Julien Epaillard : “J’ai un piquet de fou”
lundi 21 juin 2021

Julien Epaillard et Usual Suspect d'Auge
Julien Epaillard et Usual Suspect d'Auge © Hubside Jumping/Stefano Secchi

Après deux week-ends de compétition à Grimaud et pas moins de huit victoires dans son escarcelle, Julien Epaillard revient sur ses performances, décrit la grande qualité de son piquet de chevaux et explique comment il a simplifié son système au fil des années.

Huit victoires en deux week-ends, cinq du 11 au 13 juin, et trois du 18 au 20. Nul doute n’est permis, c’est peu dire que le Tricolore est en forme et toujours aussi motivé à l’idée de faire du haut niveau. “J’espère gagner ailleurs qu’à Grimaud cette année quand même”, sourit le cavalier de 43 ans. Difficile d’en douter : Julien admet avoir un excellent piquet de chevaux, certains d’expérience, d’autres encore en devenir, mais déjà compétitifs. “Usual, Solero, Billabong… ce sont des chevaux qui sont très rapides naturellement. Et puis je fais toujours très attention à mon tracé, je regarde où enlever une foulée. J’essaie aussi de tromper mes chevaux le moins possible pour gagner leur confiance. C’est primordial. Si tu leur mets une barre dans les pattes au paddock ou que tu te plantes de temps à autre de distance, à un moment, ça ne passe plus. J’essaie d’avoir toujours la même distance pour caler des repères.

Solero MS : quatre victoires sur quatre épreuves courues

Outre Usual Suspect d’Auge (Jarnac), cheval issu de son élevage, âgé de 13 ans, Julien peut compter sur quelques “jeunes” recrues, et notamment Solero MS (Silvio), quinze ans, qui a concouru pendant plusieurs années sous la selle de Michel Hécart. Ce dernier l’a récemment confié à Julien. Sur les deux week-ends de compétition, le cheval a gagné les quatre épreuves auxquelles il a pris part. “Solero est un cheval qui a beaucoup de métier, et qui a participé à quelques Grands Prix 3* avec Michel, indique Julien. C’est un cheval très compétitif, hyper respectueux. Le but, aujourd’hui, c’est qu’il gagne sa vie en concours. Nous le gérons comme un cheval de quinze ans : il ne fait pas plus de deux parcours par week-end et pas au-delà d’un mètre cinquante. Nous ciblons bien les épreuves. Le but n’est pas forcément de le commercialiser. Après, si nous avons une proposition sympa pour qu’il parte dans une boutique sympa, pourquoi pas…

“Je crois beaucoup en Billabong”

Hormis Solero, Julien dispose également de Billabong du Roumois, un fils de Mylord Carthago, qui a rejoint ses écuries il y a trois semaines environ.  Ce hongre de dix ans est né chez Philippe Bertho et a notamment évolué sous la selle de son fils Clément. “Après avoir fait de belles épreuves, allant notamment jusqu’au niveau Grand National, Clément a souhaité partir voir du pays. On dit que les voyages forment la jeunesse”, sourit Julien. C’est ainsi que le fils de Mylord Carthago est arrivé sous la selle de Normand, avec de prompts premiers succès : “Billabong n’avait pas fait de concours depuis deux, trois mois mais il s’est vite mis dans le bain. Le premier week-end, il est sans faute dans la 140 et gagne la 145. Dans le Grand prix du 3*, je fais 4 points au barrage et il se classe troisième. Le deuxième week-end, il fait quatre points dans une épreuve 150, puis un très beau sans faute le lendemain, dans une 150 à barrage. Le dernier jour, j’ai pris un peu trop de risques, il fait 4 points au barrage… C’est un très bon cheval qui va sauter 160, j’y crois beaucoup. Il doit encore s’adapter quelque temps à ma méthode - notamment parce que, comme tous les autres chevaux, j’ai choisi de la déférer et qu’il n’est pas encore 100% à l’aise -, mais ce sera un cheval pour aller sauter les vrais Grands Prix…”

Calgary Tame, la bonne base d’Eugénie Angot

Autre cheval en devenir, Calgary Tame, un fils du tout bon Old Chap Tame, qui a évolué sous la selle d’Eugénie Angot. Calgary est d’ailleurs la propriété d’Eugénie et de Cédric Angot et a été démarré par l’amazone, qui a choisi de confier sa monture aux bons soins de Julien. “J’ai beaucoup de chance que l’on pense à moi dans ce genre de cas de figure, admet Julien. Calgary, qui a neuf ans, a eu deux saisons assez calmes, notamment avec l’épidémie de rhino cette année. Je l'ai récupéré à Oliva, en début d’année, et c’est un vrai petit crack. Il évolue crescendo. Eugénie est une super cavalière et elle m’a confié le cheval clef en main : il a d’excellentes bases de dressage et il n’a jamais été trompé, donc le démarrage a été assez rapide. Il y a quinze jours, il gagne une épreuve 150 le vendredi, et on connaît une petite mésentente dans le Grand Prix 4*. Ce week-end, j’ai choisi de le redescendre un peu, car je ne veux pas aller trop vite. C’est un cheval très respectueux et il a encore besoin de prendre de l’expérience. Cette année, le programme devra encore s’adapter à son apprentissage et ses besoins. Nous serons encore sur une année de transition.

Un programme qui s’adapte aux chevaux

Hormis ces trois chevaux qui évoluent depuis peu sous sa selle, le pilote peut également compter sur Cheyenne d’Auge (Guarana Champeix), une jument de neuf ans issue de son élevage. “Elle a fait son premier Grand Prix à Bourg-en-Bresse et a fini avec deux fautes. Elle a un vrai potentiel.” Julien l’admet, il a “un piquet de fou”, avec trois chevaux pour faire Grand Prix 5*, Queeletta (Quality), Kosmo Van Hof Ter Boon (Arko), tous deux propriétés de l’écurie Chev’El, et Usual Suspect d’Auge (Jarnac), fruit de son élevage, et trois autres pour faire Grand Prix 4* : Cheyenne d’Auge, Billabong et Calgary. Le Normand est ainsi plutôt bien loti ! “J’ai des chevaux d’expérience et un excellent lot de chevaux en devenir. J’ai également quelques bons huit ans et matière à espérer rester à haut niveau. J’ai également quelques chevaux d’âge, qui me permettent de classer 145, tel Safari d’Auge (Diamant de Semilly). Ce piquet étoffé me permet de bien gérer le programme de chaque cheval et de faire en sorte de rester compétitif, même si l’un d’entre eux a besoin d’un break. D’ailleurs, je simplifie de plus en plus mon système, et je fais un peu comme les Anglais : si je sens qu’un cheval est en forme et a le moral, il fait du concours. Dans le cas inverse, il passe deux mois aux champs. Queeletta a eu une petite baisse de forme, je le sentais dans son état général, elle avait moins le moral… Elle a pris quelques semaines de vacances. Bon, elle est aujourd’hui un peu grassouillette, mais va très bien. Il faudra juste qu’elle perde quelques kilos avant de repartir en concours… De façon générale, à l’instar du fait de déferrer les chevaux, j’ai arrêté les prises de sang et les infiltrations. Je reviens à des choses plus naturelles, plus basiques, n’en déplaise à certains lobbies...” 

GCT et championnats d’Europe

Julien Epaillard, l’un des cavaliers tricolores les plus en forme du moment, peut donc espérer encore pas mal de classements à venir. S’il admet apprécier le circuit du Global, il ne reste pas fermé à honorer d’autres rendez-vous, notamment en équipe de France si l’occasion se présente. “Le Global est un beau circuit, très bien doté, qui a forcé d’autres concours à évoluer, précise Julien. J’ai aujourd’hui un propriétaire qui a une équipe et qui m’y a intégré. J’honore donc cette opportunité. Pour autant, je reste ouvert aux opportunités de représenter notre pays en compétition qui pourraient se présenter. Comme Kosmo s’est blessé, je n’ai malheureusement pas pu participer aux Coupes des Nations cette année. C’est le destin... Cela aurait pu être une bonne préparation pour les championnats d’Europe. Cette échéance me semble aujourd’hui compromise, mais les choses peuvent toujours changer d’ici là. Les plans se font en fonction des chevaux et comme toujours avec les chevaux, on ne sait jamais...”