Steve Guerdat : « Le format à trois est très frustrant »
vendredi 20 août 2021

Steve Guerdat et Venard de Cerisy
Aux côtés de l'équipe suisse, Steve Guerdat et Venard de Cerisy terminent cinquièmes des Jeux okympiques de Tokyo © FEI / Arnd Bronkhorst

Quelques jours après être rentré de Tokyo, Steve Guerdat est de nouveau en piste ce week-end au Haras des Grillons pour le CSI5* de Valence. Pour L’Eperon, le Jurassien est revenu sur ces Jeux olympiques si particuliers. Ils n’ont assurément pas été le meilleur des cinq rendez-vous olympiques auxquels il a participé, mais l’ex-numéro un mondial reste résolument combatif pour l’avenir.

Vous êtes dans l’équipe olympique suisse depuis les Jeux olympiques d’Athènes. Comment avez-vous vécu ceux de Tokyo ?

Ces Jeux n’avaient rien à voir avec la grande fête populaire que sont les Jeux olympiques ! D’habitude, on fait plein de rencontres, il y a une vraie ferveur... et là, rien ! Ça fait mal au cœur d’être dans une telle échéance sans cet engouement. L’absence de public n’est à mon avis pas vraiment préjudiciable pour la performance. Même si on vibre avec le public quand il y a un sans-faute, quand on est en piste, une fois la cloche sonnée, on est tellement concentré que cela ne se ressent pas. D’ailleurs, les résultats ne sont pas vraiment surprenants : les meilleurs sont sur les podiums. Les infrastructures étaient quant à elles vraiment fantastiques, avec des pistes en extérieur, un grand terrain vallonné. On a trouvé toute la sécurité pour les chevaux et la météo n’a pas été trop éprouvante. Il faisait bien moins chaud qu’ici au Haras des Grillons aujourd’hui ! Le seul point négatif était le terrain de compétition : il n’était pas très grand pour un évènement olympique. J’avais l’impression de monter en indoor ! Je n’ai pas éprouvé de plaisir à monter ces pistes comme je peux en ressentir sur des terrains comme Calgary. Les obstacles s’enchaînaient très vite, les tours n’étaient pas très gros mais, du coup,cela nous sautait à la tête et c’était éprouvant pour les chevaux. Ou alors il fallait monter en prenant son temps, quitte à être pénalisé comme l’ont fait les Français.

Vous aviez émis des critiques sur les changements mis en place pour ces Jeux. Est ce que le nouveau format fait partie de votre déception ?

J’avais dit que je voyais beaucoup de points négatifs. Mais puisque c’était décidé, comme tout le monde, je connaissais la règle du jeu, donc il n’y a pas eu de surprise. Il ne s’agit pas de critiquer ni de taper sur qui que ce soit, et il y a certainement des choses à retenir. On a commencé à avoir des discussions. Personnellement, je trouve que le format à trois est très frustrant, mais certains cavaliers ne sont pas contre. En revanche, je n’ai rencontré personne pour me dire que l’individuel avant l’équipe était une bonne chose ! La FEI nous dit que c’est une demande du Comité olympique parce que les individuels se font avant les équipes. Mais en dressage et en complet, les cavaliers courent bien d’abord pour la médaille par équipe, l’individuel se fait après ! Ce qui me choque, c’est que pour l’individuel, ça se joue à très peu de chose. J’ai fait quatre points, c’est pour moi, il n’y a rien à dire, mais c’est dur et pour les cavaliers qui ne montaient pas en équipe, tout ça pour faire un tour c’est vraiment décevant ! Pour l’épreuve par équipe, il y eu trop d’écarts entre la qualificative et la finale. Quand je suis entrée en piste, j’avais droit à six fautes pour qu’on soit en finale… Autant monter un parcours d’entraînement ! En revanche, le lendemain, tout se joue très vite et tout peut être remis en question. On l’a vue avec l’élimination de la France !

La Suisse faisait partie des nations favorites de ces Jeux et termine cinquième. C’est une déception ?

C’est décevant, mais je crois qu’on est à notre place. Martin Fuchs et Clooney 51 ont été très bien, Bryan Balsiger a fait un très bon tour dans la qualificative mais le lendemain la jument n’avait plus de réserve. Quant à moi, c’est sûr que si j’avais eu Bianca, ça se serait mieux passé. Mais les Suédois étaient vraiment les meilleurs, avec des chevaux bien au-dessus du lot ! À ce niveau, il faut des chevaux exceptionnels.

C’est dans cette optique que votre pays va aligner une équipe avec des chevaux assez jeunes pour l’échéance européenne ?

Je n’aime pas le terme d’optique, on travaille toujours pour préparer l’avenir, produire des chevaux pour aller au meilleur niveau. Nous avons trois ans pour préparer les Jeux de Paris et ça sera peut-être avec des chevaux qui ne sont encore en vue aujourd’hui !

Malheureusement, à Tokyo, beaucoup d’images ont soulevé des mouvements d’opinion remettant en question la présence des sports équestres aux Jeux olympiques. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que tous les extrêmes ne sont jamais bons. Il y a des gens qui se cachent derrière les réseaux sociaux qui sont contre tout sans être vraiment informés, et ne savent pas à quel point les chevaux sont importants pour nous. Ils sont des membres de la famille. Je suis très malheureux pour Robin Godel qui a perdu un cheval avec qui il avait tout construit, et qui maintenant se fait insulter. Je me demande si on en parlerait pas moins si c’était lui qui était mort. Après l’accident de Clooney, j’ai encore parlé avec des vétérinaires : la majorité des accidents très graves se font au pré. Nous devons tout faire pour que notre sport et la vie de nos chevaux soient mieux connus. Nos chevaux ont une vie bien meilleure que beaucoup d’êtres humains dans le monde : il y a plus de deux millions et demi d’enfants qui meurent de faim. Nous devons ouvrir les portes de nos écuries pour montrer comment vivent nos chevaux.

Il y a aussi beaucoup de questions sur les méthodes de préparation et sur les guêtres postérieures. Abordez-vous ces sujets au sein du club des cavaliers internationaux ?

Oui c’est difficile d’en parler, mais il faut le faire. On ne peut pas se permettre d’avoir des cavaliers qui donnent une mauvaise image !