Serge Morin, une figure de la filière nous a quitté
vendredi 18 juin 2021

Serge Morin et Iris du Bourg
Habitué du circuit jeunes chevaux, Serge Morin était ici à Fontaibleau en selle sur Iris du Bourg pour la finale des cycles classiques 6 ans, en 2002 © Scoopdyga

Le 16 juin, Serge Morin, 74 ans, est décédé des suites d’une chute de cheval à l’entraînement. Dans sa longue carrière de cavalier, il a notamment été sacré champion Critérium Pro 1 en 1993. Geneviève Mégret et Laurent Macaire évoquent la mémoire de cet habitué du circuit jeunes chevaux et figure incontournable de la filière.

Serge Morin aura, d’une manière ou d’une autre, marqué la carrière de nombreux cavaliers et professionnels de la filière équine. C’est notamment le cas pour Geneviève Mégret (élevage de Clarbec). « Mon mari Dominique l’a connu chez Daniel Constant chez qui Serge travaillait à l’époque. Pour ma part, je l’ai rencontré lorsque j’ai acheté mon premier vrai cheval par son intermédiaire, et j’ai eu mes chevaux chez lui aux écuries de la Forêt Saint Croix, près d’Etampes, pendant une dizaine d’années jusqu’en 1997. C’est par son intermédiaire que j’avais acheté la meilleure jument que j’ai montée de ma vie, Quirielle du Riou (Uriel) qui m’a emmenée sur de très belles épreuves. Serge m’a fait énormément progresser. Il pratiquait une équitation simple, de bon sens et efficace. Il aimait les chevaux dans le mouvement en avant et en équilibre, et avait un très bon œil pour dénicher les bons chevaux. Ensuite nous nous sommes croisés très régulièrement tous les ans sur des événements équestres. »

« Un pionnier du concours » selon Laurent Macaire

« Serge était mon pote », souffle Laurent Macaire. « Il a débuté chez Daniel Constant à Villeconin avec Bertrand Poche et moi voilà 50 ans. Nous sommes tous sortis de chez lui avec de vraies bases, c’était un grand dresseur. Nous étions jeunes et passionnés. À l’époque nous montions des chevaux récupérés en courses ou ailleurs, mais Serge avait décidé d’aller en chercher en Normandie. Comme il était grand (1,95 mètre) on se moquait se lui, on lui disait qu’il voyait les chevaux par-dessus les talus, et qu’il était le seul à ne pas se noyer dans les marais. Il portait toujours sa fameuse veste rouge, trop longue pour lui, qu’il avait fait faire chez un spécialiste des tenues de vénerie. Il a fabriqué des chevaux toute sa vie. La première jument qu’il a achetée était Belle De Thurin (Quastor) à 3 ans. Il l’a sortie sur le circuit jeunes chevaux puis l’a vendue à Graziano Mancinelli, ce qui l’a encouragé à en former d’autres. Outre Val des Parts (Odin de la Cense), il avait acheté Quakers de Verzy pour rien à un moniteur dans un club après des heures de discussion, comme toujours, et il a gagné avec lui le Critérium de CSO en 1993 s’est classé 8e au Championnat l’année suivante. C’était un très bon cavalier de niveau national, mais comme il était assez timide et plutôt introverti, calme, très bien élevé, il n’aurait jamais osé demander une sélection internationale. C’était un pionnier du concours. Il s’était spécialisé dans le Selle Français, et Bertrand Poche dans le Pur Sang. En 1976, ils se sont retrouvés tous les deux ex æquo dans la puissance des Iles de Neyron (01) à 2,10 mètre. Il se cassait régulièrement les jambes, et à chaque fois que j’ai monté ses chevaux, avec lesquels il a toujours été extrêmement gentil et respectueux, j’ai été très surpris de leur finesse. Son défaut était de les garder trop fit comme lui. Il faisait partie de ces formateurs de chevaux dont tout le monde a besoin, dont Hubert Parot avec Hardi du Madon. En concours, on se retrouvait autour d’énormes tablées, on prenait du plaisir, c’était nos vacances. À l’époque on en vivait, on ne se bagarrait pas pour les gros clients, les gains des jeunes chevaux payaient les engagements des autres dans les grosses épreuves. Jamais il n’y a eu le moindre problème entre nous, et pourtant nous avons fait de nombreuses affaires ensemble. Quand j’ai perdu mon fils de 16 ans lors d’un accident voilà 25 ans, Serge a toujours été là pour moi, avec beaucoup d’intensité. C’était un mec extraordinaire, conclut Laurent Macaire. Jamais je n’aurais pu imaginer une chose pareille. »

Suite à l’incinération de Serge Morin, un vin d’honneur sera offert aux écuries de la Forêt Saint Croix en début de semaine prochaine.

L‘Eperon présente ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.