Ecuries Al Andalus : Une structure spécialisée endurance en Ile-de-France
mercredi 22 janvier 2020

Raphaëlle et Patrick Léonoff
Raphaëlle, Patrick Léonoff et un pensionnaire sur leur piste de galop qui jouxte la forêt de Rambouillet. © Ph. Claude Bigeon

Raphaëlle et Patrick Léonoff ont monté les Ecuries Al Andalus à Sonchamp (78) en 2006, mais sont installés à La Reverderie (sur la même commune) depuis 2012. Une structure un peu unique en son genre. C’est à la fois un centre d’entraînement et un club orienté vers l’endurance et l’équitation d’extérieur qu’ils font tourner en famille. Rencontre avec un couple de passionnés.

Pouvez-vous nous décrire vos installations dédiées à l’entraînement des chevaux ?

Nous sommes installés sur six hectares avec des paddocks individuels en herbe d’avril à novembre et des paddocks d’hiver. Nous avons une piste de galop de 650 mètres, une carrière de dressage de 20 par 60 m, un rond de longe, un marcheur six places, et un tapis roulant. Nous bénéficions aussi de kilomètres de piste en extérieur, en plaine et en forêt. Les terrains sont très variés, du sable, de la terre, de l’herbe, un petit peu de cailloux et un peu de dénivelé. Et près d’Epernon, nous avons dix hectares pour faire notre foin.

Expliquez nous quel est le concept de cette écurie ?

Nous sommes labellisés Ecurie de compétition endurance, valorisation du jeune cheval et également entraînement couple cavalier/cheval. Nous sommes plutôt axés sur l’écurie d’endurance, école d’endurance par rapport à une école d’équitation basique. Nous ne proposons que de l’équitation d’extérieur. Nous prenons les cavaliers s’ils sont à l’aise aux trois allures et déjà expérimentés en équitation d’extérieur. Les jeunes à partir du Galop 2. De l’initiation jusqu’aux courses en vitesse libre. Nous avons des cavaliers propriétaires en coaching ou non. Mais, nous avons aussi des cavaliers d’autres écuries qui s’entraînent chez nous. Ainsi, nous avons amené un cavalier au championnat de France des majors, qui est dans le top 10, Germain Simoneau. Il est passé de 20 km à 120 km en 2019, en dix-huit mois. L’endurance est une discipline à part entière avec un entrainement spécifique. Si l’on veut pousser la discipline vers le haut, il faut pratiquer une équitation adaptée, une équitation propre.

Vous êtes plutôt un centre équestre spécialisé en endurance ou vous êtes un centre d’entraînement d’endurance ?

Les deux. Nous sommes un club labellisé FFE, donc nous formons des cavaliers avec notre cavalerie dédiée à l’école d’endurance. Une douzaine de chevaux de 5 à 18 ans. Ainsi, nous organisons des stages d’une journée. En parallèle, nous avons des chevaux que nous valorisons nous-mêmes et avec nos cavaliers en compétition.

Vous avez des partenariats avec des éleveurs pour valoriser leurs chevaux ?

Actuellement nous avons un partenariat avec deux élevages. L’élevage du Vallois, dans les Vosges et l’élevage de Minuit de Christelle Mafille qui se situe à côté de Lignières.

Vous êtes aussi éleveur ?

Oui depuis 2009. Notre premier poulain va prendre 11 ans cette année. Nous avons entre une et trois, quatre naissances par an. Nous avons vendu des chevaux aux Emirats qui tournent en deux et trois étoiles.

Quelles sont les souches que vous utilisez ?

Principalement des souches des étalons pur-sang Arabes des anciens Haras nationaux, Ulm de Domenjoi, Nabath, que nous associons à nos anciennes juments de tête que nous avons précédemment valorisées en compétition en deux et trois étoiles, Palmyre de Lozelle, Ixschel de Bassetie, Lysatis du Lac, Nirvana d’Arbre Mort et Nouriya, qui est pleine de Djevar des Graves.

Votre élevage est orienté vers la production de chevaux d’endurance de haut niveau ?

Oui. Notre but c’est de faire reproduire nos juments de tête qui ont eu des bons classements avec des étalons majeurs d’endurance. Nous avons deux produits qui tournent aux Emirats, Bobang Al Andalus, un 9 ans, qui a déjà tourné en 160 et il a déjà fait top dix en 120 km et une victoire en une étoile et Caïd Al Andalus, un 8 ans, qui est classé en une étoile.

Comment est ce que vous résumeriez votre manière d’entraîner vos chevaux pour aller jusqu’à haut niveau ?

En fait, nous les attendons. Contrairement à ce qui se fait en SHF en endurance, nous ne les emmenons pas à Uzès à la finale nationale, car elle se court sur 90 km. Nous estimons qu’à 6 ans un cheval n’est pas prêt à faire 90 km. D’expérience, on constate que les chevaux qui ont été élite en Jeunes chevaux à Uzès, on ne les revoit pas forcément sur le circuit après. On estime que ce sont des chevaux qui ont été un peu « surmenés ». Nous les faisons courir progressivement de la manière suivante : en 4 ans ils font 20 km, en 5 ans 40 km et en 6 ans 60 km et on ne passe à 90 km qu’à partir de 7 ans.

On peut imaginer que votre méthode d’entraînement est assez classique. Mais pouvez-vous la décrire sur une saison ?

Nous faisons une pause l’hiver. Entre novembre et mi-décembre, c’est uniquement de l’entretien puis il y a une coupure du 20 décembre à la première quinzaine de février où les chevaux sont maintenus en allant au paddock, au marcheur ou font du tapis. La plupart sont déferrés. Nous faisons une pause en raison des conditions extérieures difficiles en hiver, mais aussi pour respecter l’intégrité physique des chevaux, qui ont besoin de se reposer mentalement et physiquement. Durant la saison de compétition, ils font beaucoup de kilomètres. Sur la saison 2019, juste en compétition, nos dix chevaux ont totalisé 2800 km. Un cheval qui fait 120 km en course s’entraine sur environ 60 km par semaine pendant deux mois en amont de la course. Puis, il a deux mois de repos, puis ont enchaine à nouveau.

Comment est-ce que vous mixez l’entraînement en extérieur, le marcheur et le tapis en saison ?

On a un planning quotidien sur la semaine avec tous les chevaux en fonction des sorties avec les élèves cavaliers, les sorties en compétition. Le marcheur sert plutôt à faire de l’entretien ou de l’échauffement. Le tapis c’est vraiment de la musculation, ça sert aussi à symétriser les chevaux. C’est un tapis roulant qui est inclinable donc ça permet de préparer les courses où il y a du dénivelé. On essaie de mixer cela en fonction des objectifs du cheval. Tout en sachant qu’un cheval qui prépare des grosses compétitions, doit être monté deux ou trois fois par semaine. S’il manque un entrainement monté, il fera du tapis, une heure et avec du dénivelé.

Là vous parler d’un entrainement en condition physique. Mais est ce que vous faites un entrainement un peu plus technique ?

Les chevaux ont aussi un entrainement stretching, gymnastique, dès que l’on va reprendre l’entraînement après la trêve hivernale et avant de ressortir en extérieur. On reprend par du travail à la longe et/ou du travail sur le plat. Le travail sera adapté en fonction des chevaux, de leur âge. Mais, ils font tous systématiquement une séance de longe ou de plat par semaine en plus du travail en extérieur. Lors des concours, on voit nettement la différence entre les chevaux qui ont été travaillés sur le plat et les autres.

Depuis combien de temps voyez vous vraiment des chevaux travaillés sur le plat à haut niveau en endurance ?

Depuis une dizaine d’années. Surtout avec Virginie Atger. Nous avons fait des stages avec elle, c’est vraiment notre modèle, tant au niveau du dressage spécifique que de l’entraînement. Récemment, Allan Léon, le vainqueur de Florac 2019 qui est membre de l’équipe de France avec Spirit de Crouz est venu animer deux stages chez nous.

Vous organisez des stages avec des intervenants extérieurs régulièrement ?

Depuis cinq ans. Des stages avec des cavaliers de haut niveau, cela pousse la discipline vers le haut. Lors du stage de deux jours avec Allan Léon, on a fait de la théorie et du travail sur le plat dans la carrière, du travail de dressage, de stretching adapté à notre discipline.

Vous faites voir vos chevaux régulièrement par un ostéopathe, mais avez vous une autre approche de l’entraînement du cheval ?

On travaille avec une chercheuse en physiologie de l’université d’Evry sur un programme d’entraînement de chevaux depuis dix-huit mois, Véronique Billat qui fait de l’optimisation de l’entraînement de sports d’endurance. Elle a d’abord travaillé sur l’humain, sur les marathoniens. Mais, depuis quelques années, elle a démarré une campagne de mesures sur les galopeurs pour optimiser leur entraînement. Comme elle a besoin de données pour les chevaux d’endurance, elle nous a sollicité pour lui fournir des datas. On « instrumentent » nos chevaux avec des cardio fréquencemètres et des GPS sur nos sorties. Pour l’instant, nous en sommes juste à la phase de collecte de données. Mais, le but du jeu c’est d’avoir un logiciel qui permette d’optimiser l’entraînement du cheval en termes de distances, de nombre d’entraînements et d’intensité d’entraînements. Nous avons aussi en test la sangle connectée Seaver.

Vous organisez un concours chaque année ?

Oui, le dernier week-end de juin. Cette année, notre huitième édition sera les 27 et 28 juin. Notre première boucle de sur 40 km, affiche 500 m de dénivelé positif. On organise des épreuves de 20 à 90 km, des épreuves SHF le samedi 27 juin de 20 à 60 km et le dimanche de 20 à 90 km Club et Amateur. En général, on a une quinzaine de jeunes chevaux le samedi et une centaine le dimanche.

Quel est votre bilan de saison ?

Pour la troisième année consécutive, nous sommes le premier club francilien sur 247 clubs engageurs. C’est un challenge annuel sur l’ensemble des compétitions d’endurance d’Ile-de-France sur seize dates. Mais, il y a très peu de centres spécialisés en endurance. La plupart des structures d’endurance que l’on voit tourner en France, se résument à un cavalier ou des cavaliers Pro qui font venir des cavaliers pour les accompagner. Nous sommes tous les deux plutôt tournés vers le coaching. En dehors du circuit des clubs, nous avons une jeune cavalière qui a fait le championnat de France des jeunes qui a été bien classée Laureline Vonet avec un de nos chevaux d’école, Akoun d’Ax. Elle courait en équipe de trois sous les couleurs de la région Ile-de-France sur 90 km en vitesse imposée et c’est la seule à l’arrivée. Cette année la région Ile-de-France avait cinq cavaliers d’Ile-de-France au championnat de France des jeunes, deux en 120 km qui permettent à la région de terminer quatrième. Les trois autres cavalières d’Ile-de-France étaient en 90 km imposée, mais deux sortent au premier vet gate.

Où allez-vous redémarrer la saison ?

A Cravent, près de Mantes-la-Jolie, le 8 mars, par des 20 et 40 km. C’est une nouvelle course depuis 2019. Puis, il y aura Fontainebleau fin mars. En fait, nous avons un planning sur l’année qui est quasiment fait jusqu’au mois de juin, avec quatre week-ends sur cinq en compétition. Le planning s’articule en deux parties. Les grosses compétitions jusqu’en juin. On fait un point, au mois de juin, juillet pour voir quels objectifs ont été respectés, pour articuler la deuxième partie de saison. L’année dernière, la majorité des courses où nous avons participé étaient des 60 à 90 km.

Avez-vous un gros objectif pour 2020 ?

Oui, classer Wafik Al Andalus, notre premier poulain, qui a 11 ans cette année, en trois étoiles, lors de la course mythique de Moncuq (deux fois 100 km, ndlr), le premier week-end de novembre.