La Suisse sur le toit de l'Europe
vendredi 03 septembre 2021

L'équipe suisse, composée de Bryan Balsiger, Martin Fuchs, Steve Guerdat et Elian Baumann, ici avec le chef d'équipe Michel Sorg, remporte l'or e...
L'équipe suisse, composée de Bryan Balsiger, Martin Fuchs, Steve Guerdat et Elian Baumann, ici avec le chef d'équipe Michel Sorg, remporte l'or européen © Scoopdyga

Ce vendredi, sur le podium des championnats d’Europe de saut d’obstacles, les vestes rouges étaient à l’honneur. Au terme d’une finale haletante, la Suisse est parvenue à transformer son essai et remporte l’or européen, devant les Allemands, portés par leur public. Les Belges, tenants du titre, ne rentrent pas non plus les mains vides puisqu’ils montent sur la troisième marche du podium, synonyme de bronze. Les Bleus, quant à eux, terminent sixièmes.

Ils se tenaient déjà en tête de la compétition hier soir, après la première manche. Aujourd’hui, les Suisses ont confirmé sur la piste en herbe de Riesenbeck, malgré quelques déconvenues qui ont maintenu le suspens jusqu’à la toute fin de l’épreuve. En effet, en mettant trois barres à terre avec Campari Z (Contact v.d. Heffinck), Elian Baumann laissait peu de marge d’erreur à ses compatriotes suisses, qui ont passé toute l’épreuve au coude à coude avec l’Allemagne. Ces derniers ont d’ailleurs mis la pression à leurs voisins en réalisant deux parcours parfaits lors des deux premières rotations. Le premier était signé par Andre Thieme, sur DSP Chakaria (Chap 47), tandis que Marcus Ehning - auteur une fois de plus d’une démonstration comme lui seul sait les faire - enfonçait un peu plus le clou avec le bondissant Stargold (Stakkato Gold). Il faudra attendre le parcours de Christian Kukuk, auteur de quatre points en selle sur Mumbaï (Diamant de Semilly), pour resserrer encore plus le duel. Car de leur côté, les Suisses étaient loin d’avoir dit leur dernier mot. En effet, aussi bien Bryan Balsiger, venu avec son expressive grise AK’s Courage (Chepetto C), que Martin Fuchs, aux rênes de Leone Jei (Baltic VDL), ont laissé toutes les barres sur les taquets. Avant la dernière rotation, les deux équipes avaient moins de quatre points d’écart, l’avantage allant à la Suisse. Dès l’entrée en piste de David Will, le silence est retombé dans le public, forcément acquis à la cause du cavalier allemand. Au fur et à mesure qu’il franchissait les obstacles, le silence s’alourdissait, jusqu’au double de verticaux, placé en avant-dernier. Alors que C Vier (Cardento 933) s’était parfaitement tiré des difficultés du parcours tracé par Franck Rothenberger, il n’a pu empêcher une touchette sur l’entrée de ce double aux teintes jaune-orangées, laissant échapper un cri de rage dans le public. Avec ces quatre points ajoutés au compteur de l'Allemagne, la Suisse bénéficiait d’un peu d’air avant le passage de son pilier, Steve Guerdat, puisqu’il avait le droit de faire tomber une barre pour assurer l’or à son équipe. Une marge de sécurité qui s’est avérée nécessaire puisqu’il n’a pu éviter la faute sur l’oxer n°9, sur Albfuehren’s Maddox (Cohiba 1198). Explosion de joie dans le clan suisse, qui s’offre le titre européen alors qu’aucun de ses chevaux n’avait participé à un championnat jusqu’ici. Un sourire et une bonne humeur retrouvés après la déception des Jeux olympiques et qui les ont suivis jusqu’en conférence de presse, où ils se sont mis à pleurer de rire suite à un enchainement de blagues impossible à relater tant elles sont nombreuses. « C’est clairement l’interview la plus drôle qui m’ait été donnée de faire », soulignait d’ailleurs le jeune Bryan Balsiger. 

Les Suédois plongent, les Belges en profitent 

Troisièmes hier à l’issue de la chasse et de la première manche, les Suédois ont eu un jour sans, pénalisés de seize points supplémentaires ce vendredi, qui les relèguent au pied du podium. Seul Peder Fredricson est parvenu à tirer le meilleur de sa grise Catch Me Not S (Cardento 933), alignant le seul 0 de sa nation et effaçant donc l’un des trois parcours à huit points de ses coéquipiers. Aussi bien Douglas Lindelöw/Casquo Blue (Chacco-Blue), Angelica Augustsson Zanotelli/Kalinka van de Nachtegaele (Epleaser van’t Heike) que Rolf-Göran Bengtsson/Ermindo W (Singapore) ont laissé deux barres à terre à l’issue de ce parcours. En revanche, la Belgique (probablement portée par un groupe d’une dizaine de supporters très bruyants !) a livré une prestation parfaite puisque ses quatre couples ont tous réalisé un parcours parfait. Ce soir, Pieter Devos/Jade vd Bisschop (Ogano Sitte), Jos Verlooy/Varoune (Verdi TN), Olivier Philippaerts/Le Blue Diamond v’t Ruytershof (Plot Blue) et Nicola Philippaerts/Katanga v/h Dingeshof (Cardento 933) ont ajouté une nouvelle médaille au palmarès du Plat Pays. 

De leur côté, les Français terminent sixièmes. Un résultat « qu’on ne peut pas qualifier de satisfaisant » selon le sélectionneur national Thierry Pomel. Après les quatre points de Pénélope Leprévost, sur GFE Excalibur de la Tour Vidal (Ugano Sitte), et de Mathieu Billot, avec Quel Filou 13 (Quidam’s Rubin), Olivier Robert a remonté le moral des troupes en bouclant un sans-faute. Avec Vivaldi des Meneaux (Chippendale Z), il parvient à se qualifier pour la finale individuelle de dimanche et se retrouve pour l’heure sixième au classement provisoire, à moins d’une barre de la médaille d’or, pour l’instant entre les mains de Martin Fuchs. En revanche, la déception était palpable pour Kévin Staut. Malgré son expérience, le pilier de l’équipe de France a laissé quatre barres à terre avec Visconti du Telman (Toulon).* 

Époustouflante Ioli Mytilineou

Engagée en individuel, la cavalière grecque Ioli Mytilineou vit en ce moment à Riesenbeck son premier championnat d’Europe Seniors. Et quel championnat ! À seulement vingt-quatre ans, elle réalise une superbe performance, défiant les plus grands noms de la discipline, aux rênes de Levis de Muze (Elvis Ter Putte), un étalon BWP de seulement dix ans. Vingt-deuxième à l’issue de la chasse mercredi, le couple n’a pas touché une barre des deux manches suivantes, qui se sont déroulées hier et aujourd’hui. Avec un total de seulement 3,64 points, le duo grec pointe ce soir à la quatrième place provisoire. « Honnêtement… je n’ai pas les mots. C’est juste incroyable, s’étonnait encore Ioli après son parcours. En venant ici, vous voulez forcément être sans-faute, mais le faire réellement… ça semble impossible ! Bien sûr que je voulais être sans faute, mais dans ma tête, je me disais que je ne le serais jamais. »
Un succès qu’elle dédie grandement à son partenaire, qui est un véritable membre de la famille Mytilineou. « Mes parents aiment mon cheval au moins autant que je l’aime. Je pense que si je décidais un jour de le vendre, ils ne me laisseraient pas faire. Porky (le surnom de Levis de Muze, ndlr) mérite tellement d’être là ! Je suis venue ici pour montrer à tout le monde à quel point il est exceptionnel. Les gens qui le connaissent depuis longtemps le savent, mais de venir ici et de faire ce qu’il fait, c’est autre chose. » Venue pour faire de son mieux, elle a joué la carte de la sécurité le premier jour. Jusqu’ici, sa stratégie s’avère payante. « Dans la chasse, je n’ai pas essayé d’aller vite parce que je ne suis naturellement pas une cavalière rapide, explique-t-elle. J’ai toujours un peu de mal à être rapide et sans faute, donc je n’ai pas eu envie de prendre de risque sur un championnat. J’ai fait ce que je pouvais pour me mettre dans de bonnes conditions pour les jours suivants. » Si les jours se suivent mais ne se ressemblent pas tous, ce n’est pas le cas de ceux d’Ioli. La cavalière a déroulé deux magnifiques parcours, fluides et harmonieux, défiant ainsi les lois de la pression qui pesait sur ses épaules. « Aujourd’hui, j’étais tellement nerveuse, effrayée même pour être honnête ! Mais je sais que si je suis nerveuse, mon cheval va le sentir immédiatement - il est très intelligent. J’essayais de me convaincre que je n’étais pas nerveuse pour que mon cheval ne le soit pas non plus. D’ailleurs, il a sauté de mieux en mieux au fil des jours. Je ne pourrais pas rêver meilleur cheval. » Nul doute que dimanche, l’amazone fera de son mieux pour tenter de décrocher une médaille européenne, même s’il règne toujours une part d’inconnu du à son manque d’expérience et celui de son cheval. « Comme je veux toujours préserver Porky, il n’a presque jamais sauté trois jours de suite. Je disais à ma maman tout à l’heure que ça a dû lui arriver deux fois dans sa vie. » Rendez-vous dimanche, à partir de 14 heures, pour assister en direct sur ClipMyHorse (gratuit depuis un ordinateur) au parcours de la jeune grecque... qui pourrait en surprendre plus d'un !

*À venir très prochainement sur leperon.fr, les réactions des cavaliers tricolores ainsi que du sélectionneur, Thierry Pomel.

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