Une Sauterelle bondit dans le grand sport
vendredi 11 décembre 2020

Wilfrid Prud'homme et Une Sauterelle
Wilfrid Prud'homme et Une Sauterelle © Sky Events Photo

Sous la selle de Wilfrid Prud’homme, Une Sauterelle triomphait à Barcelone en remportant trois épreuves sur les cinq qu'elle a courues, dont les deux Grands Prix. Cette année, le couple s'octroyait cinq épreuves 1m40 et deux GP2* 1m45. Dans la même saison, la jument brillait également sous la selle de Capucine, la fille de Wilfrid, qui courait sa dernière année de minime.

Comme souvent, l'histoire a commencé par un coup de pouce, sans doute celui du destin. Wilfrid Prud'homme cherchait un nouveau cheval. « Un ami normand, Alain Dor, m'a montré des vidéos de cette jument, j'ai fait le voyage, je l'ai essayée et en effet il s'est passé quelque chose. Tout aurait pu s'arrêter là car je comptais sur la vente d'un cheval d’une de mes élèves pour financer l'achat en partie. La vente ne s'est pas faite au dernier moment et Catherine Bérard a accepté de baisser le prix, pour éviter à la jument de se trouver sur le circuit des marchands. »

Catherine Bérard Flahault est une passionnée de longue date, toujours à la recherche de bonnes souches maternelles. C'est ainsi que Jakaranda (la mère d'Une Sauterelle) est arrivée chez elle. « Une jument par Rox de la Touche très styliste, ne forçant jamais mais avec un mental délicat. Je l'ai faite saillir par Kannan puis Tinka's Boy. Pour la troisième saillie je cherchais un Selle Français originel. J'ai épluché le catalogue et j'ai choisi Gentleman IV pour son mental en or. Un papier de rêve mais pas un étalon à la mode. Il apportait ligne du dessus, taille, tissus… un croisement judicieux. Comme beaucoup de produits de Laudanum, il n'était pas très fertile et il a fallu emmener la jument pour une insémination en frais après deux échecs en congelé, voilà pourquoi elle est née en juin 2008 dans le pays d'Auge, au Haras des Krières. »  Après quelques péripéties, Catherine a gardé sa jument chez elle. « C'était une pouliche adorable qui jouait avec les enfants. Je ne dispose pas de carrière à la maison, donc je ne la montais qu'en extérieur. Elle n'est pas sortie à 4 et 5 ans. À 6 ans je l'ai emmenée chez Christophe Le Garrec qui lui a fait faire ses premiers parcours. Elle a débuté la saison en Formation 2 et peu de temps après était sans faute en 6 ans Qualif ! » La jument a alors été mise en vente et après plusieurs négociations n'ayant pas abouti, malgré des essais concluants, Wilfrid Prud'homme est arrivé. « Lors de l'essai, Wilfrid arrivait sur une barre à 1m30 et s'est rendu compte que rien ne venait, il a donc arrêté la jument à quelques foulées. Il a posé les mains, ouvert les doigts et alors Une Sauterelle a pris l'initiative d'aller sur la barre.. Je pense que c'est ce qui l'a décidé. »

Résister à la tentation

À Châteauneuf du Pape, les chevaux passent beaucoup de temps dehors. « Ils vont au pré au minimum trois heures par jour, parfois la journée entière. Sauterelle ne saute quasiment jamais à la maison et nous privilégions le travail en extérieur. Je travaille aussi aux longues rênes. Quel plaisir au retour de Barcelone de voir les juments en coups de cul dans le pré et de les voir se rouler dans la boue ! », confiait son cavalier.
Bien évidemment avec le palmarès réalisé à Barcelone, les offres pour la jument se sont envolées. Au point de faire fléchir Wilfrid ? « Il n'a jamais été dans nos intentions de vendre la jument mais il est vrai que certaines sommes donnent à réfléchir. » Chez les Prud’homme, trois éléments entrent en jeu et poussent à garder la jument. D’abord, la carrière sportive de Wilfrid. « Il y a peu de chances que je retrouve un tel cheval. Avec elle, j'espère pouvoir obtenir des sélections pour des épreuves de plus haut niveau. » Ensuite, pour celle de Capucine. Cette année était charnière, la dernière en Children pour la jeune fille, avec la possibilité de courir des Coupes des nations et des Championnats d'Europe. Année sacrifiée par la crise sanitaire. Capucine sera Junior en 2021 pour le circuit international, un niveau où la concurrence est rude. Sa complicité avec la jument sera forcément un plus. « Capucine travaille avec moi et nous prenons conseil auprès de Gérard Maragout. Une Sauterelle est une jument très atypique et il faut faire avec ce qu'elle est sur le moment. Capucine commence à bien la connaître. » Enfin, l’élevage. Une Sauterelle a déjà eu deux produits par transfert d’embryon (par Casall, HOLST, ndlr). Son cavalier se questionne pour la suite sur un prélèvement d'ovocytes.