Attelages, roulottes, ânes bâtés, randonner autrement
lundi 19 mars 2001

attelages_roulottes
Ph.: Sophie Lloyd © S. Lloyd

Je vois déjà le courroux s’abattre sur ces randonneurs équestres tentés par d’autres passions. Avant d’être fidèle à la selle, un cavalier l’est au cheval. Il n’y aura donc point de trahison si certains d’entre vous mettent pied à terre pour s’adonner à tous les plaisirs que réserve le noble équidé.

Au sein du Comité national de tourisme équestre, on a bien compris que la diversité était mère de la motivation: 11 loueurs de roulottes et chariots bâchés sont répertoriés, ainsi que 45 écoles d’enseignement de l’attelage et 70 organisateurs de promenades ou randonnées attelées.Contrairement à la pratique de la compétition qui implique la détention d’un brevet fédéral, la conduite d’un véhicule hippomobile ne demande aucun diplôme, examen ou licence. Libre donc à chacun de se lancer sur les routes de France, guides en main. Attention cependant, notre propos n’est pas d’encourager l’excès de zèle : même si l’attelage de loisir proposé au grand public ne requiert pas des compétences techniques très poussées, une initiation de base est néanmoins nécessaire. Elle prend en compte l’approche du cheval, le maniement de l’attelage, l’utilisation du harnachement, et les règles élémentaires de circulation sur la route. La sécurité avant le plaisir!

Conviviale et originale, cette formule recueille tous les suffrages. À savourer en famille sur un circuit pré-établi, pour découvrir une région au pas reposant d’un cheval de trait. Choisi pour la qualité de son dressage et son tempérament calme et dévoué, ce compagnon de route peut être confié à des néophytes à l’issue d’une demi-journée d’initiation. En quelques mots : nourrir, panser, soigner, harnacher, atteler, diriger, arrêter et surtout respecter le cheval, le Code de la route et les autres usagers. De toute façon, vous êtes largement secondé par un assistant de poids qui, en général, connaît la route, a l’habitude de croiser les automobiles et tient sa droite tout seul : le cheval ! Formé, vous ne serez pas pour autant abandonné : le loueur ne vous perd pas de vue et doit être en mesure de vous assister à n’importe quel moment. Pour ce faire, le téléphone portable est une aide précieuse ! L’itinéraire suit le plus souvent des petites routes peu fréquentées, mais à l’occasion il faudra peut-être emprunter une nationale ou un sens giratoire, ou bien traverser un village. La longueur modérée des étapes (10 à 15 km par jour) permet de consacrer du temps aux soins du cheval, mais surtout aux loisirs. À ce titre, certains loueurs (même si, pour des raisons de sécurité, la majorité y sont peu favorables, car la présence de plusieurs chevaux multiplie les risques) proposent la location de chevaux de selle en accompagnement, ou encore de VTT. Alternative tentante, mais qui suppose la présence de deux adultes minimum “à la barre”! Dans la roulotte, tout est prévu pour assurer l’autonomie des occupants. Ses 6 m2 accueillent un réchaud à gaz, un frigo, un évier, des placards, une table et des lits, permettant de loger une famille de 4 à 5 personnes. Seul absent de ce cocon douillet, le coin “sanitaires”. Douches et toilettes se passent à l’étape: c’est souvent sommaire, parfois à la limite du plein air. Bref, les charmes de l’aventure! Si vous avez envie de voyager, sachez aussi que l’engouement pour la roulotte s’est répandu au-delà de nos frontières. La formule fait des adeptes dans de nombreux pays d’Europe (Irlande, Autriche, Danemark, Belgique...) où l’on vous proposera, comme dans l’Hexagone, différents types de circuits (renseignements auprès des offices du tourisme des pays concernés).

- 1 800 F environ (274,41 euros) pour un week-end en roulotte de 4-5 personnes ;- de 3 500 à 5 000 F (533,57 à 762,25 euros) la semaine.

La roulotte a la réputation d’être chère, mais, en contrepartie, pas de logement ni autres dépenses qui grèvent le budget. Ces prix comprennent : la location de la roulotte et du cheval, sa nourriture, l’assistance, une feuille de route détaillée, la mise à disposition d’un emplacement et de sanitaires à l’étape.

Plus léger que la roulotte, le chariot bâché permet d’échapper au bitume, mais n’offre pas le logement. Le prix de location d’un chariot est plus abordable, mais suppose, en plus, les frais d’hébergement à l’étape (camping, gîtes ou chambres d’hôtes). Il est également possible de se faire accompagner par un meneur averti dans le cadre d’une randonnée organisée. Le succès de l’esprit “Far West” aidant, certains centres proposent des séjours à thème. Le soir venu, on fume le calumet devant un feu de bois avant d’aller rejoindre son tipi. Les enfants adorent, les parents y viennent !

- 700 F environ (106,71 euros) la journée pour un chariot de 6 à 8 personnes ;- 3 500 F environ (533,57 euros) la semaine. - Hébergement : 45 à 80 F (6,86 à 12,20 euros) par personne en gîte d’étape, petit déjeuner, 20 F (3,05 euros) environ, 120 à 200 F (18,29 à 30,49 euros) en chambre d’hôtes selon le niveau de confort, repas entre 50 et 100 F (7,62 à 15,24 euros).

Contrairement à la roulotte et au chariot bâché, la pratique de l’attelage en randonnée suppose de la part du meneur de bonnes connaissances techniques. Le trait placide a parfois laissé sa place à un compère tout en ardeur et la voiture hippomobile, forcément plus malléable, se voit soudain pousser des ailes. Au programme, certaines fantaisies telles que passer un gué, évaluer la qualité d’un chemin, réparer le matériel, gérer les allures parfois vives du cheval. Là, visiblement, on change de registre ! Les meneurs autonomes y trouvent leur compte : des véhicules robustes mais légers, des attelages souvent dérivés de la pratique sportive permettent d’aborder les chemins les plus inhospitaliers dans des conditions optimales. Pour tous les autres, la roue ne refuse pas de tourner pour autant, mais il faudra dans ce cas solliciter les mains expertes d’un accompagnateur de tourisme attelé ou d’un chef de caravane (titulaire d’un des diplômes fédéraux mis en place par le CNTE). C’est le même principe que la randonnée équestre, voiture hippomobile en sus ! De nombreux centres proposent ce type de formule destinée au grand public, en particulier aux familles et aux jeunes enfants. L’organisateur est en charge de tracer l’itinéraire, de choisir les hébergements, d’assurer l’agrément de ses clients à grand renfort d’anecdotes, de paysages sublimes et de trésors cachés. Le revers de la médaille, c’est que ces séjours ont souvent un coût élevé. Certains organisateurs se proposent d’organiser des circuits similaires pour les meneurs qui possèdent leur propre attelage, à moindre coût puisque la location de l’attelage et l’accompagnement ne sont plus pris en compte.

de 1 200 F (182,94 euros) par personne pour un week-end en chambre d’hôtes (2 jours, 1 nuit) dans les Pyrénées, jusqu’à 3 600 F (548,82 euros) pour 4 jours en Auvergne.

Randonner avec un âne bâté est désormais rentré dans les mœurs de toute une génération de familles sensibles aux charmes du “tourisme vert” et avides de communion avec la nature. Chaque année, ils sont plusieurs milliers à arpenter les sentiers de France, cheminant “oreilles au vent” ! Cette alternative à la randonnée pédestre devient pour les plus jeunes un préambule appréciable à la découverte des plaisirs de la selle. Sacs ou fesses tendres, l’âne bâté ne refuse aucun bagage ! Il existe près de 80 organisateurs de randonnée dans notre pays, principalement dans le Sud, Sud-Ouest (héritage de Stevenson oblige !). Ils vous proposent des circuits “sur mesure”, prévoyant l’itinéraire, ainsi que la gestion des étapes avec le choix d’hébergement en camping, en gîte ou en chambre d’hôtes. Les randonneurs les plus indépendants ont néanmoins tout loisir d’organiser leur progression à leur convenance. Le coût d’une randonnée dépend évidemment de sa durée et du confort souhaité à l’étape.

Depuis quelques années, l’âne s’offre donc un franc succès et renoue avec ses labeurs d’antan. Dans sa version loisir, on le connaissait bâté, le voici maintenant à l’attelage. Rien de bien nouveau, me direz-vous! Et pourtant, si l’âne attelé a écrit de longues pages de l’histoire de la traction animale, il en était évincé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Fort heureusement, de nombreux passionnés ont remis le collier. Pour l’instant, cette pratique demeure relativement confidentielle et reste l’apanage de certains propriétaires. On attèle en paire, parfois à quatre. On sort des granges les vieilles voitures oubliées depuis des décennies. On rame aussi pour trouver le harnachement adapté car, du côté des professionnels de l’équipement, l’âne n’est pas encore une manne qu’on daigne exploiter. Bref, on s’organise, et à en croire les meneurs concernés, on savoure ! Les initiatives à l’intention du grand public restent cependant rares. Néanmoins, il existe quelques centres, dans les Landes notamment, qui proposent des sorties “guides en mains” (attelage ou sulky), mêlant le plaisir de la promenade aux bonheurs des papilles, puisqu’un pique-nique très “local” accompagne la sortie : 20 kilomètres en alternant pas alangui et petits trots dynamiques. Contrairement aux idées reçues, l’âne est loin d’être un animal flegmatique. Il est tout à fait apte à supporter le rythme d’une randonnée. Mais en dépit d’un tempérament affirmé, il n’a pas l’ardeur du cheval. On peut donc, après une initiation d’usage, confier ces attelages aux néophytes, voire aux enfants, et ce en toute sécurité. Reste une alternative : l’âne sous la selle. À l’Association de l’âne andalou, la pratique est courante. Il est vrai que leurs sujets culminent à presque 1,50 m au garrot. À quand donc les randonnées à dos d’âne ?

Location d’un âne : de 220 à 300 F (35,54 à 45,73 euros) par jour pour le transport des effets personnels de 5 personnes, supplément 80 F (12,20euros) pour la livraison des bagages à l’étape. Ce tarif est dégressif pour les périodes plus longues : de 1 250 F à 1 800 F (190,56 à 274,41 euros) la semaine.

50 F (7,62 euros) environ la nuit en gîte d’étape, 60 F (9,15 euros) le repas, 20 F (3,05 euros) le petit déjeuner, 35 F (5,34 euros) le pique-nique.