pour celui qui a consacré sa vie aux chevaux, aux cavaliers et au dressage. Retour sur le parcours de cet homme assurément dévoué et passionné, qui a su mener de nombreuses équipes nationales vers le succès.

Michel Assouline est un voyageur, qui a toujours eu à cœur de partager son savoir et son expérience. Né à Tours, en Indre-et-Loire, il n’a finalement passé que peu de temps dans son pays d’origine et s’est envolé très tôt vers de nouveaux horizons. Après avoir été diplômé de l’École nationale d’équitation de Saumur ainsi que de l’université de la Sorbonne à Paris et avoir travaillé pendant deux ans au sein de l’entreprise familiale dans leur secteur de la mode, le jeune homme alors âgé de vingt ans part poser ses valises aux États-Unis afin d’y trouver un travail mais aussi de monter à cheval. Car l’équitation a toujours été sa passion. « J’ai toujours monté à cheval et fait de la compétition, se souvient-il. Mais à cette époque, je ne pensais pas qu’il était réellement possible pour moi de travailler aux côtés des chevaux. Je voulais simplement voir quelque chose de différent, et c’est la raison pour laquelle je suis parti aux États-Unis. »

Quelque temps plus tard, dans les années 1980, il quitta les États-Unis pour aller travailler au Royaume-Uni. Sollicité par le célèbre centre Addington Manor dédié aux compétitions de dressage, il travailla en tant qu'entraineur aux côtés de la cavalière de Grand Prix et entraîneuse Lady Caroline Inchcape. « Elle achetait à l'époque les meilleurs chevaux de la vente aux enchères PSI ainsi que de nombreux chevaux de Grand Prix. C’était une très belle opportunité de pouvoir travailler avec elle », explique Michel Assouline. Là-bas, il y rencontra sa future femme, la danoise Mette Lübker. « J’ai rencontré Mette à Addington et, ensemble, nous avons décidé de nous installer au Royaume-Uni car c’était là qu’elle et son sponsor été basés », raconte l’entraîneur français. Tous deux plurilingues, Michel et Mette sont rapidement devenus des cavaliers et entraîneurs internationaux reconnus et respectés. Durant cette même décennie, Michel passa d’ailleurs également trois ans en Allemagne en tant qu’entraîneur de Suzanne Lebek et était en parallèle membre de l’équipe de France, inscrit sur la liste des cavaliers pré-selctionnés pour les Jeux Olympiques de Séoul en 1988. 

Un rôle décisif au sein de l’équipe britannique

Après plusieurs années de compétition internationale au niveau Grand Prix, Michel Assouline, toujours installé au Royaume-Uni, y est devenu un entraîneur reconnu. Il a d’ailleurs été nommé coach de l’équipe britannique de Jeunes Cavaliers dans le cadre du programme World Class Development, qui avait pour objectif de former les futurs meilleurs cavaliers du pays. Parmi eux, se trouvaient notamment une certaine Charlotte Dujardin… En 1995, le français fut élu entraîneur de l’année grâce à son travail fourni aux côtés de l’équipe britannique de dressage. Parallèlement à ses activités d’entraîneur, Michel Assouline continuait à sortir régulièrement en compétition au niveau Grand Prix et a même été sacré champion de France en 2000, en selle sur Annastasia (Azkent II).

En 2005, Michel Assouline fut désigné entraîneur de la très bonne équipe de para-dressage britannique. « Ce fut une excellente expérience. Tous sont extrêmement dévoués. J’ai fait partie de cette équipe durant treize ans et, chaque année, nous revenions avec une médaille d’or. Nous sommes revenus des Jeux Olympiques de Rio en 2016 avec quatre médailles d’argent et sept médailles d’or, soit autant de premières places que d’épreuves auxquelles nous avions pris part. Un véritable record ! », confie l’entraîneur à succès. Un exploit réitéré et même amélioré lors des championnats d’Europe de Gothenburg en 2017, où l’équipe britannique est sacrée championne avec deux cavaliers triplement médaillés d’or. Au total, ce ne sont pas moins de neuf médailles d’or, une d'argent et une de bronze qui sont décernées aux cavaliers de para-dressage britanniques durant ce championnat. Une chose est sûre : Michel Assouline aura marqué l’histoire de l’équipe britannique de dressage et de para-dressage.

Les États-Unis : nouveau pays, nouvelle organisation, même succès

Un palmarès d’entraîneur qui a assurément de quoi faire rêver, mais aussi de quoi donner à certains quelques idées… Suite à cela, Michel Assouline a été contacté par la fédération américaine, lui proposant de devenir entraîneur et conseiller technique de l’équipe de para-dressage nationale. Les États-Unis, qui travaillaient au développement de leur équipe depuis les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, commençaient à connaître un certain succès dans la discipline et souhaitaient désormais faire monter leur niveau d’un cran. « Tout y est tellement différent. La fédération américaine a une vision vraiment distincte de celle que j’ai pu connaître en Europe. Contrairement aux organisations européennes, aux États-Unis, le para-dressage n’est pas une discipline isolée des autres. La fédération est très ouverte et très sympathique », explique Michel. 

Autre différence concernant le travail aux États-Unis : les impressionnantes distances à parcourir et les très nombreuses structures équestres du pays. « Un peu comme l'organisation Riding for the Disabled au Royaume-Uni, il existe des PATH Centers (Professional Association of Therapeutic Horsemanship), c’est-à-dire des centres individuels et des centres de liaison partout aux États-Unis, au sein desquels vous pouvez concourir. L’objectif est de former les cavaliers à devenir de plus en plus spécialisés et d’améliorer le niveau actuel de la discipline », souligne Michel Assouline. Et tout comme en Europe, l’entraîneur y trouve les cavaliers extrêmement dévoués. « Les gens sont ce qu’ils sont, mais les athlètes sont très motivés et très engagés dans ce qu’ils font. C’est tout particulièrement le cas des athlètes de haut niveau et des athlètes olympiques. Ils sont extrêmement compétitifs, et lorsque vous obtenez de la compétitivité, il y a nécessairement des tensions et des défis. Mais vos coéquipiers devraient toujours être vos amis. Vous êtes ensemble. Je trouve que les athlètes américains sont tout aussi motivés que les autres mais, à mon avis, ils ont moins de chance que les athlètes britanniques par exemple. Car au Royaume-Uni, grâce au World Class Programme, les cavaliers ont beaucoup plus de financements qu'aux États-Unis », ajoute-t-il. Un inconvénient de taille, d’autant plus que les athlètes américains ont souvent de distances bien plus grandes à parcourir pour aller en compétition et donc des frais de déplacement bien plus importants. « Tout ce qui concerne la logistique y est un véritable cauchemar. C’est un pays immense ! La plupart des cavaliers de compétition s’installent en Floride pour les tournées d'hiver, puis retournent dans le nord au printemps. Les gens voyagent pendant deux ou trois jours pour venir de New York, Boston ou même Chicago pour assister aux deux premières compétitions de l'année en Floride, soit un aller-retour de trois jours. C’est incroyable ! », raconte l’entraîneur.

Au-delà du fait qu'il y ait moins de financement aux États-Unis et que la logistique y soit difficile à gérer, Michel constate une autre différence majeure : le niveau y est particulièrement élevé. « Cela peut être difficile pour les cavaliers individuels et pour les sponsors. C’est un des meilleurs pays dans le classement mondial : l’équipe est maintenant dans le top 10 et il n’est pas toujours facile d’y accéder. Mais, au-delà de ça, il faut reconnaître que les compétitions sont bien meilleures. La qualité des installations est exceptionnelle, ce qui est particulièrement important pour les cavaliers vivant avec un handicap. Tout y est comme dans un hôtel quatre ou cinq étoiles : très bien rangé et organisé, mais aussi très confortable pour les chevaux et les cavaliers », note Michel Assouline.

Depuis que Michel y a pris ses fonctions, l'équipe américaine a remporté ses premières médailles aux Jeux équestres mondiaux de Tyron en 2018. À l'approche de Tokyo 2020, l'équipe  de para dressage est en tête du classement mondial FEI et Michel se dit très optimiste quant aux chances de l'équipe à l'avenir. « Ils s'entraînent dur et sont déterminés. Ils se débrouillent bien », affirme-t-il. Et cette semaine, c’est un autre prix et une reconnaissance supplémentaire qui a été décerné à ce cavalier et entraîneur international : Michel Assouline a été élu entraîneur paralympique de l'année par Comité olympique et paralympique des États-Unis. « J’ai eu du mal à y croire ! J’ai dû me pincer pour me rendre compte que c’était vrai. C’est incroyable. Un grand merci à tous ceux qui m'ont accompagné dans ce voyage phénoménal ! », a-t-il déclaré. Un titre mérité, qui vient récompenser un formidable travail mais aussi souligner toute une expérience et une carrière couronnée de succès.