Grand National FFE : le bilan après 13 saisons
lundi 23 novembre 2020

Olivier Robert
Olivier Robert est un habitué du Grand National, il en a profité pour lancer pas mal de ses cracks dont Vangog du Mas Garnier © Xavier Boudon

Lancé en 2008 par la Fédération Française d’Equitation, le circuit du Grand National FFE clôture tant bien que mal sa 13ème saison d’affilée. Conçu pour servir de tremplin aux couples français sur la voie du haut niveau, il a également permis de développer un concept bien connu dans d’autres sports : la notion d’écurie aux couleurs d’un ou plusieurs sponsors. Treize ans après les débuts, le Grand National FFE a-t-il trouvé sa place sur le circuit ? A-t-il réellement permis à des cavaliers de se hisser à haut niveau ? Sert-il encore à quelque chose à l’heure de la multiplication des internationaux ? La réponse avec les premiers intéressés, les cavaliers.

Cette saison 2020 fut évidemment chahutée par la crise sanitaire. Mais grâce à la réactivité de la FFE et des organisateurs, l’essentiel a été préservé. 11 étapes auront été disputées, et seule celle prévue dans le cadre d’Equita’ Lyon aura dû être annulée. A quelques jours de l’ultime Grand Prix (Mâcon-Chaintré du 3 au 6 décembre), force est de constater que du point de vue statistique, les chiffres sont plutôt corrects. 76 écuries se sont inscrites, contre 93 l’an passé. Une baisse importante certes, mais à mettre en regard de la crise actuelle qui, outre les cavaliers, a refroidi également les partenaires privés. Globalement, ce nombre a augmenté de 2008 (45) à 2014 (80, année des JEM de Caen), puis a connu un pallier en 2015 (année de l’intégration du 3ème cavalier junior ou jeune cavalier) pour ensuite repartir à la hausse pour atteindre son apogée en 2018 avec 114 écuries (!). Certaines sont là depuis le début, à l’instar de les écuries Equin Normand ou Ar Tropig, d’autres n’en sont qu’à leur première saison.

La rampe de lancement idéale ?

Le sentiment général est donc plutôt positif, surtout lorsque l’on constate que la vocation du Grand National FFE a bien porté ses fruits. En témoigne Olivier Robert, désormais membre de l’équipe de France. « Je suis un fervent défenseur de ce circuit » dit-il, « mes bons chevaux de l’époque comme Raya ou Quenelle (au début du Grand National FFE, ndlr) se sont construits à 8 et 9 ans sur le circuit. En ces temps de crise, j’estime que c’est exceptionnel de disposer de ces épreuves pour faire évoluer les chevaux, mais pas seulement. Nous sommes bien contents, quand nous avons des chevaux tournant en 4*/5*, de leur offrir une bouffée d’oxygène sur le Grand National plutôt que d’aller courir des 1,45m vitesse dans des concours où ça n’apporte rien. » Même son de cloche chez Edward Levy, la valeur montante des Bleus. « Je m’en suis servi pour lancer beaucoup de chevaux » explique-t-il. « Pouvoir sauter un Grand Prix 1,50m toute l’année, cela équivaut à un CSI3* avec en plus la possibilité d’engager trois chevaux sur cette épreuve et bien plus sur l’ensemble du week-end (il en montait 13 à Saint-Lô, ndlr). Beaucoup de jeunes se forment dessus. »

Être suréquipé pour rentabiliser

« Quand le circuit a été lancé, il y avait beaucoup moins d’internationaux » témoigne Hubert Pignolet. « C’était donc ce qui se présentait de mieux. Depuis les choses ont évolué, notamment notre piquet de chevaux, un peu moins fourni qu’à une époque. Désormais, sur le plan financier, c’est presque plus intéressant de disputer un international où il y a un cheval par cavalier, qu’un Grand National, où certains engagent trois chevaux. La concurrence est plus importante. Dans les CSI2* avec deux épreuves ranking les premiers jours, vous avez la possibilité de gagner un peu. Dans une étape du Grand National, les grosses épreuves du vendredi et samedi sont grosses et n’offrent pas de dotation suffisante. Par contre, d’un point de vue technique, elles sont formatrices, c’est évident »

Un concept rémunérateur

Outre le côté formateur, l’autre argument de poids repose sur les sur-dotations, élément de motivation pour les cavaliers qui ont misé sur ce circuit ; à la fois grâce aux primes versées sur chaque Grand Prix et à celles distribuées en fin d’année aux meilleures écuries du classement général. « Des voix concordantes disent que les engagements sont trop chers. C’est toujours trop cher mais quand on prend un prix créé à 800€, c’est exceptionnel » admet Olivier Robert. « J’ai étudié le coût d’organisation d’un concours avec des amis organisateurs. Ils ne peuvent pas baisser le prix des engagements s’ils ne veulent pas perdre d’argent. C’est normal. Ce qui m’aurait davantage gêné, c’est que nous basculions dans un système de prix créés ridicules comme nous avons en internationaux. » Pour Edward Levy, « l’équipe du Grand National fait au mieux. Il y a quand même 20 000€ dans le Grand Prix, plus une prime pour le classement général, de belles épreuves à côté… J’en suis vraiment satisfait. » Alexis Gautier a quant à lui constaté que si le niveau avait baissé, c’était en grande partie dû à une nécessité économique. « Les organisateurs ont eu tendance à baisser le niveau pour augmenter les engagés. C’est encore le cas aujourd’hui avec des régions où l’on voit beaucoup de 1,40m/1,35m/1,30m bien dotées pour faire venir du monde, ce que je comprends. Mais ça ne fait progresser ni les chevaux ni les cavaliers. » Un niveau de dotation qu’il faudrait peut-être revoir si l’on veut maintenir l’intérêt sportif du circuit, comme le laisse entendre Hubert Pignolet. « Sans bons cavaliers, le niveau général va baisser à nouveau. Avec deux épreuves préliminaires dotées à 20 000€, les meilleurs seraient incités à participer, ce qui tirerait l’ensemble vers le haut. Aujourd’hui, quand votre cheval saute la 1,45m à barrage du vendredi, il a déjà fourni un gros effort et gagné pas grand chose ». En tête du circuit 2020 avec Julien Gonin, Olivier Robert a préféré venir à Saint-Lô plutôt que de rester un week-end de plus à St Tropez. « C’est un circuit très rémunérateur » insiste-t-il. Ce d’autant qu’il n’y a désormais plus d’autres Grands Prix à 1,50m en dehors de celui-ci, notamment en Normandie où, il y a encore une vingtaine d’années, se tenaient quelques uns des plus beaux grands prix nationaux. « Il y a 25-30 ans, il y avait moins de CSI » raconte Alexis Gautier, présent sur le circuit depuis le début. « Sur les gros nationaux, il y avait des sélections en équipe de France. Dix ans avant l’arrivée du Grand National, j’avais gagné le Grand Prix de Ste Mère Eglise et hop, j’avais été qualifié pour La Baule. Ensuite, le niveau national a baissé. Sans le Grand National, le niveau français serait au plus bas. »

Et le commerce dans tout ça ?

« En internationaux, certains chevaux sont un peu bloqués dans les 1,40m parce qu’on a toujours un cheval plus expérimenté à mettre dans les grosses épreuves. Ici, on a le choix avec 3 places et c’est bénéfique pour le commerce » avoue Edward Levy. Le Normand Alexis Gautier ne fait pas tout à fait la même analyse. « Le commerce s’est mondialisé » explique-t-il. « Les étrangers vont plus regarder les résultats FEI que les nationaux. Le but premier du Grand National n’est pour moi pas d’aider à la commercialisation. » Hubert Pignolet, à la tête du Haras d’Elle avec son frère Bertrand, fait le même constat. « Les acheteurs consultent ClipMyHorse, la base de la FEI...quand vous voulez vendre un cheval de bon niveau (1,40m et plus, ndlr), vous devez opter pour les CSI2* et plus. Je n’avais pas conscience que cela avait un tel impact » avoue le Manchois. 

Le Grand National FFE, le labo des Bleus ?

Bien qu’ayant évolué depuis sa création, le circuit a toujours intégré dans son programme type un petit grand prix 1,40m en préambule du Grand Prix. Objectif : permettre à des jeunes – cavaliers et chevaux – de s’aguerrir dans les meilleures conditions techniques possibles face à des couples expérimentés. « Il y a une marche importante entre les deux épreuves » déclare Olivier Robert. « Mais le parcours est construit comme un Grand Prix. Tout le programme est fait de telle manière qu’ils ont à disposition un outil de travail fabuleux. » En témoigne l’évolution des chevaux d’Edward Levy comme Sirius Black (dont la première victoire fut sur le circuit Grand National), Drag du Buisson Z ou Uno de Cerisy. « Le Grand National est l’étape parfaite pour un cheval destiné au haut niveau » explique leur cavalier. Pendant une saison, Alexandra Paillot, alors encore jeune cavalière, a évolué sur le Petit Grand Prix des étapes du circuit. « C’est comme ça que j’ai remporté mon premier Grand Prix Elite à l’Etrier de Paris. A cet âge-là, pouvoir accéder à ce niveau d’épreuve et être repéré, c’est quand même une chance. Lorsqu’on a moins de 21 ans, on n’a pas accès aux CSI3*, c’est donc bien de pouvoir se tester sur ces hauteurs et ce niveau de technicité. » Il y a même désormais des écuries menées par de jeunes talents, comme Mégane Moissonnier ou Ilona Mezzadri. De quoi préparer la relève des Bleus.