Au bout du suspens, Andre Thieme s’offre l’Europe
dimanche 05 septembre 2021

Andre Thieme remporte ce dimanche à Riesenbeck, avec DSP Chakaria, son premier grand titre de sa carrière
Andre Thieme remporte ce dimanche à Riesenbeck, avec DSP Chakaria, son premier grand titre de sa carrière © Scoopdyga

C’est une finale particulièrement haletante qui s’est tenue ce dimanche après-midi, à Riesenbeck, hôte des championnats d’Europe de saut d’obstacles et devant un public venu en grand nombre. Si Martin Fuchs n’est pas passé loin du doublé, il n’a rien pu faire face à Andre Thieme, porté par son public. Peder Fredricson amasse une nouvelle médaille, cette fois en bronze.

Ce dimanche, la finale individuelle opposait vingt-quatre concurrents dans la première manche sur un premier parcours technique et imposant, surtout sur sa deuxième moitié. La ligne courbe du triple, notamment, demandait une attention toute particulière. D’abord parce que le triple était composé de deux oxers en entrée, séparés par deux foulées, tandis que pour sortir, il fallait franchir un imposant vertical sur palanque situé à seulement une foulée du deuxième oxer. Ensuite parce qu’il était suivi de la rivière, avec le choix de faire six ou sept foulées pour aborder cette rivière et enfin terminer la ligne courbe par un oxer aux teintes dorées, pas évidentes à distinguer pour les chevaux. C’est finalement la ligne finale qui a joué des tours à une bonne partie des concurrents. D’abord avec le double vertical/oxer, dans des couleurs de bois clair, qui portait le n°10. Il a piégé pas moins de sept couples, dont l’Allemand Christian Kukuk et son gris Mumbai (Diamant de Semilly), l’Irlandais Daniel Coyle, sur Legacy (Chippendale Z), le Suisse Steve Guerdat, avec Albfuehren’s Maddox (Cohiba 1198), son jeune compatriote Bryan Balsiger, aux rênes d’AK’s Courage (Chepetto C). Ce dernier sort d’ailleurs de piste avec une faute supplémentaire de sa pétillante jument, sur l’ultime obstacle du parcours. 

« Je n’arrive pas à avoir de regret »

Avant cette première manche, ils étaient sept à se tenir à moins d’une barre de la tête, alors entre les mains de Martin Fuchs. Nicola Philippaerts et Katanga v/h Dingeshof (Cardento 933) vont voir tous leurs espoirs et ceux de la Belgique s’envoler après avoir fauté à deux reprises. Eux aussi n’ont pu éviter une faute en sortie du double n°10 et ont également renversé l’oxer suivant. Seul Français encore en course dans ce championnat européen, Olivier Robert accuse neuf points avec Vivaldi des Meneaux (Chippendale Z). Si une première erreur sur l’oxer n°3 - qu’il a d’ailleurs été le seul à faire tomber - l’a éloigné de la tête du classement, il s’est vu expulsé de la deuxième manche après une deuxième faute sur l’entrée du double, dont la barre du haut a pris le temps de rouler quelques instants sur les taquets avant de s’écraser au sol. « Ce matin, mon cheval était vraiment très bien au travail et tout était parfait, même dans les quelques instants avant de rentrer en piste, tout était vraiment parfait. Au paddock, il n’a pas touché une seule barre et c’est vraiment important pour lui. J’avais mon tracé en tête mais, lors de la détente, entre le premier obstacle et le deuxième, je me mets en dessous. J’aurais aimé faire un troisième saut, j’ai demandé, mais je n’avais plus le temps, il fallait que j’entre en piste, raconte-t-il. Je fais une faute sur le n°3, malheureusement. Ce n’était pas un souci de distance, mais peut-être ai-je trop réfléchi à ce qu’il fallait que je change entre le deuxième et troisième obstacle. Je suis en train de changer certaines choses, mais ce n’était peut-être pas tout à fait le bon parcours pour essayer de changer des choses. Je suis extrêmement déçu en fin de parcours, quand je vois le tableau d’affichage. Lorsque l’on fait tomber une barre, on entend toujours un petit bruit, mais, sur ce parcours, je n’ai rien entendu. Je n’ai pas entendu la faute, j’ai trouvé que Vivaldi se baladait sur la dernière ligne. C’est vraiment dommage. Nous étions en deuxième manche aisément. Mais c’est comme ça. » Pour son premier championnat, le Bordelais termine tout de même à une jolie quinzième place, même si celle-ci ne le satisfait pas totalement. « Lorsque l’on arrive en finale, on ne court évidemment pas pour être quinzième. J’avais vraiment un cheval pour être dans les cinq ou six premiers cavalier de ce championnat et je le dis sans avoir honte ni de mon cheval, ni de moi. Nous étions présents, nous nous étions préparés de manière idéale. Nous avions tout pensé pour que Vivaldi soit autant en forme qu’entre Doha et Madrid. Après ces deux compétitions, il a connu une baisse de forme générale mais il nous fallait tout de même continuer pour espérer une sélection pour ces championnats d’Europe. Et puis, il y a trois semaines, à Londres, il était de nouveau au meilleur de sa forme. Je n’arrive pas à avoir de regret », souligne le cavalier qui aimerait également voir un peu plus de public français dans les tribunes. « Il faut désormais aussi que le public français soit derrière nous. Quand je vois tous les Suédois présents ici à Riesenbeck, en Allemagne, avec tous leurs drapeaux et leurs cris de joie… Il faut que nous arrivions à recréer quelque chose de fort. [...] Aujourd’hui, nous avons un peu un genoux à terre mais il faut se rendre compte de toutes les médailles que l’on a pu avoir ces dernières années. Oui, nous sommes revenus de Rotterdam et Tokyo sans rien, et peut-être qu’il nous faudrait une nouvelle médaille pour recréer une certaine ferveur », conclut-il.

Le jeu des chaises musicales s’est également tenu en tête du classement. En signant chacun un parcours parfait, l’Allemand Andre Thieme, avec DSP Chakaria (Chap 47) et le Suédois triple médaillé olympique Peder Fredricson, venu avec Catch Me Not S (Cardento 933) sont respectivement remontés aux deux premiers rangs, tandis que le bronze provisoire était entre les mains de la jeune grecque Ioli Mytilineou, avec l’époustouflant Levis de Muze (Elvis Ter Putte). La cavalière a signé un magnifique parcours entaché d’un point de temps seulement. En revanche, Pieter Devos, auparavant troisième, était relégué en cinquième position après une faute de Jade vd Bisschop (Ogano Sitte) sur l’oxer n°11, tandis que Martin Fuchs sortait lui aussi de piste avec quatre points, mais accusés cette fois sur l’oxer n°9, placé juste après la rivière, avec Leone Jei (Baltic VDL). Si son erreur le sortait du podium et le plaçait quatrième à ce moment de la compétition rien n’était encore perdu pour lui puisqu’il figurait à 2,47 points de Andre Thieme.

Délicate deuxième manche

Ils étaient douze couples à repartir sur l’ultime parcours proposé par le chef de piste Frank Rothenberger. Celui-ci était composé de dix obstacles, dont un triple, qui s’est avéré particulièrement fautif. Sur les douze concurrents, sept ont laissé une barre à terre, et seulement deux couples ont signé un sans-faute. Le premier est bouclé par Nicola Philippaerts et Katanga, qui font une belle remontée et terminent ce championnat à la cinquième place. Ils sont imités par Christian Kukuk et Mumbai, qui se retrouvent au pied du podium. Chez les autres, les fautes s’enchainent. David Will et C Vier (Cardento 933) fautent à deux reprises, tout comme Pieter Devos et Jade. Steve Guerdat se retrouve même éliminé après deux refus de Maddox sur le mur Longines, placé en n°8, alors qu’il avait déjà renversé les obstacles 2 et 7. Son compatriote Martin Fuchs s’est également fait piéger, sur l’entrée de triple, mais est quand même parvenu à aller décrocher une médaille d’argent, deux ans après son sacre à Rotterdam, mais cette fois avec Leone Jei, âgé de seulement neuf ans ! D’abord parce que tout ne s’est pas bien passé pour la Grecque Ioli Mytilineou, qui aurait pourtant mérité de repartir avec une médaille. Alors qu’elle avait superbement franchi les quatre premiers obstacles du parcours, avec un cheval toujours aussi appliqué que depuis le début du championnat, celui-ci a manqué son entrée de triple et traversé le vertical avant de s'arrêter devant le deuxième élément. Avec déjà huit points supplémentaires au compteur, elle a préféré ressauter l’obstacle n°3 afin de laisser son partenaire Levis sur une bonne note. Un choix des plus respectueux envers son cheval et salué par Ludger Beerbaum en conférence de presse. Il y a fort à parier qu’on revoit ces deux-là à l’avenir, et ce serait fort bien mérité. Ensuite, Martin Fuchs a profité des cinq points de Peder Fredricson, pénalisé pour une barre renversée sur l’obstacle n°2 et quelques dixièmes de seconde de trop. Le Suédois continue sa récolte de médailles puisqu’après avoir remporté l’or par équipe et l’argent en individuel (avec H&M All In) à Tokyo, il s’offre cette fois-ci le bronze, sur le vaillant Catch Me Not S. 

Andre Thieme tient bon la barre

Dernier à s’élancer sur la piste en herbe de Riesenbeck, l’Allemand Andre Thieme avait le droit à un joker puisqu’il comptait un peu plus de sept points d’avance sur son rival suisse. Une marge de sécurité qu’il utilisait (lui aussi !) sur l’entrée du triple, poussé par les antérieurs de DSP Chakaria. Probablement porté par son public, dont on pouvait sentir la tension en tribunes, il n’a plus fait la moindre erreur et remporte pour la première fois de sa carrière le titre de champion d’Europe. Une belle revanche pour celui qui s’était fait dire par Martin Fuchs sur le ton de la plaisanterie « Vous croyiez vraiment que vous pouviez nous battre ? », après la victoire de la Suisse face à l’Allemagne dans la compétition par équipes. Avant les Jeux olympiques de Tokyo le mois dernier, Andre Thieme, quarante-six ans, n’avait jamais participé au moindre championnat. « En marchant la deuxième manche, je savais que le triple allait poser des problèmes, avec ces deux énormes verticaux très vides en entrée, et qu’il allait falloir le monter parfaitement. Mais même en montant parfaitement, il y avait un risque de le faire tomber, explique le nouveau champion d’Europe. Quand je suis entré sur la piste et que j’ai sauté les trois premiers, je me suis dit que c’était mon jour. Bon, ensuite j’ai fait tomber le n°5 et je me suis dit "Aïe on a encore un bout de chemin à faire" », lâchait-il en rigolant, avant de faire l’éloge de sa jument. « Je me sens si chanceux de l’avoir. Elle est incroyable, on a toujours su qu’elle était spéciale mais là, elle dépasse toutes nos attentes. Elle a beaucoup appris à Tokyo, moi aussi, et je suis content que ça se soit passé de cette manière. Je dois dire que déjà ce matin quand je l’ai montée un peu sur le plat, je l’ai sentie très, très fraiche ce qui était déjà un bon signe. »

De son côté, Martin Fuchs, qui comme à Rotterdam en 2019 a gratifié le public de sa petite danse en montant sur le podium, reconnait être passé un peu par toutes les émotions sur cette finale individuelle. « Je suis évident super heureux de reprendre une médaille après ma victoire en 2019, surtout avec un cheval qui n’a que neuf ans. Après la conférence de presse de la compétition par équipe vendredi, Ludger est venu me voir pour me dire qu’on allait se revoir le dimanche, il avait raison !, reconnaissait-il dans un rire. Quand j’ai fait ma faute sur la deuxième manche, je pensais que j’allais rester quatrième. Je ne m’attendais pas à remonter des places et avoir l’argent. Je rentre à la maison avec deux médailles, une en or, l’autre en argent. Aujourd’hui, Andre a été meilleur que moi, mais j’espère être meilleur que lui la prochaine fois. »
Pour Peder Fredricson, cette médaille, bien qu’elle soit une belle récompense, a un peu un goût amer puisqu’il passe à côté de l’argent à cause de son point de temps dépassé. « Juste avant de rentrer en piste, j’ai changé mon plan pour aborder le triple de la meilleure manière possible. Mais après avoir fait la faute sur le n°2, j’ai pris plus de temps pour assurer mon parcours et j’ai pris un point. Mon point de temps m’a coûté très cher aujourd’hui. »

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