Mondial d’endurance : un renouveau salutaire
lundi 31 mai 2021

Christian Lozano
Christian Lozano © Jean Louis Perrier

Disputé le 22 mai près de Pise (Italie), le mondial d’endurance a conjuré le mauvais sort planant sur la discipline depuis plusieurs championnats avec en triste point d’orgue le gros loupé des JEM de Tryon. Christian Lozano, directeur du Comité Endurance de la FEI, revient sur ce mondial réussi avec un salutaire renouveau dans la discipline.

Vous êtes directeur du Comité Endurance de la FEI depuis novembre, ce championnat du monde en Italie était votre première échéance, comment l’avez-vous appréhendé ? 

C’était un très gros enjeu car en 2018 il y a eu l’énorme raté de Tryon, avec l’annulation de la course dans sa dernière phase après beaucoup de confusions. En 2016, le mondial s’était tenu à Samorin où il y avait eu beaucoup de problèmes (dont l’euthanasie sur la piste de la jument de l’équipe des Emirats Arabes Unis, Ajayeb, suite à une fracture de fatigue, ndla). Il fallait sortir de ce marasme remettant en cause la discipline ! 2020 n’a pas vu d’échéance à cause de la pandémie de Covid et donc il y a eu un report sur cette date en mai sur le site initialement prévu de San Rossore près de Pise. Cet hiver, avec la reprise de la pandémie, nous ne savions pas sur quel pied danser, mais un nouveau report était très aléatoire, et nous avons décidé de maintenir la date. Il ne fallait pas perdre de vue que la situation sanitaire est très différente d’un pays à un autre, et les protocoles sanitaires mis en place par l’Italie ont bien fonctionné. Nous avons été très agréablement surpris de la participation avec la présence de pays venus de tous les continents. Après le retrait de tous les chevaux des Etats-Unis la veille de la compétition suite à un cas de fièvre sur l’un des chevaux, sans lien avec la rhino pneumonie, ils ont été soixante-quatorze à prendre le départ.

Quels ont été les éléments déterminants pour mener à bien ce championnat ? 

Tout d’abord, il y a eu une concertation permanente avec l’équipe organisatrice. Nous avons fait plusieurs réunions sur le site et l’organisation a été très satisfaisante, avec une magnifique cérémonie d’ouverture. Le nombre d’assistants par cheval était limité et ça a donné plus de fluidité à l’ensemble. Mais nous savions surtout que nous avions une épée de Damoclès en cas d’accident pendant la compétition et personne n’a pris cette menace à la légère. Nous avons fait un renouvellement total des officiels de compétition avec des juges et des vétérinaires qui tenaient la route ! Nous avons misé sur l’universalité avec des juges venus de pays très différents : le président du jury, Rocio Echeverri, vient du Costa Rica. Malheureusement la déléguée technique que nous avions choisie n’a pas pu venir du Botswana en raison des protocoles sanitaires, mais les équipes étaient vraiment de différentes nationalités et l’amalgame s’est fait très vite entre eux. Le mot d’ordre était l’application du règlement, et tout le monde a tenu son rôle. Les contrôles de poids des cavaliers par exemple ont été très vigilants. Il y a eu un cavalier émirati éliminé car il manquait deux kilos, ça a un peu fait grincer des dents sur le coup, mais après cette élimination nous n’avons plus eu de problème sur ces contrôles. 

Il y a tout de même une polémique qui s’est développée sur les réseaux sociaux deux jours après la course avec une vidéo montrant Juma Punti, présentant le dernier cheval de l’équipe espagnole, rentrer tout juste dans le temps imparti pour le contrôle vétérinaire ? 

En effet on voit Juma Punti qui pose la main sur le chanfrein du cheval, et le fait aussi avancer quand le véto prend la fréquence cardiaque. Certains disent qu’il a voulu faire baisser le rythme cardiaque du cheval. L’ouverture d’une enquête par la FEI va permettre de lui demander de s’expliquer sur ces gestes. Malgré la vigilance qui a été la règle, il est certain que les juges ne peuvent pas tout voir à un instant T. Nous devons peut-être mieux codifier les attitudes dans le vet-gate et réfléchir à l’utilisation de la vidéo. Mais je ne pense pas qu’on puisse remettre en cause le résultat, et il y a eu tellement de choses positives sur le fonctionnement des contrôles ! 

Ce championnat a vu des contrôles d’hypo sensibilité, pouvez vous nous expliquez de quoi il s’agit ? 

C’est une technique qui a été développée par la Dr. Vétérinaire Morgane Schambourg lorsqu’elle travaillait sur le site de Bouthieb, aux EAU. Il s’agit d’un petit piston avec lequel on envoi par une seringue une pression qui peut aller jusqu’à vingt newton, soit l’équivalent de deux kilos. Il y a des chevaux qui réagissent dès deux ou trois newton. S’il n’y a pas de réaction, le test est renouvelé trois fois sur chaque antérieur. Il y a un cheval de l’équipe d’Uruguay qui a été éliminé faute de réaction sur un antérieur. L’idée est de s’assurer que le cheval est en état de continuer, s’il ne réagit pas, c’est qu’il peut se mettre en danger, et aussi mettre son cavalier en danger par une chute. Le protocole a été testé sur plusieurs CEI en Europe depuis deux ans. Nous avons testé une trentaine de chevaux après le contrôle initial, et le système était en démonstration ensuite. Pendant la course, c’était fait en sortie de contrôle, c’est pour ça que nous avions rallongé les temps de repos de cinq minutes, car ça prend environ trois minutes avec deux vétérinaires pour faire le test. Ce protocole a été bien accepté par les cavaliers.

Avec vingt-six chevaux seulement à l’arrivée, le taux d’élimination est élevé. Comment l’expliquez-vous ?

Le circuit était difficile, pas vraiment plat, technique. Les chevaux ont eu des préparations compliquées par la crise sanitaire et certains en manquaient peut-être avec ce championnat en mai contrairement aux dates habituelles en fin d’été. Mais surtout, les vétérinaires ont voulu éviter que des chevaux fassent la boucle de trop ! Il n’y a pas eu de contestation sur les éliminations, et au final on a des écarts beaucoup moins importants que sur les éditions précédentes (la Béliorusse Alena Maroz, 26e, termine 3h après le premier, ndla). Il y a le Croate Bojan Lipovac qui a fait l’admiration de tous en terminant 19e avec son poney ! Les stratégies de course groupée par équipe du Brésil et de la France ont été saluées par tout le monde et ont été payantes pour les médailles ! Les chevaux à l’arrivée étaient beaux à voir ! 

Pensez vous qu’on va vers un retour d’une des bases de l’endurance équestre avec le principe du "Terminer, c’est gagner" ?  

On n’aurait jamais du perdre ce principe ! Tout le monde était content à l’issu de ce championnat ! Nous avons des podiums fantastiques avec de nouvelles nations, comme le Brésil qui trouve une juste récompense après vingt ans d’efforts en venant sur les courses européennes, et le jeune cavalier chilien Boni Viada de Vivero qui termine 3e en individuel. Le travail des officiels sur ce championnat a été payant, c’est un nouveau départ ! Maintenant il nous faut transformer l’essai avec les championnats d’Europe et le mondial des Jeunes à Ermelo en septembre, puis le mondial senior en 2022, qui avait déjà été attribué à l’Italie, à Vérone. Nous sommes en train d’étudier les prochaines attributions avec des candidatures très intéressantes.