Sophie Dubourg : « Un scenario terrible »
dimanche 08 août 2021

Penelope
Nul doute qu'on reverra Pénélope Leprévost renouer très vite avec la victoire. © Scoopdyga

Dans une finale remportée légitimement par la Suède, l'équipe de France a offert de très belles prestations avec les parcours à un point de Simon Delestre et de Mathieu Billot. Elle est malheureusement passée à côté de l'or et du podium avec l'élimination de Pénélope Leprévost en dernière rotation. Un "scénario terrible" comme le décrit Sophie Dubourg, directrice nationale, qui ne doit pas faire oublier à l'équipe de France qu'elle a malgré tout livré de belles prestations. Mais la pilule, en épilogue de ces Jeux, est bien évidemment dure à avaler pour les cavaliers, le staff et les supporters.

En première rotation, dans la finale par équipes, Simon Delestre et Berlux Z ont réalisé un magnifique parcours. De bon augure pour la suite pour ce fils de Berlin, entré dans la compétition uniquement pour l'épreuve par équipes : « C’est exceptionnel de faire deux tours à ce niveau là avec un cheval encore vert, sachant qu’il n’a que 10 ans et qu’il n’a pas concouru l’an dernier en raison du contexte sanitaire », indiquait à ce titre son cavalier. « C’est son premier championnat et il a sauté de façon remarquable, avec un peu plus de relâchement aujourd’hui. J’ai ressenti beaucoup d’émotions et eu de bonnes sensations. Berlux est un cheval d’exception que je compte bien préserver pour Paris 2024. » L'équipier de Simon Delestre, Mathieu Billot, sort également de piste avec un point de temps de pénalité. Après des débuts un peu plus compliqués dans la compétition individuelle, le cavalier, qui participait à ses premiers Jeux Olympiques, explique avoir pris beaucoup d'expérience à Tokyo : « Je suis très content de Quel Filou, c’est quand il est chaud comme cela qu’il est le meilleur dans l’effort. Le parcours était difficile et il y avait aussi beaucoup de pression, mais il a sauté encore plus haut qu’hier et il a dominé son sujet. Je l’ai fait un peu travailler ce matin pour le relâcher et aujourd’hui, il était vraiment plus dans le coup, tout comme moi d’ailleurs qui viens d’engranger beaucoup d’expérience grâce à cette première participation aux Jeux olympiques. »

Pénélope Leprévost : « J'ai misé sur la sérénité »

Forcément déçue, Pénélope Leprévost met les refus de son étalon Vancouver de Lanlore sur le compte de l'émotivité et des fortes lumières du stade équestre de Baji Koen : « Depuis le début du concours, comme beaucoup de chevaux, Vancouver a eu tendance à se reculer des obstacles, à cause des lumières du stade, des ombres peut-être. J’ai certainement un peu sous-estimé cela. Il était bien à la détente, il a bien sauté le n°1 et le n°2. J’ai misé sur la sérénité et à ce moment, il aurait fallu plus d’énergie pour aborder le n°3. Et comme il est tellement respectueux, après la faute, ce fut le refus. »  La cavalière, qui avait également essuyé un refus dans l'épreuve qualificative individuelle, indique, avec du recul, qu'elle aurait dû mettre davantage de galop. « Si c’était à refaire, j’aurais tendance à aller plus vite. Je suis absolument navrée pour mon équipe et tout le staff. C’est difficile de trouver d’autres mots à part dire que : je suis désolée. »

Sophie Dubourg : « Un scénario terrible »

Bien évidemment, l'équipe fédérale a dû vivre avec beaucoup d'émotion l'espoir et la perte d'un podium. Et Thierry Pomel, sélectionneur national, met l'élimination de la cavalière sur le compte d'un manque de train : « En passant la dernière, Pénélope avait forcément la pression », admet Thierry. « Vancouver est un étalon sensible qui a toujours bien fait ce qu’on attendait de lui. Le piège a été que Pénélope a voulu bien faire, c’est-à-dire soigner son parcours, être très précise, qu’elle en a omis que son cheval avait besoin d’un galop plus en avant. La suite est celle qu’on connait. Ce genre de scénario est déjà arrivé de nombreuses fois. Aujourd’hui, c’est tombé sur nous. » Le sélectionneur salue néanmoins les parcours des équipiers de Pénélope : « Les parcours de Mathieu et de Simon ont été magnifiques. Tout au long des épreuves, Mathieu a progressé. Il était très concentré et a réalisé une très belle prestation avec un cheval qui a très bien sauté. Le couple que forme Simon et Berlux est une révélation totale, qui est encourageante pour l’avenir. » L'avis technique de Thierry Pomel est partagé par Henk Nooren, entraineur des Bleus : « Après l’obstacle n°2, Pénélope aurait dû relancer son galop. Le cheval était un peu désuni et le rythme n’était plus là pour sauter correctement le n°3. C’est une petite faute en temps normal mais sur un parcours si difficile comme celui des JO, cela ne passe pas. Même si Vancouver est très respectueux, le rythme n’était simplement pas suffisant. »

« Le scénario est terrible, à la fois dans le timing et dans les pénalités », concède Sophie Dubourg, directrice technique nationale, qui admet l'ascenseur émotionnel ressenti par tous. « C’est un épilogue violent car nous y avons cru jusqu’au bout. C’est aussi ce qui est recherché dans ce nouveau format olympique. Mathieu et Simon ont réalisé de formidables performances sur un niveau de compétition très technique et difficile. Pénélope avait de la pression, c’est certain. Vancouver a fait une saison ascendante et son tout premier refus dans la compétition a certainement beaucoup surpris. S’agissant de ce format des 3e équipiers qui repartent dans le sens inverse du classement provisoire dans la finale, je pense qu’il est à retenir, ne serait-ce que pour le suspense. Et peut-être aussi pour préparer nos cavaliers. »