Edward Lévy, cavalier stratège et manager hors pair
mardi 04 août 2020

Edward Lévy et Sirius Black
Edward Lévy, accompagné de Sirius Black, dans ses écuries du Haras de Lécaude © Jessica Rodrigues

Sacré meilleur cavalier du concours lors du CSI 5* de Grimaud il y a tout juste un mois, Edward Lévy est passé à un cheveu de remporter le premier Grand Prix 5* de sa carrière. Pour L’Eperon, il a accepté de revenir sur les bénéfices du confinement et évoque ses espoirs pour l’avenir.

Comme le reste de la population, Edward Lévy s’est retrouvé assigné à résidence à compter du 17 mars 2020. Un confinement qui ne l’a pas trop perturbé, lui qui avait le bras en écharpe depuis une dizaine de jours déjà à cause d’une chute lors du CSI 2* de Royan. Puisque son cavalier maison et ses grooms se relayaient déjà pour monter les chevaux, Edward se contentait de les entraîner, histoire de garder un œil sur ses protégés. 

Du temps pour ses chevaux… et pour lui 

De cette situation inédite, le Normand d’adoption a su tirer les bénéfices. Quitte à rester à la maison, autant en faire une opportunité. La pression des semaines chargées envolée, « on fait des programmes plus étalés, on prend plus le temps », confie-t-il. Du temps pour « décortiquer » les jeunes chevaux, grâce à des séances de gymnastique à l’obstacle ou du travail sur de petits dispositifs. Mais également du temps pour entretenir les plus expérimentés, sans les épuiser. « Les chevaux de tête étaient plus sur du travail en extérieur, on a la chance d’avoir une piste de galop et des chemins en montée qui sont très bénéfiques », souligne Edward. Pour eux, il a été question de sauter un mois avant la reprise des concours, « pour pouvoir se remettre au niveau progressivement ».
Les chevaux n’ont pas été les seuls à bénéficier de ce changement de programme puisqu’Edward a tenu à ce que son équipe et lui puissent également prendre le temps de se relâcher. Les journées ont été réorganisées. Tout le monde commençait plus tôt afin de « se laisser une heure à une heure et demie à partir de 16h30 ou 17h » pour sortir une dernière fois les chevaux en main ou les mettre au paddock, mais aussi pour faire du sport. « Ça nous aère l’esprit et ça ne nous rend pas moins efficaces, au contraire ! », insiste le cavalier, qui avait fait de la course à pied un élément indispensable de sa routine. S’il reconnaît avoir moins le temps d’aller courir depuis le déconfinement, il affirme vouloir conserver l’esprit d’équipe et de proximité qui s’était renforcé au sein de son écurie pendant ces semaines inédites. C'est à se demander si, dans une autre vie, Edward n'aurait pas cumulé des décennies d'expérience dans le management. 

Uno, un diamant brut à finir de tailler

Après de longs mois d’attente, la tournée de l'Hubside Jumping de Grimaud sonnait comme un immanquable retour à la compétition. Et quel retour ! Face à un plateau de cavaliers digne des plus grandes échéances européennes, Edward Lévy a su tirer son épingle du jeu et le meilleur de ses chevaux. Outre, la tonitruante deuxième place de Rebeca LS dans le Grand Prix 5* du 5 juillet, les six classements (sur six épreuves !) de Sirius Black ou encore les deux victoires de Confidence d’Ass (8 ans, Diamant de Semilly x Berlin) dans le 2* pouvaient témoigner de la bonne forme de tous les membres de l’écurie. Ces performances ont permis à Edward d’être sacré meilleur cavalier du concours… une distinction qu’on pourrait presque renommer "n°1 mondial du déconfinement". Mais la véritable récompense du cavalier réside en la facilité qu’ont eue ses chevaux sur la piste : « Je n’ai pas eu l’impression d’être à 100 %, je sentais que mes chevaux n’étaient pas dans la douleur, ils avaient encore une marge pour se donner davantage ».
Parmi ceux qu’il a senti en nette progression, Uno de Cerisy. Un cheval qu'il affectionne tout particulièrement. On sent même une pointe d’admiration lorsqu'il parle de lui. « Il a toujours été un cheval extrêmement performant, souligne-t-il. Il se donne énormément, parfois trop tellement il est respectueux et je le travaille pour qu’il ait moins à forcer sur les barres. » Un travail qui semble payer puisqu’Edward a trouvé « que dans cette tournée de Grimaud, il s’était vraiment relâché. Il a sauté le Grand Prix 4* avec beaucoup de facilité et a terminé 5ème ». Propriété d’Olivier Nogier, le fils d’Open Up Semilly fait assurément partie des chevaux de tête du cavalier, qui espère pouvoir compter sur lui pour encore longtemps.

Ici, c’est Paris

L'effervescence olympique devrait actuellement se faire sentir tout autour du globe. Impossible donc de ne pas évoquer Tokyo avec Edward. Ce report peut-il être une chance pour lui ? Il répond en toute franchise : « Je pourrais dire « Oui, j’ai trois excellents chevaux et je pense qu’ils ont tous leur place » mais je ne pense pas pouvoir répondre ça ». Si ses rêves sont faits de championnats, Jeux Olympiques compris, la construction de sa structure sportive l’oriente davantage vers Paris qu’au Japon. « Je suis surtout en train de construire un système avec mes partenaires : ShowJump, le haras de Lécaude, Simon Lorrain et Olivier Nogier sont déjà bien ancrés dans le haut niveau. J’ai aussi le haras de Brullemail et l’élevage du Seigneur qui me confient de très, très bons jeunes chevaux qui constitueront aussi l’avenir. » En attendant de peut-être faire partie d’une équipe olympique, Edward Lévy prévoit de se rendre ce week-end au CSI 3* d’Opglabbeek avant de concourir à Deauville mi-août, puis de retourner à Grimaud pour deux semaines.