Paul Lescaillet, l’ascension du « petit gars du Nord »
mardi 10 novembre 2020

Paul Lescaillet et Ballerine du Vilpion
Paul Lescaillet et Ballerine du Vilpion © Francky Papelard

À l’heure où la nouvelle génération est souvent catégorisée comme « Fils de » ou « Fille de », un nom inconnu émerge du Nord de la France. Âgé de 24 ans, Paul Lescaillet, totalement étranger à ce milieu, réalise depuis le début de l’année une impressionnante percée vers le haut niveau.

Débuter l’équitation à 15 ans et atteindre les CSI 3* quelques années plus tard n’est pas donné à tout le monde. Outre le travail, il faut un minimum de talent et rencontrer les bonnes personnes pour pouvoir progresser. « J’ai eu beaucoup de chance car j’ai directement commencé avec Bruno Broucqsault, j’ai pu débuter rapidement les concours à ses côtés », souligne Paul. Cependant, ce n’est pas le vainqueur de la finale Coupe du monde qui va faire du Nordiste ce qu’il est aujourd’hui. Tout a réellement commencé quand il débute l’entraînement avec Guillaume Foutrier il y a quatre ans. « Il m’a permis d’avancer et d’atteindre le niveau pour faire des CSI 3* très rapidement. » « C’est quelqu’un de sérieux et de travailleur. C’est une relation qui est stable et durable. Quand on s’installe dans la continuité ça fonctionne toujours mieux », ajoute Guillaume Foutrier. Et ces deux-là ne sont pas près de mettre un terme à leur histoire commune. « C’est devenu l’un de mes meilleurs amis, je vais au minimum une fois par semaine chez lui et lui vient s’entrainer chez moi également », précise le jeune nordiste. La collaboration naissante entre Paul avec Henk Nooren ne changera rien à cette relation avec son entraîneur. « Je vais aller chez Henk pour m’améliorer sur le plat continuer à progresser à l’obstacle mais mon coach référant c’est Guillaume et il le restera ! »

Ballerine du Vilpion, une danseuse (cinq) étoiles ? 

Sa réussite, Paul la doit également à l’élevage du Vilpion. Fondé par Gérard Legros et maintenu en activité par son fils Christophe Legros, l’élevage a connu un changement dans son organisation lors de la fusion avec les écuries Lescaillet en 2016. Pour le jeune tricolore, ce nouveau partenariat lui permet d’intégrer à son piquet de chevaux les produits de l’élevage. Parmi eux se trouvait une certaine Ballerine du Vilpion. « Quand je l’ai montée pour la première fois elle avait 5 ans. Elle a toujours été très respectueuse et généreuse mais ce n’est que lors de son année de ses 7 ans que j’ai commencé à comprendre que j’avais une sacrée jument sous la selle. » Et si elle parvient à franchir les étapes les unes après les autres c’est notamment grâce à son tempérament. « Elle est sûre d’elle et plus les années passent plus son caractère s’affirme. » Outre son caractère, ce qui s’est affirmé en 2020 chez la fille de Baloubet du Rouet c’est sa qualité. Après un passage fin 2019 dans les écuries de Kévin Staut, à la suite d’une blessure de son cavalier, l’alezane retrouve son partenaire avec lequel elle va réaliser une impressionnante saison. Sur vingt-sept parcours réalisés, pas moins de seize classements mais surtout une confirmation sur les plus grosses épreuves. En effet, après un premier Grand Prix à 1,50 m sans-faute lors du Grand National de Villers-Vicomte, elle enchaine sur plusieurs concours internationaux et notamment son premier CSI 3* à Opglabbeek. Non loin d’être impressionné, le couple rivalisait avec les meilleurs en signant un sans-faute dans la première qualificative et réitérait dans le Grand Prix à 1,55 m. « Elle n’a que 9 ans mais elle a sauté le Grand Prix avec aisance. Nous ne sommes qu’au début de notre histoire. » Et l’histoire pourrait être très belle les prochaines années mais, le jeune tricolore ne veut pas s’enflammer. « L’objectif va être de stabiliser mes résultats en CSI 3*, mais elle a les moyens d’aller plus loin. » Pour Guillaume Foutrier, l’impression semble être la même. « Il a passé un cap. Il y a encore du travail mais il y a des perspectives vraiment intéressantes. Je lui souhaite d’aller le plus loin possible. »

Une vie à cent à l’heure

Contrairement à la majorité de la nouvelle génération, Paul n’est pas passé par le circuit Jeune. Si le fait de commencer l’équitation a 15 ans fait évidemment partie des raisons qui l’ont tenu écarté des sélections c’est également car le Grenériens a préféré investir son temps et son argent dans la construction de ses écuries. En effet, à partir du moment où le jeune homme était certain de vouloir faire de l’équitation son métier il a profité de la ferme familiale située à Bois-Grenier pour s’installer. « Aujourd’hui je ne pense pas que cela m’ait été préjudiciable, je n’ai pas le sentiment d’être en retard sur les cavaliers qui seraient passés par le circuit des Jeunes Cavaliers. » Posséder sa propre structure lui permet également d’assurer une certaine stabilité et un certain équilibre financier avec les diverses prestations proposées. « Nous avons notamment une bonne équipe d’amateur composée d’une petite dizaine de cavaliers. La dernière championne de France en amateur élite vient de mes écuries. C’est une fierté. » En plus de sa carrière de sportif et la direction des écuries, Paul est également impliqué dans l’exploitation agricole familiale et dans l’élevage. « Nous allons continuer la reproduction mais pour le moment uniquement avec mon ancienne jument Viacinthe de Montsec. Et je l’espère, quand Ballerine arrêtera sa carrière, si elle est toujours avec nous, elle rejoindra l’élevage. » Finalement, quand nous demandons à Paul s’il a du temps pour lui, il nous répond simplement : « ma vie est avec les chevaux, mon temps libre je le passe en regardant des concours. »Compte tenu de son implication et de sa passion, nous pouvons assurément penser que Paul a de quoi briller aux côtés de ses chevaux.