Thierry Rozier, la vie est belle
vendredi 15 janvier 2021

Thierry Rozier avec Ebelle de Mancy
Thierry Rozier avec Ebelle de Mancy © Béatrice Fletcher

Début octobre 2020, Thierry Rozier, 56 ans, annonçait sa décision de mettre fin à sa carrière de haut niveau et de se séparer de ses chevaux de tête, Venezia d'Ecaussinnes, Star et Wouest de Cantraie Z. L’Eperon est allé prendre de ses nouvelles dans ses écuries du Haras des Grands Champs à Bois le Roi.

Pourquoi avoir pris cette décision ?

Mon challenge était d’aller jusqu’aux JO de Tokyo. J’avais tout basé sur cet objectif avec Venezia d’Ecaussines, car il me semblait qu’elle avait des chances d’être retenue. Je l’avais mise en route pendant l’hiver, puis j’avais entrepris un travail de fond intensif. Une jument de 15 ans doit en permanence être maintenue en forme. Grâce à la variété des séances et aux sorties en forêt, elle avait un super moral. J’étais allé 0liva, tout se passait bien, mais lorsque la crise sanitaire a éclaté au début du printemps, il a fallu tout arrêter brutalement. C’est toujours délicat d’arrêter un cheval de cet âge là puis de repartir. De plus, j’aime établir mon programme longtemps à l’avance et à ce moment là tout a été chamboulé, la majorité des concours annulés, y compris la Baule et Aix la Chapelle que je rêvais de courir, les JO reportés en 2021, je me suis dit que j’allais avoir du mal à la maintenir en forme jusque là, et cela m’a démotivé. J’ai pris la décision de faire nos adieux à la compétition à Grimaud en octobre. Elle sauté le grand prix magnifique et fini 9ème. Sa propriétaire Electra Niarchos et moi avions un accord, lorsque Venezia prendrait sa retraite, sa jument Star serait vendue également, elle est partie chez le japonais Mike Kawai, et Wouest de Cantraie Z, le cheval de Guillaume Canet est parti aussi le soir même chez un amateur. 

Regrettez-vous d’avoir arrêté le haut niveau ?

Non, j’avais le sentiment d’en avoir fait un peu le tour. C’était un défi, j’ai bouleversé totalement ma façon de travailler car j’avais quitté ce beau monde de la compétition trente ans avant pour me consacrer à mes chevaux et au coaching. J’ai passé quatre saisons extraordinaires, avec de belles performances, dont le classement de 140ème mondial et la sélection en tant que remplaçant pour les jeux Mondiaux de Tryon. Je suis assez fier d’avoir ramené un résultat sur tous les concours. Mes amis, dont Nicolas Delmotte et Alexis de Roubaix, plus ceux que j’ai appris à connaître, vont me manquer énormément.      

Que va devenir Venezia ?

Elle part à la reproduction en mars chez Benjamin Ghelfi. Elle est aux écuries avec nous, elle sort tous les jours, elle ressemble à un nounours. Elle a un pedigree incroyable mais pour l’instant personne ne sait si elle fera une bonne mère. 

Quelle est votre nouvelle organisation ?

Pour travailler il me faut du calme, et j’avais besoin de trouver mes repères. Depuis qu’Abdelkebir Ouaddar est installé en Belgique chez Phillipe Lejeune, j’ai déménagé mes 14 chevaux dans la cour carrée, juste à côté du second manège, et j’ai ma propre carrière. On était plusieurs à travailler sur la même carrière, mais Philippe a son propre système qui diffère un peu du mien, cela devenait compliqué. J’ai opté pour reformer des jeunes chevaux. J’ai Ebelle de Mancy (Radieux), 7 ans, que j’ai achetée à moitié avec une propriétaire voilà trois semaines. Elle me fait penser à Sakann, elle est extrêmement sensible. J’ai sans doute deux ans de boulot avec elle, mais c’est ce que j’aime. J’ai aussi 25% de Fiesta de Brenil (Vagabond de la Pomme), qui prend six ans, pour laquelle j’ai eu le coup de foudre, et Qupido A Van de Nachtegaele, record des ventes Fences 2019 (190 000 euros), que j’adore. Il a pris cinq ans mais n’a jamais tourné. Le Roi du Maroc l’avait acheté, mais ils n’ont pas eu le coup de foudre, et m’ont demandé de le reprendre en mars dernier. Electra Niarchos l’a racheté voilà deux mois. Il a été castré récemment. J’ai des sensations incroyables avec lui.

Des rumeurs ont circulé sur la vente du Haras des Grands Champs, qu’en est-il ?

Il y avait en effet un projet de vente, mais ce n’est plus d’actualité. A ce moment là, je cherchais à m’installer autour de Paris où est basée ma clientèle. J’ai des idées précises sur ce que je recherche, c’est-à-dire des infrastructures me permettant d’entraîner mes chevaux, de faire du commerce, d’accueillir des cavaliers avec leurs chevaux. Pour le moment j’ai tout ce qu’il faut pour travailler, mais j’aime mon indépendance. Dans l’avenir, nous verrons comment le haras se divisera, mais je sais que je ne pourrais pas travailler avec Philippe, car nous avons toujours fonctionné de manière totalement indépendante.   

Comment voyez-vous l’avenir à moyen terme ?

Aujourd’hui je suis positif à 150%, j’ai des propriétaires incroyables, ma groom Virginie en qui j’ai toute confiance depuis dix ans, mon programme de stages est complet jusqu’à fin avril, j’en suis ravi, j’adore transmettre et partager mon système, et les trois chevaux que j’ai actuellement dans mes écuries pourraient bien me motiver à retourner vers le haut niveau, tout dépendra de mon mental et de mon physique. Je les emmène à Oliva en février. A partir de fin avril, je vais me concentrer davantage sur la compétition, et les tournées Fences vont débuter en mai. Je suis toujours aussi passionné, j’adore ce que je fais, la vie est belle, et je ne me mets aucune pression.