Morgan Barbançon-Mestre : « Habana est le cheval d’une vie »
lundi 26 octobre 2020

Morgan Barbancon Mestre et Habana Libre A
Morgan Barbancon Mestre et Habana Libre A ont remporté leurs trois épreuves sur le CDI 2* du Mans il y a quelques jours © Les Garennes

A 8 ans, Habana Libre A, possède déjà un palmarès à la hauteur de son talent. Sous la selle de Morgan Barbançon-Mestre, le puissant alezan suit sa formation vers le haut niveau tel un enfant surdoué. Et c’est d’ailleurs en lui que la cavalière française fonde tous ses espoirs pour la suite de sa carrière internationale. Portrait d’un champion en devenir.

Repéré par hasard par la mère de Morgan Barbançon-Mestre, Habana Libre A est âgé de 5 ans lorsqu’il rejoint la famille d’origine franco-espagnole. Mais c’est initialement pour la sœur de Morgan, Alexandra, que le jeune KWPN, fils de Zizi Top et d’une mère par United, est destiné. A cette époque, les sœurs Barbançon s’entrainent avec Diederik van Silfhout qui voit en Habana un cheval qui pourrait prétendre à une sélection pour les championnats du monde des 6 ans. Le hongre reste alors chez le cavalier néerlandais pour préparer l’échéance mondiale, lors de laquelle il se classera cinquième de la Préliminaire (86,200%), puis quatorzième de la Finale (74,600%). « Habana est arrivé directement sous ma selle à l’issue des championnats du monde à Ermelo. Cela fait donc exactement deux ans, depuis le mois de septembre, qu’il est avec moi », précise Morgan. 

Des qualités hors normes

Si dès le début de sa carrière sportive, Habana a montré un beau potentiel, c’est surtout ses qualités physiques hors normes qui tapent dans l’œil de son entourage. « Il a tout ce que je recherche chez un cheval », souligne Morgan. Une belle encolure montante, une croupe orientée vers le bas, des postérieurs très actifs et toujours en place, de l’énergie et surtout de l’envie. « Sa locomotion de l’arrière-main a d’ailleurs été son point faible au tout début car il ne trouvait pas le bon équilibre pour surmonter cette activité. Aujourd’hui, il a la force nécessaire pour pouvoir se porter sur ses postérieurs, détaille la cavalière qui ajoute, dès le départ nous savions qu’il serait destiné au grand sport. Il avait, même très jeune, une aptitude au rassembler incroyable. Il avait une facilité à revenir alors qu’il était très vert et qu’il partait dans tous les sens. Il suffisait de reprendre un peu et de s’assoir et il était naturellement sur les hanches. De plus, son énergie débordante et son sang en font le cheval de Grand Prix idéal car pour dérouler ces épreuves il faut du gaz ». Une énergie qui n’a pas toujours été facile à contenir pour la cavalière, qui a dû apprendre à gagner la confiance de son partenaire. « Plus jeune, il avait beaucoup de sang et était très regardant. Il était infatigable et très chaud, surtout au galop. Au trot, il pouvait vite se mettre dans un trot passagé car il montait en pression. Au début, je me suis fait avoir en concours. Il est très sensible, ce qui peut lui jouer des tours, notamment lorsqu’il fait des fautes. Il n’aime pas ça et va s’inquiéter. Son défaut serait donc d’être perfectionniste mais c’est quelque chose qui s’améliore au fil de la confiance que l’on crée entre nous deux. Il va continuer à prendre de la maturité en sortant en concours, ce qui va aussi nous permettre d’apprendre à nous connaitre de plus en plus », insiste Morgan. 

Et pour la groom concours de Morgan, Laura, Habana va devenir une super star, « j’en suis sûre », lâche-t-elle. 

Un parcours sans-faute

Une super star, Habana Libre A en deviendra peut-être une mais pour le moment, l’alezan suit un parcours quasi parfait depuis sa participation aux championnats du monde à 6 ans, en 2018. En effet, l’année suivante, à 7 ans, le « bon élève » de la famille Barbançon se classe lors de toutes ses sorties sur les CDIYH à Ornago et Wiesbaden, s’imposant même à Nice. Pour conclure une année quasi parfaite, le hongre décroche le titre de champion de France des 7 ans, au Mans, récoltant des notes de 79,333% et de 80,691%. En 2020, pour ses débuts internationaux sur le Petit Tour, Habana se classait 4e du Saint Georges (69,735%), 2e de l’Inter I (69,676%) puis remportait la Reprise Libre en Musique (74,615%), sur le CDI 2* du Mans au mois de février. Après quelques mois de travail supplémentaire en raison du confinement et de l’absence de concours, Habana continue sur sa lancée sur le CDI de Budapest, au mois d’août, décrochant deux scores de plus de 72%, synonymes de victoires dans le Saint Georges et l’Inter I. Mais c’est la semaine dernière, lors du CDI 2* du Mans, que le hongre a véritablement explosé les compteurs. Face à une belle concurrence internationale, mais aussi française, le fils de Zizi Top n’a laissé que des miettes à ses adversaires, remportant le Saint Georges (74,059%), l’Inter I (73,177%) et la Libre (77,150%), en réalisant trois nouveaux records personnels. « Il a été exceptionnel sur tout le concours », lâche Morgan qui pour la première sortie sur trois épreuves de son jeune prodige, ne pouvait pas rêver mieux. « Il est resté cinq jours sur le concours en déroulant trois épreuves, il a prouvé qu’il pouvait tenir sur la longueur et qu’il était capable de rester concentré et de donner ce qu’il faut lorsqu’il le faut », se réjouit sa cavalière.  

« On rêve d’une médaille à Paris en 2024 »

Un potentiel et des résultats prometteurs qui ne poussent pas pour autant Morgan à le jeter dans le grand bain trop vite. « Il a un cœur énorme, il a toujours envie de bien faire, il veut toujours aller vers l’avant et c’est pour cela que je fais très attention à ne pas aller trop vite, il me donnerait son âme ! J’y vais petit à petit, qu’il ait le temps de mûrir. Il n’a que 8 ans et j’ai la chance d’avoir d’autres chevaux de Grand Prix à sortir en compétition pour ne pas à avoir à mettre trop de pression sur Habana ». Et avec aujourd’hui une belle expérience à haut niveau, Morgan connait l’importance de ne pas vouloir aller trop vite avec les chevaux de qualité. « J’apprends de mes erreurs du passé ! Je ne sors Habana que lorsqu’il est 100% prêt à être performant en concours ! Il a toutes les qualités pour gagner en concours, à moi maintenant de gérer au mieux sa carrière sportive pour atteindre nos objectifs ». Et les objectifs de la cavalière sont clairs, décrocher une médaille aux Jeux olympiques de Paris en 2024. « On en rêve », lance-t-elle. « Habana est le cheval d’une vie ». Voilà qui est dit ! Et pour atteindre son objectif, Morgan va prendre le temps de continuer à former sa star en devenir en le sortant d’abord sur le Médium Tour. « Aujourd’hui, je sens que l’on forme une vraie équipe et que lorsqu’il entre en piste il me dit « ok je sais ce que je dois faire ». Je vais donc prendre le temps de le sortir sur le Médium Tour sur des concours nationaux dès le début d’année prochaine. Il a déjà tous les mouvements du Grand Prix dans la boite et nous sommes en train de caler les changements de pieds aux temps », poursuit-elle.

Un ado parfait

Si le parcours sportif d’Habana semble tout tracé, sa personnalité permet justement de laisser rêver sa cavalière à réaliser de grandes choses à ses côtés. « C’est vraiment mon chouchou. C’est un gros bébé qui fait très bon enfant mais qui a quand même un petit côté « bad boy » », sourit Morgan. « Il est comme un grand enfant, renchérit Laura, on dirait parfois qu’il manque de confiance en lui mais il a tellement d’énergie à côté de cela. C’est un cheval très gentil, il est incroyable ». Et comme tout bon enfant, Habana aime monopoliser l’attention de son entourage. « Il aime narguer Gus (Sir Donnerhall II OLD, NDLR) quand je le prends aux écuries. Il tourne la tête et le regarde en disant « tu as vu elle est avec moi » », raconte Morgan. « S’occuper de lui est un vrai plaisir, il est gentil au box, il est facile à brosser, à transporter, à la douche, c’est un ado parfait ! Sauf si on le laisse un peu trop longtemps seul à l’attache, là il peut se mettre à gratter », précise sa groom. Mais ce qu’Habana aime le plus, c’est de passer du temps avec son meilleur copain des écuries, Bolero. « Lorsqu’il passe devant son box, il faut qu’il s’arrête pour lui dire bonjour et qu’ils se fassent des gratouilles. Et ça, en sortant du box mais aussi en y retournant », s’amuse Laura. Et pour garder le moral et la forme d’Habana, mais aussi de tous ses chevaux de sport, Morgan tient à conserver une routine de travail très précise. « Il sort quatre fois par jour. Deux fois au marcheur, matin et soir, entre 3 et 4 heures au paddock, puis je le monte, je lui fais des longues rênes ou je le travaille à pied. Il va aussi en balade et profite d’une journée complète de repos par semaine ». Pour la cavalière, le moral de ses chevaux est primordial. « Je pars du principe que je n’aimerais pas être enfermée dans ma chambre toute la journée. Ce sont des animaux, ils ont besoin de sortir, de bouger, de prendre l’air et pour avoir un cheval heureux, qui se donne au travail, il faut savoir leur offrir des moments de plaisir, que le fait de sortir du box ne veuille pas forcément dire qu’ils vont travailler », conclut la cavalière olympique. 

Alors, avec de telles qualités, un tel palmarès et un tel avenir devant lui, tous les feux sont au vert pour que Morgan Barbançon-Mestre aille jusqu’au bout de son rêve avec celui qu’elle considère comme le meilleur cheval qu’elle ait eu à monter.