Ch-Eu Euston Park : sueurs froides pour une médaille
jeudi 22 août 2019

Equipe de France championnat Europe endurance Euston PArk 2019
C'est une équipe de France plus soudée que jamais qui a décroché la médaille d'argent à Euston Park ! © DR

Si la France est revenue des championnats d'Europe d'endurance avec une médaille d'argent par équipe, tout n'a pas été rose pour les Tricolores à Euston Park. Gonflés à bloc, les Bleus ont tremblé après les contrôles vétérinaires de la 5e boucle. Retour avec les cavaliers sur une journée chargée en émotions...

L'Eperon : Que ressent-on lorsque l’on est vice-champions d’Europe ?

Joséphine Thomas : Je suis très contente, reconnaissante du travail de l’équipe, fière de mon équipe d’assistance, du staff fédéral et de tous les cavaliers.

Roman Lafaure : Fatigué ! En plus, dimanche, lendemain du championnat, c’était de nouveau levé à 05h30 pour assister Elena Paton dans la Coupe des Nations. La journée de samedi a également été longue, mais je suis très content du collectif créé par Jean-Mi (Jean-Michel Grimal, ndlr). Ça m’a fait très plaisir.

Nicolas Ballarin : Je suis content ! C’était un super séjour. Le nouveau staff a fait la différence. Il y avait une belle équipe, et ça a joué sur l’état d’esprit et sur la performance. 

Comment s’est déroulée la course pour vous ?

Joséphine Thomas : Tout s'est bien passé pendant les trois premières phases, même si mon cheval a fortement trébuché sur la 2ème boucle et a tapé la tête par terre. Puis Kalon a eu plus de mal à récupérer au 3ème contrôle vétérinaire. C’est bizarre car il était ok au niveau du métabolisme. Du coup, je n’ai plus couru avec les Français repartis devant, mais avec l’Espagnol Angel Soy Coll. J’ai fait la 4ème et la 5ème boucle avec lui, et la 6ème avec Nicolas (Ballarin, ndlr). J’étais fière de voir Kalon comme ça : c’est un guerrier !

Gaëlle Olivier Jacob : C’était bien parti, puis j’ai chuté, sans gravité, sur la 2ème boucle. Pot Made était ensuite irrégulier au réexamen avant de partir sur la dernière boucle, et la course s’est arrêtée là. 20 km avant la fin ; on était pas si loin de l’Espagne … Pot Made était top ! Je ne l’ai pas du tout sollicité. C’est un grand cheval, avec un grand galop : il s’est promené !

Roman Lafaure : J’ai dû représenter Shérazade au 2ème contrôle vétérinaire pour cardiaque trop haut. Du coup, je suis reparti trois minutes après les Français et sur une course plate comme Euston Park, impossible de rattraper. J’ai fait 90km tout seul : c’était très dur pour ma jument et pour moi, surtout que j’aime parler ! Mais il fallait s’accrocher pour la médaille. C’était un vrai challenge pour Shérazade et moi car nous n’avions jamais courus seuls aussi longtemps : une vraie découverte !

Julien Lafaure : Vé Huit était au top, dans un grand jour. Sa boiterie est sûrement due à une crampe, à de la fatigue. On avait fait 140km ; ce sont les aléas de l’endurance … Mais je suis content d’avoir prêté Shérazade à mon frère : ma jument de Tryon a complété l’équipe et ils ont pu avoir une médaille.  Un Lafaure sur deux qui rentre : c’est bien !

Nicolas Ballarin : On est parti en tête et j’ai d’abord couru avec Gaëlle (Olivier Jacob, ndlr) et Julien (Lafaure, ndlr). On s’est relayé tous les 3km. C’était une vraie course d’équipe : on a suivi le schéma Grimal.

A la 5ème boucle, c'est le coup de massue : Julien, puis Gaëlle sont éliminés. Que se passe-t-il dans votre tête? 

Joséphine Thomas : J’ai eu mal au cœur pour Gaëlle et Julien. 20km c’est rien à faire ! Ils avaient fait un super travail. J’ai essayé d’être dans le meilleur état d’esprit possible. Nous n’étions plus que 3. Jean-Mi ne m’a mis aucune pression et je ne m’en suis pas mis non plus. Je savais que mon cheval allait tout donner pour aller chercher la médaille et que je ferais du mieux que je pourrais.

Roman Lafaure : Ça a été la grosse déception et beaucoup de pression d’un coup : je n’avais plus droit à l’erreur. J’adore Julien et il montait son cheval préféré. Pot Made (cheval de Gaëlle Ollivier Jacob, ndlr) était au-dessus du lot : il n’a pas pu montrer ce qu’il pouvait faire. Et puis je me suis très bien entendu avec Gaëlle. Avant on était cinq … Et là, il a fallu serrer les fesses, faire du mieux que l’on peut et faire avec ! Je n’ai jamais eu autant de pression et je n’ai jamais autant été stressé par un trotting. En plus j’étais le dernier à passer ! 

Nicolas Ballarin : J’ai pleuré ! J’étais triste, déçu, désolé. J’ai une très grosse pensée pour Gaëlle et Julien car ils ont contribué à cette médaille. 

Tous les cavaliers s’accordent à dire que Jean-Michel Grimal a été un très bon chef d’orchestre. Cette aventure européenne était une découverte pour la benjamine Joséphine (qui a pris conscience de ce qui se passait en préparant ses affaires : elle n’a que 20 ans) et Gaëlle, dont c’était les premières sélections en équipe nationale. Mais les deux cavalières se connaissaient déjà très bien puisque c’est Gaëlle qui a mis Joséphine à cheval à l’âge de 5 ans. Nicolas, quant à lui, « a envie d’être là à chaque échéance et de se battre pour l’équipe ». L’épopée Tryon avait semé le doute en lui, au point de se demander pourquoi il faisait de l’endurance. Tous saluent leur équipe d’assistance sans qui rien ne serait possible. Nicolas remercie ses propriétaires Marie et Jack Bégaud et Joséphine, son entraîneur Pierre Auffret, ses parents et sa sœur, Margaux, qui lui a prêté Kalon pour cette année. Car chez les Thomas, c’est aussi une histoire de famille : les deux sœurs se partagent le cheval : « Margaux montera Kalon l’année prochaine : je lui dois bien ça ! ». Les chevaux de l’équipe sont en vacances pour plusieurs mois, quant à Roman, il nous dit « à l’année prochaine ! » (2020 sera l’année des Championnats du Monde, ndlr).