San Patrignano: Ils se battent pour un jumping parfait
mercredi 06 juin 2001

san patrignano 2
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Du 20 au 22 juillet, le plus grand centre européen d’aide aux toxicomanes, situé à San Patrignano, en Italie, accueillera l’élite mondiale du saut d’obstacles pour son cinquième CSI-A.

Cet événement unique au monde, créé à l’initiative de Vincenzo Muccioli, représente une occasion, pour les toxicomanes et les jeunes délinquants, de devenir le centre nerveux d’une immense organisation. En dépit d’un passé houleux en partie révolu après la disparition de V. Muccioli, le centre bat son plein, malgré un ralentissement flagrant de son implication dans le sport de haut niveau (c’est sur l’élevage que le centre a jeté son dévolu grâce aux souches formées avec les chevaux de « l’époque » par V. Muccioli). A l’heure actuelle, seul le cavalier italien Fernando Fourcade travaille pour le centre, s’occupant essentiellement des jeunes chevaux après qu’eurent cessé les collaborations de Michel Robert, ancien cavalier de Miss San Patrignano (vendue à Eddie Macken), et de Franke Sloothaak. Ce dernier avait été échaudé par la brusque confiscation de Joli Cœur il y a trois ans (qu’il avait racheté fin 99, San Patrignano n’ayant pas réussi a obtenir les 1,7 millions de Marks escomptés pour sa vente). Enfin la jument avec laquelle l’Allemand s’était emparé de la médaille d’or au Jeux Mondiaux de La Haye, Weihaiwej, est aujourd’hui poulinière au centre.
Photo © Kit Houghton - Giacomo Muccioli et Weihaiwej, la jument avec laquelle Franke Sloothaak s'est distingué aux Jeux Mondiaux de la Haye en 94

Giacomo Muccioli, le fils de Vincenzo et Président du jumping, a souhaité vanter le rôle important du sport équestre dans la démarche du centre de désintoxication : « Le sport est régulièrement impliqué dans des événements sociaux mais le CSI-A de San Patrignano est différent. C’est le seul événement qui se tient au sein même d’un centre de réhabilitation entièrement dirigé et organisé par les jeunes habitants. Ils ont bien sûr l’opportunité d’assister à un grand concours mais doivent surtout combattre leurs problèmes sociaux pour mener à bien ce rendez-vous mondial. Je crois que l’équitation est l’exemple même du rôle que pourrait avoir le sport dans la société » conclue-t-il.

San Patrignano se situe près de Rimini, sur la côte Adriatique, dans le nord de l’Italie et s’étend sur 250 hectares. Sur les vingt dernières années, 16 000 personnes ont été accueillies par la communauté dont la plupart en est ressortie en bonne santé et en mesure de réintégrer une vie sociale saine. Si on parle de méthodes parfois dures (des rumeurs circulaient selon lesquelles les toxicomanes étaient attachés, Vincezo Muccioli parlait lui de sevrage par abstinence), grâce à la passion d’un homme pour les chevaux, et un passé équestre glorieux (1994, Jeux Mondiaux de La Haye, Michel Robert médaille d’argent en individuel et par équipe avec Miss San Patrignano, Franke Sloothaak médaille d’or avec Weihaiwej), le centre est aujourd’hui un nom bien connu dans le monde du cheval et un outil incomparable pour des jeunes en mal de vivre (en plus des chevaux, les pensionnaires peignent, cultivent, cueillent, bref, vivent en autosuffisance).

Les meilleurs cavaliers mondiaux ont répondu présents pour l’édition 2001. De Jeroen Dubbeldam, champion olympique et 5e cavalier mondial à Markus Fuchs, vainqueur de la Coupe du Monde, aucune médaille ne fera défaut au rendez-vous italien. Beat Mändli, Ludo Phillipaerts, Alexandra Ledermann ou encore Jerry Smith seront également de la partie pour s’affronter dans le Grand-Prix Infostrada dessiné par le chef de piste Olaf Petersen (qui officiera lors des prochains J.O à Athènes). Seul bémol : l’an passé, des annulations de dernière minute avait profondément heurtées Eleonora Ottaviani, directrice du concours. Espérons que cette année, tous respecteront leurs engagements.

Emile Hendrix, vice-président de l’association des cavaliers mondiaux et membre de la commission internationale de saut d’obstacles : « Je suis très fier de contribuer à l’organisation et au développement de ce concours. C’est un plaisir sans limite que de travailler avec les jeunes membres de la communauté. Le CSIA donne l’opportunité à tous d’ouvrir les yeux sur un problème social qui implique tous les pays : la toxicomanie ».