Assistant, un rôle difficile et essentiel
vendredi 14 juin 2019

Léa Le Deuff, assistante endurance
Léa Le Deuff, jeune assistante passionnée, fait preuve de nombreuses qualités lors des courses d'endurance © Anne Jonchery

Si l’endurance est un sport à part entière pour le cheval et le cavalier, il l’est aussi pour les assistants. Sur les courses, on les voit courir avec des bouteilles d’eau à côté du cheval, mais quel est exactement leur rôle ? Portrait de Léa Le Deuff, assistante passionnée, au tempérament bien trempé, qui se focalise sur le bien-être du cheval et la réussite du cavalier.

Elle court, elle s’affaire avec des gestes précis et maîtrisés. Léa, 19 ans, s’éclate dans ce qu’elle fait : « J’adore assister. C’est cool l’endurance ! ». Dans la famille Le Deuff, le cheval est omniprésent : Jean-Pierre, le papa est juge, Claire, la sœur est cavalière et Léa est tombée dedans elle-aussi : « le Père Noël a amené 3 poneys à la maison ». D’abord cavalière de concours complet, elle a bifurqué vers l’endurance. « Le club où je montais a fermé et il est plus facile de s’entraîner en endurance qu’en complet. Cela demande moins d’installations », même si elle aimerait bien s’y remettre : « j’adore le cross ! ». 

Léa assiste depuis l’âge de 13 ans « sur des petites courses », puis dès 14 ans sur une 2*. Elle a assisté sa soeur Claire lors des Championnats de France à Corlay en 2013 et a pour la 1ère fois couru et assisté, à Lignières en 2014. Et lorsqu’on lui demande pourquoi elle aime ce rôle, la réponse fuse : « l’entraide entre cavaliers, les rencontres, les affinités qui se créent : c’est ça l’endurance ! ». Malgré une première expérience un peu déroutante, elle a persévéré : « la cavalière a chuté et la jument s’est perdue dans la forêt ! Il a fallu la chercher dans les ronces. C’était une course qualificative pour les Championnats de France … »

Même si assister est un plaisir, ce rôle est dur : « À Castelsagrat pour la 3* 160km, la journée a été longue, de 03h00 (la course partait à 05h30, ndlr) à 21h30. J’ai mangé 3 tomates cerises et 15 M&M’s ! Il faut tout donner sur la piste ! ». Pendant ce week-end à Castelsagrat, Léa a assisté trois cavaliers différents, avec trois chevaux différents sur trois distances différentes. Outre la résistance physique, le mental est essentiel : « il faut savoir gérer ses émotions. Quand ça gueule, tu t’écrases. Les différents se gèrent après la course. Pendant, cheval et cavalier passent avant. Il y a une constante que l’on ne peut pas maîtriser, c’est le cheval. S’il récupère mal, s’il déferre, tout change. Rien n’est figé ». Et assister requiert bien d’autres qualités : « il faut être humble pour être un bon assistant. Il faut être réactif car lorsque l’on est au milieu d’un groupe et que l’on doit donner la bouteille au cavalier et arroser le cheval, il faut instantanément savoir où se placer pour ne pas se faire renverser. Il faut de la méthode. Et du sang-froid aussi car certains chevaux sont plus sensibles que d’autres ».

L’adaptabilité en prime…

Chaque cavalier a ses habitudes. Certains veulent qu’on leur donne la bouteille du côté gauche, d’autre à droite, certains préfèrent l’arrosage à l’éponge, d’autres au seau et les chevaux ont également leurs préférences. Bref à chaque cheval, il faut se caler pour l’arrosage, la nourriture, la manière de préparer son entrée au contrôle vétérinaire. Certains y passent en 2 minutes d’autres demandent plus de temps de récupération.  Et comment fait-on pour reconnaître un nouveau cheval et/ou cavalier ? « On regarde la couleur du cheval bien sûr, celle du matériel, l’attitude du cheval et du cavalier. Il faut trouver ce qui permettra de le différencier car de face, le dossard est caché par la tête du cheval. » Pour résumer, « il faut être efficace, organiser, s’accommoder et savoir se gérer ». 

Un travail d’équipe...

Sur une course, plusieurs postes se répartissent entre les cinq personnes maximum(y compris le cavalier) qui constituent l’équipe. Il y a celle qui court sur la piste à côté du cheval, celle qui donne à boire au seau à l’arrêt, qui conduit la voiture car le temps est parfois très court entre 2 points d’assistance et il y a beaucoup de monde. A l’arrivée de la boucle, avant le contrôle vétérinaire, chaque assistant doit savoir ce qu’il a à faire : retirer la selle et les protections, arroser, donner le cardiofréquencemètre, tenir la tête du cheval s’il a tendance à bouger et donc à faire augmenter le rythme cardiaque, mettre la couverture, donner et récupérer la carte avec l’heure de re-départ, la vitesse, le rythme cardiaque … Il faut aussi préparer les rations, le foin, remplir les seaux d’eau. « Chacun peut trouver sa place ».

Léa ne sera pas assistante professionnelle : « Il y en a très peu et souvent nous ne sommes même pas défrayés. C’est pour le plaisir. Mais assister, c’est vivre une course différemment qu’à cheval, avec autant de plaisir. On s’occupe beaucoup du cheval, on l’accompagne dans la performance. Il faut avoir l’esprit sportif ». Après un bac pro agricole en alternance pour pouvoir concilier études et cheval, des études de communication, Léa vise désormais un MBA en communication afin de se diriger ensuite vers l’évènementiel sportif haut-de-gamme, pas uniquement dans le cheval. Elle a pourtant un rêve dans ce domaine : « faire une grosse assistance type Championnat ou course mythique ».