Federico Fernandez : « Survivre à ce crash d’avion a bouleversé ma vie »
jeudi 23 juillet 2020

Federico Fernandez et Landpeter do Feroleto dans la Coupe des nations de Dublin 2018
Federico Fernandez et Landpeter do Feroleto dans la Coupe des nations de Dublin 2018, remportée par le Mexique © Marie-Juliette Michel

Si le Mexique ne fait partie de ces “grandes nations” de cheval, il serait faux de croire que ce pays d'Amérique centrale ne comporte pas de passionnés d'équitation. C’est le cas de Federico Fernandez, cavalier de saut d’obstacles dont l’histoire peut se résumer en deux mots : amour et persévérance.

Une histoire de famille

J’ai commencé à monter parce que j’ai toujours aimé les animaux. L’un de mes oncles avait des chevaux et j’ai commencé à les monter quand j’allais le voir. J’ai ensuite poussé ma famille à me soutenir dans le sport”. C’est au Mexique que Federico Fernandez fait ses premières gammes et débute sa carrière sportive, gravissant petit à petit les échelons, avant de s’illustrer parmi les plus grands.

En 2014, il prend la décision de déménager en Europe avec sa femme, Paolo Amilibia. “Nous avons des écuries à Anvers où nous sommes basés quand nos chevaux sont en Europe. Nous passons à peu près six mois dans chaque partie du monde. Ma femme m’aide beaucoup, elle m’aide pour le travail sur le plat des chevaux, s’occupe de toute la logistique dans les écuries et rend les choses bien plus faciles !”. Un soutien appréciable puisque, comme d'autres cavaliers mexicains (à l'instar de Patricio Pasquel et Eugenio Garza Perez, avec lesquels il partageait la victoire dans la Coupe des nations de Dublin en 2018), il ne vit pas uniquement des revenus tirés des chevaux. Il s'occupe, en parallèle de sa carrière sportive, d'entreprises offrant des services administratifs et financiers à d'autres compagnies. Pour gérer de front ces différentes activités, "il faut être très organisé. Dans mon cas, j’ai un autre travail à côté et je dois vivre ma passion avec toutes les possibilités qui peuvent s’offrir à moi. Cela demande beaucoup d’efforts, mais le travail paie”.

Le récit d’un survivant

La vie n’a pas été tendre avec Federico qui, en 1987, alors à peine âgé 20 ans, survit à un dramatique crash d’avion alors qu’il se rendait aux championnats Jeunes Cavaliers. Peu de temps après le décollage, l’avion qui le transportait lui, ses coéquipiers et leurs chevaux, rencontre des problèmes techniques et heurte des fils électriques, donnant lieu à une explosion avant qu’il ne s’écrase sur une autoroute mexicaine, s’abattant sur une station essence et un restaurant. Les victimes ont été nombreuses, même si aucun nombre définitif n’a pu être donné. Parmi les passagers à bord du vol, seuls sept, dont Federico ont survécu, et seul un cheval s’en est sorti.

Federico reprend conscience au milieu des flammes et une fois sorti de l’appareil, a comme premier réflexe de retirer son t-shirt, en feu. Conduit à l’hôpital pour grands brûlés de Galveston au Texas, son combat commence : ses poumons arrêtent de fonctionner, il est plongé pendant un mois dans le coma, et passe six mois à l'hôpital. Il y affronte une brûlure au troisième degré, et doit subir opération sur opération, menant à une reconstruction du visage. Au total, Federico endure une cinquantaine d'opérations sur trente ans. Les conséquences de ce drame sont encore présentes aujourd’hui. Atteint à la pupille, le cavalier mexicain ne peut concourir sous une forte lumière artificielle, l'empêchant donc de participer à la plupart des compétitions indoor. "Survivre à ce crash d’avion a bouleversé ma vie quand j’étais jeune. J’avais 19 ans et je peux vous dire que maintenant, avec le recul, cela m’a apporté beaucoup de bonnes choses. Cela m’a montré que vivre était profiter et être heureux et qu’il était très important de ne pas trop se préoccuper de choses qui n’en valent pas la peine. Je peux vous dire que depuis, je suis un homme très heureux".

Un amour inconditionnel pour les chevaux

Le sort s’acharne pourtant, puisque Federico subit  une mauvaise chute il y a plusieurs années, alors qu’il montait un jeune cheval. Il en ressort avec une vertèbre cassée et un séjour de trois semaines à l'hôpital, suivi d’un mois de convalescence. Un coup dur, puisque selon son médecin à l'époque, il ne pourrait plus jamais monter a cheval. Il déjoue pourtant les pronostics et sa rencontre avec Guru, un cheval de sport irlandais, signe son retour au plus haut niveau. Aujourd’hui, la fin de carrière semble avoir sonné pour le hongre de 15 ans que l’on n’a pas vu sur les terrains de concours depuis l'été 2019. “Guru est un cheval qui a beaucoup donné. Il s’est remis d’une blessure l'année dernière et même s’il va bien, je ne le sens pas avec la même envie qu’avant pour le sport”. La relève est tout de même présente, et il peut compter sur Davidoff, un hongre de 11 ans seulement : “C’est un cheval qui a tout juste commencé les Grands Prix en 2019 et j’ai de grands espoirs en lui”, mais aussi sur Grand Slam, un gris de 12 ans passé sous sa selle cette année.

Aujourd'hui âgé de 52 ans, Federico totalise trois participations aux Jeux Olympiques, six aux Jeux Equestres Mondiaux, une en finale Coupe du monde et trois aux Jeux panaméricains. Il remporte d’ailleurs l’argent par équipe de ces derniers en 2003 à Santo Domingo avec Bohemio, et termine cinquième en individuel - son plus beau souvenir encore aujourd’hui -. Plusieurs décennies après ses débuts à cheval, quel est le secret du Mexicain pour sa longévité dans le milieu ? “Cela montre simplement que j’adore vraiment les chevaux, ils sont l’amour de ma vie. J’aimerais faire une nouvelle belle performance en championnat avant de partir à la retraite”.