CSI4* Saint-Lô : Julien Epaillard, parrain victorieux
lundi 26 octobre 2020

Julien Epaillard Queeletta Saint Lô
L'excellente Queeletta a ajouté une victoire de plus à son palmarès avec le Grand Prix du CSI 4* de St-Lô © Xavier Boudon

Pour sa première édition 4*, le Jumping International de Saint-Lô, version Meeting d'Automne, a sacré l'enfant du pays, Julien Epaillard. Spécialiste de la vitesse, l'actuel n°1 français a confirmé son statut en s'imposant face à un plateau relevé où dominaient les tricolores. S'il fait figure déjà de "vieux renard", le manchois a bien failli se faire damer le pion par deux jeunes cavalières françaises elles-aussi, Juliette Faligot et Nina Mallevaey. Henrik von Eckermann, premier étranger au classement, termine 4ème avec l'ancien cheval de sa compagne Janika Sprunger, King Edward. Le suédois repart d’ailleurs avec le trophée de Meilleur Cavalier.

Après avoir vu passer une vingtaine de concurrents, le public commençait quelque peu à s'inquiéter. Pas de sans faute à l'horizon... Bryan Balsiger (SUI) et l'excellent Clouzot de Lassus fautèrent sur l'avant-dernier, Mathieu Billot sur le dernier, Pénélope Leprévost dès le n°6... Jean-Paul Lepetit, le chef de piste, avait-il vu trop difficile ? La suite lui donna raison. Car même en abaissant le temps accordé de deux secondes après trois passages, le normand parvint à obtenir un nombre de barragistes quasi parfait. Son parcours de 13 obstacles n'était ni gros ni impossible. Il s'agissait juste d'une nouvelle énigme dont seul Jean-Paul Lepetit a le secret. Des fautes réparties un peu partout mais de l'avis général, la ligne 9 vertical / 10 ABC oxer-vertical-oxer sonnait souvent le glas des espoirs des concurrents, rendant la dernière ligne 11/12/13 compliquée et éprouvante. "A la reconnaissance on a trouvé ça haut et difficile" avoue Juliette Faligot, formidable dauphine de ce grand prix. "J'ai vu mon prédécesseur sortir sans faute alors je me suis dit "Bon, y'a plus qu'à !" Pourtant, même le vainqueur du jour a reconnu que l'épreuve était difficile. "Ce parcours demandait beaucoup de précision surtout en fin de tour, très aéré, avec la dernière ligne délicate juste après un triple fatiguant » témoigne Julien Epaillard. "Le parcours était très fin. Jean-Paul Lepetit ne faisait pas l'unanimité avant le concours, certains cavaliers avaient peur de lui (rires). Je le côtoie depuis ma plus tendre enfance donc je connais ses petits pièges. J'avais mis un double de droit à la maison avant de venir et un triple oxer-droit-oxer...c'est marrant, on ne s'est pas parlés pourtant (rires). Il fallait rester lucide jusqu'au bout, gagner du temps au début, prendre son temps à la fin. Il y a eu des fautes un peu partout, et 7 barragistes, c'était parfait."

7 à table

Installée à Bailleul, au nord de Lille, Juliette Faligot n'est certes pas aussi connue que son compatriote mais la qualité de sa jument grise n'a échappé à personne. "J'ai tout tenté" raconte-t-elle. "Elle est tellement respectueuse et intelligente que je ne me suis pas trop posée de questions. Ce n'est que le troisième grand prix 4* qu'elle dispute." Débordante de générosité, Arqana de Riverland a failli annihiler les ambitions de sa partenaire. "J'avais vu le premier barragiste passer devant le n°13 pour aborder le double. Mais elle m'a envoyé le dos tellement haut sur l'oxer que j'ai dû passer derrière." C'est sans doute là que Julien Epaillard, réputé pour ses tracés au cordeau, a pris de l'avance, juste ce qu'il fallait pour s'imposer pour la première fois en indoor à Saint-Lô avec Queeletta. "Cela faisait pas mal d'années que je tentais ma chance" avoue le normand. "Gagner cette année avec une étoile en plus, c'est plutôt bien. Une belle victoire devant mon public, à Saint-Lô, où j'ai vécu tant d'aventures incroyables...c'est toute ma vie." Habitué des finales au chronomètre, Julien a dû tout de même s'employer pour venir à bout d'un duo féminin inattendu. "J'ai vu leurs deux parcours (Juliette et la jeune Nina Mallevaey, ndlr), et celui d'Eckermann qui était moins rapide que Juliette. Je me suis longtemps demandé s'il fallait passer devant ou derrière (ce fameux n°13, option pour aborder le double du barrage, ndlr). Le secret était de bien tourner après l'oxer, où Juliette est passée derrière. Je suis galant mais il y a des limites...! (rires)". Le bon esprit régnait à Saint-Lô aujourd'hui, d'autant que Julien avait une double raison d’être satisfait. Sa protégée Nina Mallevaey, cavalière de l'écurie Chev'El, termine à une très belle 3ème place associée à l'ancienne monture de son coach, Virtuose Champeix. Saint-Lô, probablement le dernier CSI de ce niveau en France et même en Europe d'ici la fin de l'année si l'on en croit les dernières annonces sur la pandémie, a tenu toutes promesses, offrant du beau spectacle et mettant un peu de baume au cœur de toute une filière.

Organiser dans l'adversité

Nul doute que le public saint-lois a savouré le spectacle offert par cette première version 4* du traditionnel CSI automnal. Un événement maintenu au prix d'efforts importants, comme l'a souligné Jean-Claude Heurtaux, président de l'association organisatrice SLCO. "Nous étions à deux doigts de ne pas organiser. La jauge, qui était à 1500 personnes, a été réduite à 1000 mardi soir dans le bureau du préfet. Ces contraintes supplémentaires nous ont mis une pression énorme. Nous avons voulu aller jusqu'au bout afin de permettre à l'économie de la filière de garder la tête hors de l'eau. Il va y avoir environ 1 million d'euros de transactions sur les 3 vacations des ventes NASH, la foire aux foals a permis de vendre plus de 20 poulains, sans oublier les dotations distribuées, tout ceci va être utile dans l'équilibre financier des professionnels." Un bilan positif qu'a également souligné Marc Lefèvre, le président du Conseil Départemental de la Manche, grâce auquel le passage à 4* a été rendu possible. "Je veux souligner la persévérance dont a fait preuve l'équipe de Jean-Claude Heurtaux. Nous tenions à aider l'événement à accéder aux 4*. Nous étions tous d'accord pour maintenir la manifestation quelles que soient les difficultés. Nous avons la chance de disposer d'un outil exceptionnel. Maintenir le concours nous a permis de montrer que nous avions la capacité de proposer ce type d'épreuves." Le soutien de Julien Epaillard, parrain de cette édition, a été d’une aide précieuse. "Il s'est retroussé les manches, nous ne pouvions espérer meilleur parrain" admet Jean-Claude Heurtaux. "Nous avons eu un plateau exceptionnel. Beaucoup de cavaliers m'ont remercié d'avoir organisé. Je leur ai répondu que le meilleur moyen de me remercier, c'était de revenir l'année prochaine." A bon entendeur...!

Meilleure cavalière : Juliette Faligot (FRA).

Meilleur cavalier : Henrik von Eckermann (SWE).

Résultats complets : ICI.