Yuri Mansur : « Avec Alfons, les parcours semblent faciles »
mardi 20 juillet 2021

Yuri Mansur et Qh Alfons Santo Antonio
Après s'être rendus à La Baule, Yuri Mansur et Qh Alfons Santo Antonio s'envoleront pour Tokyo dans quelques jours © Eric Knoll

Depuis son apparition sur le circuit européen avec sa belle veste jaune, Yuri Mansur a gravi un à un les échelons du classement mondial. Actuellement 89ème, il s’apprête à s’envoler pour ses premiers Jeux olympiques, associé à Alfons. De passage en France – territoire qu’il affectionne particulièrement – le Brésilien s’est confié sur la période difficile qu’il a dû traverser avec les blessures de ses chevaux de cœur, et sur ses espoirs nippons.

Qu’avez-vous ressenti en apprenant que vous étiez retenu pour Tokyo ?

Je dois dire que c’était un sentiment mitigé. J’étais très content mais aussi soulagé. Quand je suis arrivé en Europe, les choses sont allées très vite. Je termine sans-faute lors de la finale Coupe du monde de Lyon en 2014 et lors du CSIO5* de Rotterdam, puis il y a eu Cornetto K, Babylotte… À cette période, j’ai par moment pensé que les choses seraient faciles. Mais ensuite Babylotte s’est blessée, Vitiki et Ibelle Ask aussi. J’ai été dans une situation difficile ces trois dernières années. J’ai reconstruit, j’ai trouvé la bonne voie pour retourner à la bonne place. Cette année, quand j’ai vu que mon cheval Alfons était vraiment en forme, qu’il avait été très bon à Rome, j’ai eu la pression à La Baule. La pression du travail de toute une vie. Tu sens que tu peux le faire mais imagine que tu n’y arrives pas… C’est une frustration énorme. Quand Philippe Guerdat m’a confirmé que je faisais partie de l’équipe, je me suis senti bien plus léger.

Vous ressentez moins de pression maintenant ?

Oui, tout à fait. Une fois que j’ai su que j’y allais, j’ai encore plus donné le meilleur de moi-même. Mais cette année, au Brésil, il y avait une vraie concurrence. Nous avons eu trois Coupes des nations pour déterminer les meilleurs d’entre nous. À La Baule, je sors avec deux fois un point et ce n’est évidemment pas parfait. Comme pour un Grand Prix, c’est toujours plus difficile de monter l’épreuve qualificative que le Grand Prix lui-même.

Qu’est-ce qui a fait la différence entre vous et les autres ?

Là où j’ai été vraiment intelligent et où j’ai bien travaillé, c’est sur la façon de profiter de la pause forcée de l’an passé. Je n’avais pas Alfons depuis très longtemps. J’ai donc eu le temps d’apprendre à le connaître. J’ai eu aussi beaucoup de chance car j’ai toujours été au bon endroit au bon moment. Quand la pandémie a commencé, j’étais à Wellington, où j’ai pu sauter. Ensuite, j’ai été invité à Saint-Tropez pour l’entraînement et je dois remercier Sadri et Carlos car j’ai pu participer aux seuls CSI5* organisés dans le monde. J’ai pu construire mon cheval et l’amener au plus haut niveau. Cette année, il était vraiment prêt.

Comparé à vos autres chevaux, qu’y a-t-il de différent chez Alfons ?

Je ne sais pas s’il est meilleur. Si l’on compare mes cinq chevaux importants, c’est-à-dire Cornetto K, Babylotte, Vitiki, First Division et Alfons, c’est avec lui que les parcours semblent les plus faciles. J’ai l’impression que je pourrais sauter quatre ou cinq obstacles de plus, même plus hauts. Il est entré dans une routine où tout paraît simple. Je suis serein sur son dos. Et je pense que cela m’a aidé car avec le stress, cela aide de travailler dans le calme.

Quelle est l’histoire d’Alfons ?

C’est une histoire incroyable. Il était en Estonie. Quand Babylotte a eu son problème, nous avons appris que la guérison de sa blessure risquait de prendre plus de temps que prévu. J’ai donc cherché un cheval qui pouvait aider Vitiki, qui était très verte à l’époque, et on m’a proposé ce cheval, Alfons. Il participait au CSI3* pendant la finale Coupe du monde à Paris. Il sautait les petites épreuves. Je l’ai adoré mais je n’ai pas senti qu’il avait les moyens. Les propriétaires me l’ont quand même amené aux écuries. Dans le même camion, se trouvait Ibelle Ask, qui venait de prendre part à la finale. Je l’avais vue à Helsinki, et elle semblait plus faite pour les championnats. J’ai donc proposé la jument à mon sponsor Stutteri Ask et nous avons refusé Alfons. En fin d’année, je l’ai revu sauter à Helsinki, où il gagnait une 1,45 m. Le dimanche, son cavalier prend avec lui le départ du Grand Prix 5* et fait une seule faute alors qu’il n’a que peu d’expérience. Je me suis alors dit que j’avais commis une erreur en ne l’achetant pas. À cette époque, il était cher. Mais ensuite, les problèmes se sont enchaînés. Vitiki, Babylotte et Ibelle se sont blessés… Sept mois après Helsinki, j’étais sans cheval pour le haut niveau. J’ai alors rencontré quelqu’un qui connaissait le cavalier. Le cheval prenait douze ans, c’était le bon moment pour l’acheter. Alors je l’ai fait.

Comment s’organise le travail en équipe ?

L’ambiance va être très sympa. Rodrigo (Pessoa, ndlr), Chico (le surnom de Luiz Francisco Azevedo - interview réalisée avant l'annonce de son remplacement par Pedro Veniss, ndlr) et moi nous côtoyons beaucoup, notamment pendant la tournée en Floride. Marlon (Modolo Zanotelli, ndlr) aussi, je le connais bien puisqu’il a longtemps travaillé et habité chez moi.

L’équipe brésilienne est composée de cavaliers expérimentés. Comment va s’opérer le choix du remplaçant ?

Je pense que tout le monde va sauter au moins un parcours. Tout le monde va se concentrer sur l’équipe. La stratégie va beaucoup compter pour ces Jeux. Même dans les équipes où il y a clairement un numéro 4, on sait qu’il y a toujours un changement possible, comme à la finale de Barcelone.

Quelle est votre relation avec Philippe Guerdat ?

Philippe n’est pas un homme qui parle beaucoup. Il ne cherche pas à changer le cavalier ou le cheval. Il commente, il nous pousse à faire mieux. Je suis personnellement très dur avec moi-même, et j’imagine que c’est le cas de tous les bons cavaliers. Philippe est lui aussi très dur et, du coup, j’ai appris à l’être moins avec moi-même. Cela me fait du bien. Au début, je n’avais pas saisi son mode de fonctionnement et heureusement, j’ai fini par comprendre.

Quel est votre objectif à Tokyo ?

Je ne vais pas à Tokyo pour participer mais concourir. Il faut que tout aille bien le jour J. Mon cheval n’a pas commis une faute dans les trois Coupes des nations qu’il a sautées, il est classé dans les trois Grands Prix. Je ne suis pas favori mais j’ai une chance.