Patrik Kittel : « Well Done est une jument médaillable, j’en suis persuadé »
jeudi 10 juin 2021

Patrik Kittel lors du CDIO 5* de Compiègne
Patrik Kittel lors du CDIO 5* de Compiègne © PSV

Rencontré à l’occasion du CDIO 5* de Compiègne, le Suédois Patrik Kittel, vainqueur du Grand Prix et de la Libre avec Well Done de la Roche CMF, s’est confié à L’Eperon sur sa préparation en vue des Jeux olympiques de Tokyo et sur les conditions sanitaires attendues au Japon.

Cette année 2021 est une nouvelle année particulière à la fois pour les humains avec la Covid-19 mais aussi pour les chevaux avec l’épizootie de rhinopneumonie. Comme restez-vous motivé face à l’inconnu ?

Pour moi il ne s’agit pas uniquement des concours car la motivation vient de la maison, de l’entrainement, de dresser les jeunes chevaux vers le Grand Prix. J’adore la compétition, ne me faites pas dire l’inverse, mais pour moi les concours ne sont pas le plus important, le plus important est de pouvoir dresser des chevaux tous les jours. J’ai aussi ma famille et je dois dire que depuis que je suis devenu papa cela a changé beaucoup de choses. De voir ma fille courir et jouer sur la grande piste en herbe ici à Compiègne, cela me remplit de joie et de vie. Il est certain que je suis ravi de retourner en concours, de retrouver tous nos amis, de partager des bons moments, mais je pense que nous sommes aussi très chanceux car par l’intermédiaire des chevaux nous avons continué à vivre presque normalement malgré la pandémie. Ce n’est pas comme de vivre à Paris dans un appartement d’une seule pièce ! Nous pouvons vivre dehors, faire ce que nous aimons ! 

Mais votre objectif reste malgré tout les Jeux olympiques de Tokyo ?

Bien évidemment ! Les Jeux olympiques sont toujours un grand objectif ! Je pense qu’avec de plus en plus de gens qui sont vaccinés - et je le suis moi-même - j’espère que l’on pourra très rapidement retrouver une certaine normalité. Plus les gens se feront vacciner, plus nous arriverons à contrôler la Covid-19 et plus nous pourrons progressivement retrouver une vie normale. 

Votre route jusqu’à Tokyo n’a pas été si facile puisqu’après avoir engagée Well Done de la Roche CMF au CDI 5* de Doha (forfait sur place) et sur le CDI-W de Mariakalnok (élimination), Compiègne est finalement son premier concours en 2021…

C’est certain ! Je dis toujours aux gens qui me demandent comment je fais pour continuer malgré les coups durs, que pour moi lorsque quelque chose ne se passe pas comme cela était prévu cela me rend plus fort pour revenir. En tant que cavalier, on apprend au fil des années que des choses vont forcément arriver, que l’on fera face à de la malchance, cela fait partie de la vie. Pour moi, si on n'apprend rien de nos erreurs, on ne peut pas non plus progresser lorsque tout va bien. 

Avec une préparation olympique si courte, que pouvez-vous attendre de Well Done à Tokyo ? Il y a quelques années vous parliez d’elle comme étant une jument médaillable…

Avec la Covid-19, les Jeux seront beaucoup plus calmes, il n’y aura quasiment pas de public et lorsque c’est plus calme c’est un avantage pour elle, car elle peut être tellement chaude. Je ne suis pas inquiet concernant la température et la météo sur place, elle encaissera cela très bien mais avec moins de public elle sera plus relâchée et c’est le seul point positif de ces Jeux olympiques organisés en pleine crise de Covid ! Je pense toujours aujourd’hui que Welly est une jument qui peut décrocher une médaille, elle l’a prouvé et si elle arrive à accumuler quelques points supplémentaires je pense que cela finira par arriver, j’en reste persuadé et je me rattache à cette idée pour continuer. 

« Les Jeux olympiques de Paris vont être incroyables ! »

Quel va être la suite de votre programme avant votre départ pour le Japon ?

Je pense aller sur le CDI 4* du Mans, encore en France, du 17 au 20 juin. J’ai entendu dire que c’était un beau concours et j’avoue que j’aime beaucoup les concours français, il y a toujours de bons sols, de la bonne nourriture, du bon vin (rires), des gens très sympas… Après ma Libre ici à Compiègne (qu’il remporte avec plus de 81%, NDLR) nous parlerons avec notre chef d’équipe et nous déciderons si elle a encore besoin d’une compétition avant de partir en quarantaine et notamment pour dérouler une fois le Grand Prix Spécial. Le Spécial est l’épreuve qui va déterminer le classement par équipe à Tokyo, il est donc important de le présenter en concours au moins une fois avant de partir. Je ne voulais pas choisir cette option à Compiègne car elle avait aussi besoin de dérouler la reprise libre en musique mais je ne voulais pas le faire de manière trop rapprochée des Jeux olympiques car elle peut chauffer un peu sur cette reprise. Il était donc mieux pour moi de la dérouler ici à Compiègne et de présenter le Spécial sur un concours plus proche des Jeux de Tokyo. 

Que pensez-vous justement des nouvelles règles pour cette édition 2021 des Jeux olympiques ? 

Je dois admettre que j’aime bien la règle des trois cavaliers alors que de nombreuses nations sont plutôt contre. Pour moi, avec cette règle, les trois cavaliers doivent bien monter et si l’un d’eux ne monte pas correctement alors l’équipe n’a pas de chance de médaille et je pense que c’est ça le sport. Le nouveau système avec le classement mondial et le couple de substitution, je dois avouer que je n’ai pas trop d’avis. Je pense qu’après les Jeux olympiques tout cela sera revu et étudié, il faudra évaluer ce qui a fonctionné et ce qu’il faudra garder et mettre en place pour les prochains Jeux olympiques à Paris en 2024. Si nous avions déjà connu les équipes de trois aux Jeux olympiques, la grande différence cette année est que nous serons séparés en dix groupes de six et que certains seront alors directement qualifiés pour l’épreuve individuelle, la reprise libre en musique. De leur côté, les huit meilleures équipes du Grand Prix seront qualifiées pour le Grand Prix Spécial, épreuve qui décernera les médailles par équipe. Cela veut donc dire que certains couples ne vont pas dérouler le Spécial alors que pour moi dérouler le Grand Prix, le Spécial et la Libre est important, tout le monde devrait dérouler le même nombre de reprises, du moins pour les finalistes. C’est nouveau mais nous verrons après Tokyo ce qui sera le mieux pour Paris, qui, de mon avis, sera incroyable ! Je me suis presque demandé si je devais arrêter après les Jeux de 2020 mais après réflexion, de participer aux Jeux de Paris, à Versailles, cela va être magique ! J’ai tellement hâte, d’autant que cela sera très proche pour les chevaux ! Je vais donc au moins continuer jusqu’en 2024 (rires) !

Quelles sont les mesures sanitaires que vous vous attendez à rencontrer une fois sur place à Tokyo ? 

Je pense que pour les chevaux, toutes les vérifications seront faites en amont de leur arrivée mais en ce qui concerne les athlètes humains, donc les cavaliers en ce qui nous concerne, nous aurons des tests Covid tous les jours mais je ne sais pas de quel type de tests il va s’agir. Nous entendons beaucoup de choses mais finalement nous ne savons pas grand-chose puisque le dernier « book des Jeux », regroupant toutes les règles sanitaires et autres, sera disponible dans le courant du mois de juin. Nous aurons donc plus de précisions concernant tout cela, le nombre de propriétaires autorisés, si nous sauterons d’une bulle sanitaire à une autre… À côté de tout cela, nous devons aussi être très reconnaissants envers le Japon, qui maintient les Jeux olympiques. En tant qu’invités dans le pays, nous devons suivre toutes les règles, les respecter pour protéger et prendre soin d’eux, des habitants. C’est aussi ça l’esprit olympique.