Mondial chevaux huit ans : Carton (presque) plein pour M7
jeudi 23 septembre 2021

Nahar Shabab, sous la selle de Fares Al Mansoori, remporte le championnat du monde des Jeunes chevaux de 8 ans
Nahar Shabab, sous la selle de Fares Al Mansoori, remporte le championnat du monde des Jeunes chevaux de 8 ans © Anne Jonchery

Arborea, petite commune italienne installée au bord de la Méditerranée, sur la côte ouest de la Sardaigne, accueillait le week-end dernier le championnat du monde d'endurance des chevaux de huit ans. C'est le hongre Shagya Nahar Shabab, qui avait suivi le circuit endurance de SHF à six ans, qui s'est imposé avec son cavalier émirati Fares Almansoori.

Ils étaient vingt couples à s’élancer dans la fraîcheur du bord de mer sarde, avant d’être rattrapés par une chaleur avoisinant les 30°C. Au bout des quatre boucles, alternant sable et sol dur, ils ne sont finalement que neuf à terminer la compétition. Parmi eux, celui que ses concurrents n’ont vu que de dos : Fares Al Mansoori. En selle sur Nahar Shabab (Nabath) le jeune émirati de dix-huit ans a de suite distancé les autres compétiteurs de dix minutes, pour finalement gagner avec dix-neuf minutes d’avance, à une vitesse moyenne de 21.1 km/h, et remportait également l’épreuve CEI2* du lendemain avec DCH Arshan, à 18.9km/h. Les trois couples suivants rentrent tous dans la même minute avec en tête de file son compatriote Khalfan Juma Mohamed Khamis Beljaflan, deuxième avec Kashmiir (Akim de Ducor) et qui ne compte qu’un centième d’avance sur l’Espagnole Alba Ruiz de Villa Alvarez, associée à Cardu 50 (origine non précisée). Le Français Arthur Sevin et Dragon Feuillée (Un'Art) terminent au pied du podium pour seulement deux centièmes de seconde !
L’équipe M7 classe ainsi quatre chevaux sur cinq aux quatre premières places, le cinquième cheval ayant été éliminé à la deuxième boucle. Les deux autres Français engagés, Grégoire Tilquin et Delia de Bozouls (Mahabb) ainsi que Vincent Gaudriot avec Dawa de Bozouls (Muget de Pascade) terminent respectivement sept et huitième, avec une vitesse moyenne de 19 et 18.2 km/h. À Arborea, l’élevage français a une fois de plus montré sa qualité. Le vainqueur est un fils de Nabath, le deuxième est né en France, le quatrième est un demi-sang arabe également né en France, fils de Un’Art, descendant de Magic Piboul, par Dormane. Quant aux chevaux terminant de la cinquième à la huitième place, ils sont également issus de l’élevage français, avec notamment Doha d’Artagnan AA, fils de Sadepers.

Gagner proprement

S’il est un homme particulièrement heureux à la fin de ce week-end, c’est Mohammed Suboosi, le manager et entraîneur de l’écurie M7. En plus de prendre les quatre premières places du Mondial des chevaux de huit ans, ils s’octroient le podium du CEI2*, et terminent premier et deuxième du CEI2* Junior. L’objectif de M7 dans ce championnat était clairement de gagner, mais pas à n’importe quel prix. Le couple vainqueur avait pour consigne de prendre la tête et de ne plus la lâcher car il pouvait facilement le faire. Mais la stratégie de course pour les trois suivants était de rester groupés, d’avancer un peu plus vite là où les chevaux le pouvaient, tout en prenant soin d’eux. Cette stratégie s’est finalisée dans la dernière boucle, où chacun avait une place à tenir. Avant chaque course, Mohammed réunit son équipe et décide de ce que chacun doit faire. « Si tout se passe bien, c’est pour l’équipe. Si cela tourne mal, c’est pour moi ! Ici, ils pouvaient le faire et ils l’ont fait malgré un climat difficile », explique le manager.
Un cheval l’a particulièrement épaté, c’est Kashmir, deuxième et dont c’était la première course à ce niveau, qui a explosé dans la dernière boucle. Le petit nouveau de l’écurie a été acheté aux ventes Arkana. « J’ai changé ma façon de me procurer des chevaux. Chaque année, j’achète trois à cinq chevaux lors de ces ventes. Cela montre qu’à Arkana, il est possible de trouver de très bons chevaux d’endurance » sourit-il. Tous les chevaux de M7 sont entraînés en France du côté de Toulouse, excepté celui d’Arthur Sevin qui est installé à Gourdon, dans le Lot. Ce dernier est d’ailleurs lui aussi très satisfait de sa course et de son cheval, Dragon Feuillée. « Je suis fier de faire partie de l’écurie M7, d’autant plus qu’on ne pouvait pas faire mieux ! Notre objectif avec Lucie (Vandenbroeke, ndlr), ma compagne, était de montrer que l’on pouvait coller à ceux de Toulouse et courir avec eux, car nous nous entraînons seuls ». Pour son cavalier, Dragon a été très pro du début à la fin. La chaleur qui s’est fortement accrue d’un coup a impacté le galop du cheval qui a eu très chaud. « Il m’a impressionné et plus que ce que je ne l’espérais. Il a une mentalité forte, un vrai esprit guerrier ! C’était une bonne piste pour un championnat des huit ans », affirme Arthur, qui fonde beaucoup d’espoirs en ce cheval. 

Une image à redorer

Lorsque l’on demande à Mohammed Suboosi s’il souhaite rajouter quelque chose sur ce brillant week-end, il réagit de suite : « Il y a une chose importante que je voudrais dire. Je sais que les européens ont une mauvaise image des Émirats. Je veux montrer autre chose. Il faut regarder le présent et ne pas rester bloqué sur le passé. M7 est une jeune équipe qui travaille différemment. Traitez-nous comme les autres sont traités ! Le niveau de l’équipe augmente maintenant plus que jamais et nous avons les résultats. Voilà la preuve ! » À Arborea, le cheval vainqueur a subi trois tests d’hyposensibilité durant la course (L’Eperon consacrera un article à ce sujet dans les jours à venir). « J’ai demandé aux juges si cela évitait les blessures mineures. Ils m’ont dit que oui, alors… » conclut Mohammed Suboosi.

Le Horse Country Show a accueilli peu de cavaliers lors de ce week-end puisque la mythique course de Florac se tenait à la même date. On ne peut que regretter ce télescopage de calendrier qui logiquement favorise les courses dans l’Hexagone.