Thomas Rousseau : « Je croise les doigts pour qu’un jour on me confie un très bon cheval »
mercredi 20 janvier 2021

Thomas Rousseau avec Candy de Nantuel
Thomas Rousseau avec Candy de Nantuel, le fils de Luidam qu'il a formé depuis ses 5 ans © Eric Knoll

Cavalier incontournable du circuit national et formateur de jeunes chevaux reconnu, Thomas Rousseau enchaîne les belles performances depuis quelques mois. Il nous présente ses nouvelles recrues, revient sur sa saison passée marquée par le départ de deux de ses chevaux de tête, Up To You et Candy de Nantuel, et aborde ses objectifs pour 2021.

Depuis deux ans, Baboun des Flagues a rejoint vos écuries et réalise de très belles performances. Pouvez-vous nous parler de ce cheval ? 

J’ai fait acheter Baboun des Flagues (Ugano Sitte) à un investisseur lorsqu’il avait sept ans. Cela fait donc un peu plus de deux ans qu’il a rejoint mes écuries. À ses huit ans, nous avons pris le temps de bien le former et cette année-là il est sorti sur des épreuves à 1,40m. En 2020, à cause de l’épidémie de Covid-19, nous n’avons pu commencer les concours qu’à la fin du mois de juillet. Nous avons repris sur des épreuves 1,35m et 1,40m et avons fini à 1,50m. L’objectif était de connaître les moyens de ce cheval car ses propriétaires souhaitaient soit le garder pour pouvoir faire des Grands Prix avec lui, soit, si cela n’était pas possible, le commercialiser. L’objectif est donc atteint et les propriétaires souhaitent aujourd’hui continuer à explorer encore un peu plus ses moyens et voir jusqu’où il peut aller. Nous allons reprendre les concours, participer au Grand national d’Auvers et l’idée serait ensuite de débuter les CSI3* assez vite. 

Quels autres chevaux composent actuellement votre piquet ? 

Il y a Udson de Jauzif (Berlin). Cela fait deux ou trois saisons qu’il est dans mes écuries. C’est un cheval très régulier sur les épreuves 1,45m et 1,50m. Il est également très polyvalent puisqu’il enchaîne aussi bien les derbys comme cela a été le cas à Dinard que les Grand Prix. Il a vraiment un très bon mental.

J’ai également Ascot des Ifs (Quick Star) qui est un bon cheval et qui participe aux épreuves 1,50m. Il a fait une très bonne saison 2020 et s’est notamment classé quatrième du Grand Prix de Villers-Vicomte. Il se prête un peu moins aux indoors donc je l’ai laissé tranquille en fin d’année. Comme beaucoup de produits de Quick Star, il a beaucoup de sang donc en indoor il a tendance à se mettre un peu plus sous pression. Il n’est pas très grand, il fait 1,62m mais il est vraiment beaucoup plus à l’aise en extérieur, sur des grandes pistes. Cela me permet de ne pas trop intervenir, de le laisser vraiment s’exprimer et d’être plus détendu. 

Je peux aussi compter sur l’étalon Cyann d’Ivraie (Dollar dela Pierre) avec qui l’objectif est de commencer les CSI2* cette année et une toute nouvelle jument, Delastique Asschaut (Vigo Cece), qui est très prometteuse. Évidemment, j’ai également beaucoup de jeunes chevaux en formation.

De très bons chevaux ont donc rejoint vos écuries. Mais certains dont Up To You et Candy de Nantuel, les deux étalons du GFE, vous ont malheureusement quitté. Comment avez-vous vécu ces départs ? 

Up To You a été loué par le Groupe France Élevage, ce qui était de toute façon l’objectif final sur lequel nous nous étions mis d’accord. En ce qui concerne Candy de Nantuel, les choses sont un peu plus compliquées. Il est très demandé en tant que reproducteur et il n’était pas forcément simple de gérer à la fois sa carrière sportive et sa carrière d’étalon car il part de nombreux mois par an pour se consacrer à la monte. L’année dernière, il est par exemple parti mi-septembre et ne devait pas revenir avant février 2021. L’objectif était de la valoriser et je pense que cela a été plutôt réussi puisqu’en 2020, il me semble qu’il a fait pas moins de 435 juments en congelé. Il y a donc un réel intérêt économique du côté de la reproduction et, de ce fait, il n’est pas facile de mettre la priorité sur le sport. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne réintégrera pas mon piquet de chevaux (il évoluera désormais sous la selle de Pénélope Leprevost, ndlr). Évidemment, cela n’a pas été simple de les voir partir mais ce sont les aléas du métier. Nous n’avons pas toujours la possibilité de profiter réellement du travail que nous avons fourni auparavant, parfois pendant plusieurs années. C’est un peu frustrant mais cela fait partie du jeu. 

Vous êtes un habitué des circuits nationaux, qui ont malheureusement été limités cette année. Malgré cela, comment s’est déroulée votre saison 2020 ?

Je suis satisfait dans le sens où mes objectifs avec mes différents chevaux ont été atteints et j’ai de plus en plus de clients qui m’amènent des chevaux afin de les former et de les valoriser. Quant aux objectifs sportifs, il est vrai que j’aimerais un jour faire du sport à haut-niveau. Mais ma priorité est de répondre aux attentes des propriétaires, qui sont généralement de former et de commercialiser leurs chevaux à court ou moyen terme. Donc j’ai de bons chevaux mais de là à réussir à les conserver pour faire du sport… C’est une autre affaire. Le cheval de haut-niveau a pris une telle valeur marchande qu’on ne peut parfois pas se permettre de refuser certaines offres. Aujourd’hui, pour faire du haut-niveau il faut avoir des propriétaires qui ont les moyens de refuser ces grosses sommes. Mais désormais le nerf de la guerre c’est justement l’argent. Ce qu’il faut aux cavaliers, ce sont des mécènes plus que des investisseurs. Car l’investisseur met les moyens et attend nécessairement des retombées, alors que le mécène engage de l’argent mais a la possibilité de refuser des offres, si intéressantes soient-elles. 

Quels sont vos objectifs et pour cette nouvelle année ? Que peut-on vous souhaiter ?

Mon objectif principal est de continuer à faire évoluer mes chevaux, comme je l’ai toujours fait auparavant, et de répondre aux objectifs des propriétaires. Je croise également les doigts pour qu’un jour on me confie un très bon cheval pour faire du sport. J’en ai discuté avec les entraîneurs et ils admettent tous que j’en ai les moyens. Ce qu’il me manque, c’est le cheval ainsi que le propriétaire. Car on parle souvent de couple mais c’est finalement avant tout un trio : le cheval, son propriétaire et le cavalier.