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CSIO5* La Baule : Podium à quatre mené par Beth Underhill dans le Grand Prix
dimanche 08 mai 2022

Yuri Mansur, Beth Underhill, Pierre-Marie Friant et Grégory Wathelet sur le podium baulois
Yuri Mansur, Beth Underhill, Pierre-Marie Friant et Grégory Wathelet sur le podium baulois © Scoopdyga

Au terme d’un scénario improbable, où ils se sont retrouvés à quatre sur le podium, le Rolex Grand Prix - Ville de La Baule est tombé dans les mains de la Canadienne Beth Underhill, associée à Dieu Merci van T & L, devant Yuri Mansur et son revenant Vitiki. Le local de l’étape, Pierre-Marie Friant, partage de son côté la troisième marche du podium avec le Belge Grégory Wathelet.

Ce dimanche, la 61ème édition du Jumping international de La Baule, qui se tient désormais sous les couleurs de l’horloger Rolex, a connu un résultat pour le moins surprenant, tant par le nom de ses lauréats que par leur nombre. Exit l’habituel Grand Prix avec barrage. Désormais, il se court en deux manches, où les treize meilleurs couples de la première s’affrontent lors de la deuxième et où les scores se cumulent. Grégory Bodo, le chef de piste de l’évènement, avait préparé un parcours de quatorze obstacles pour dix-sept efforts avec - comme à son habitude - un tracé technique aux courbes particulièrement délicates, à l’image de celle en forme de S, composée des obstacles 6 à 9. On y trouvait un double vertical-oxer aux teintes vertes pâles en n°6, puis à gauche en n°7 le mur aux couleurs de la ville de La Baule (que les chevaux sautaient pour la première fois du week-end dans cette épreuve), suivi quatre foulées plus loin par un oxer jaune, vert et bleu, et, enfin, à droite, face aux loges VIP, un oxer aux couleurs de RMC. L'enchaînement de ces cinq sauts n’a d’ailleurs pas été évident pour bon nombre de couples. Ils sont en effet vingt, sur cinquante partants, à avoir commis au moins une erreur sur l’un de ces obstacles. La palanque, placée en fin de parcours, en n°13, a également fait grogner le public plus d’une fois. Comme à leur habitude, les spectateurs baulois ont vibré avec les cavaliers, tantôt encourageant leurs exploits, tantôt lâchant de grands "Oh !" en cas de faute.

Des fautes, Harrie Smolders a été le premier à ne pas en commettre. Pourtant, avant lui, des scores lourds s'affichaient au tableau des résultats : vingt-huit points pour Hans Dieter-Dreher, vingt-six pour René Lopez, dix pour Felipe Ramos Guinato, abandon pour Mark McAuley et Mathieu Billot, ou encore élimination pour cause de chute (sans gravité) de Luiz Francisco de Azevedo. Le Néerlandais, lui, s’est joué de toutes les difficultés du parcours avec son Selle Français Bingo du Parc (Diamant de Semilly), déroulant une prestation admirable tant elle était criante de facilité. Ils seront six autres couples à les imiter : Simon Delestre et son fils d’Hickstead, Cayman Jolly Jumper, Pierre-Marie Friant sur Urdy d’Astrée (Bouffon du Mûrier), Yuri Mansur et Vitiki (Valentino), Beth Underhill avec Dieu Merci van T & L (Toulon), Edouard Schmitz aux rênes de Quno (Quo Vados I) et enfin Martin Fuchs et Conner Jei (Connor 48). Pour atteindre le contingent de treize couples en seconde manche, la barre des qualifications s’est étendue à quatre duos sans faute sur les barres mais pénalisés de un à trois points de temps, plus les deux parcours à quatre points les plus rapides, c'est-à-dire ceux de Steve Guerdat et Grégory Wathelet

Improbable deuxième manche 

Qualifié de justesse (pour exactement trois centièmes de seconde !), Grégory Wathelet était le premier à prendre le départ en seconde manche. Le parcours était composé de seulement huit obstacles, incluait trois nouveaux éléments (l’oxer Laiterie de Montaigu, le vertical Hermès et le vertical Rolex) et changeait le triple Rolex de la première manche en double dans la seconde. En selle sur son olympique Nevados S (Calvados Z), le Belge a pris tous les risques et donné des sueurs froides au public tellement ses virages serrés pouvaient virer à la glissade à tout moment. Mais c’était sans compter sur la qualité de son étalon gris de quatorze ans, qui est parvenu à conserver son score de quatre points en réalisant un deuxième parcours sans la moindre pénalité et avec un excellent chronomètre (41’’66). Le ton est donné et Steve Guerdat se lance à la poursuite du Belge avec Vénard de Cerisy (Open Up Semilly). Mais le duo suisse doit s’incliner pour onze centièmes de seconde. La remontada de Grégory Wathelet était lancée. Les parcours s'enchaînent, et les fautes aussi. Le Brésilien Yuri Mansur sera le premier à mettre un coup d’arrêt à la fusée belge en signant le premier double sans-faute.

Quelques minutes plus tard, c’est la Canadienne Beth Underhill qui fait de même avec Dieu Merci van T & L. Il reste alors quatre couples à passer. Pierre-Marie Friant s’élance alors avec son alezan Urdy d’Astrée. Le public retient son souffle et accompagne le Français sur chacun de ses sauts… avant de laisser entendre sa déception lorsque le duo renverse l’avant-dernier obstacle du parcours. Mais au passage de la ligne d’arrivée, un scénario inhabituel saute aux yeux : il se retrouve à égalité parfaite avec Grégory Wathelet, avec un total de quatre points en 41"66. Simon Delestre et l’énergique Cayman Jolly Jumper accusent une faute, tout comme le jeune suisse Edouard Schmitz, vingt-deux ans, aux rênes de Quno, et qui croisait à sa sortie de piste dans le couloir menant à la détente ses compatriotes : Martin Fuchs et Conner Jei. Ils étaient à ce moment les seuls en mesure de détrôner la Canadienne. Très en forme en ce moment, Martin Fuchs figure systématiquement parmi les favoris lorsqu’il se présente sur un Grand Prix. Il y a fort à parier qu’il avait à cœur de briller sur cette piste. Hélas, cette heure n’était pas sienne. Comme quoi même les plus grosses erreurs arrivent aux meilleurs, le Suisse envoie valser la barre supérieure du vertical Hermès à cause d’une georgette et, n’ayant plus rien à perdre, décidera de lever la main deux sauts plus loin. 

Un Grand Prix, de belles histoires

Dans le clan canadien, on exulte : Beth Underhill, qui fêtera ses soixante ans cette année, vient de remporter pour la première fois de sa carrière (et pour sa première participation !), le Rolex Grand Prix de La Baule. Eric Lamaze, qui a raccroché ses bottes il y a quelques mois pour prendre le poste de sélectionneur du Canada, félicite celle à qui il a confié ses chevaux. L’histoire est belle, et la nouvelle lauréate bauloise la raconte en salle de presse : « J’ai repris ma carrière sportive quand Eric a arrêté la sienne. Je ne connais pas Dieu Merci depuis longtemps… peut-être deux mois. Ce n’est que le troisième parcours à 1,60 mètre que je fais avec ce cheval. Il me va bien, il a un gros galop avec une grande action. Quand j’ai vu les noms des vainqueurs sur la plaque (au bout de la tribune principale, ndlr), dont deux fois celui d’Eric, avec Hickstead et Powerplay, je me suis dit que ça serait incroyable d’inscrire le mien dessus. Je n’y croyais pas, mais Eric m’a dit "Fonce, tu peux le faire". Je voulais donner le meilleur de moi-même parce qu’Eric adore notre sport, il nous aide beaucoup et il continue à beaucoup donner. Il adore venir ici, il faut dire qu’il revit sur ce terrain. Je suis encore un peu sous le choc de ce qu’il vient de m’arriver, ça veut dire beaucoup pour nous d’être ici. » Il n’y avait qu’à voir le sourire de Beth bien sûr, mais aussi celui d’Eric Lamaze, venu la rejoindre sur le podium pour sabrer le champagne, ou encore de Tiffany Foster, membre de l’équipe canadienne, pour comprendre que cette victoire représente tout un symbole pour le pays à la feuille d’érable. 

La Baule, symbole de renaissance également pour Yuri Mansur, mais surtout pour son cheval, Vitiki. Il faut dire que l’alezan de quatorze ans revient de très, très loin. En 2018, l’ascension de l’étalon est stoppée nette à Aix-la-Chapelle, où il se fracture une jambe. « On me disait qu’il ne serait plus capable de trotter… alors sauter. Il est resté presque un an en box. Cette épreuve l’a rendu tellement plus fort. Il était bien revenu en 2021 et début décembre, on s’est rendu compte qu’il peinait un peu à l’effort. Il avait un énorme kyste dans le nez et ne pouvait pas bien respirer. Nous l’avons fait opérer pour ça et il avait perdu beaucoup de poids, je pensais qu’il allait mettre beaucoup de temps à s’en remettre. Aujourd’hui, il est là. Chaque parcours avec Vitiki est toujours émotionnel pour moi. Il est phénoménal. Un résultat comme ça est incroyable, il signifie que tous les rêves peuvent devenir réalité. »

Un rêve qui devient réalité, c’est aussi ce qu’a vécu Pierre-Marie Friant. Originaire de la région, le Français, qui courait son deuxième Grand Prix 5* de La Baule termine sur la troisième marche du podium, à parfaite égalité avec Grégory Wathelet. « Je suis content parce qu’Urdy avait eu des petits soucis de santé cette dernière année. Jusque là, il a fait du Grand National, où il s’en sortait très bien (le couple gagnait la Pro Elite de Vichy en avril dernier, ndlr). Ensuite, les championnats de France de Fontainebleau nous ont remis sur la hauteur, où nous terminons quatrièmes. Ce cheval est formidable, je n’ai pas grand chose à lui reprocher. La faute en deuxième manche est sûrement pour moi, j’ai pris trop de risques et je pensais trop à ma courbe derrière. J’ai joué, j’ai perdu… enfin perdu… façon de parler parce que c’est un honneur d’être sur ce podium », concluait le cavalier.

Après une année blanche et une année de restrictions sanitaires, le Jumping international de La Baule a renoué ce week-end avec sa ferveur habituelle, réunissant pas moins de 50 000 spectateurs sur les quatre jours. L’année prochaine, le rendez-vous est donné non pas en mai, mais en juin, du 8 au 11. « C’était une volonté des cavaliers de décaler le Jumping au mois de juin, parce qu’ils aimeraient pouvoir aller s’entraîner sur l’herbe avant de venir à La Baule », expliquait Pierre de Brissac, président du concours.

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