Entretien avec Adeline Wirth
jeudi 30 août 2007

Nonix-Wirth
Nonix et Adeline Wirth

Adeline Wirth a accepté de nous livrer ses impressions lors de la clôture des Championnats de France SHF Hunter 2007.

“Nous avons vu des chevaux, et pratiquement la moitié d’entre eux, dont on se demande comment ils ont été sélectionnés, quand on sait que pour les 4 ans, il faut deux deuxième primes et que pour les 5 et 6 ans, il faut obtenir au minimum une première prime, c’est-à-dire une note de 16 récompensant un vrai beau parcours et deux deuxième primes, soit deux fois 14. C’est tout de même difficile d’avoir 16 en tout cas avec des juges comme Michèle Cancre, Michèle Lamson, ou moi-même, soit des juges qualifiés et expérimentés. En réalité, les épreuves “consolantes”, ou petites finales, deviennent des épreuves d’entraînement pour des chevaux qui sautent mal. Les juges sont là à se fatiguer, à se creuser la tête pour mettre des notes, les organisateurs mettent en place de très beaux obstacles pour des chevaux qui ne le méritent pas. Je ne trouve pas ça normal. Le problème, c’est que cette mauvaise qualité de chevaux discrédite le reste des concurrents qui rentrent dans le standard que nous recherchons. On s’ennuie à voir des mauvais parcours, on donne une mauvaise image de la discipline, et au final, ça affaiblit la qualité des bons chevaux qui sont malgré tout assez nombreux. Disons que sur 100 chevaux on en a vu une dizaine qui tiennent la route et peuvent tout à fait prétendre à aller en Amérique. Bien sûr, si l’on se replace quelques années en arrière, l’évolution a été considérable, mais nous sommes toujours très loin des standards de la discipline. Evidemment, le Hunter est aux Etats Unis la discipline No 1 pratiquée depuis 70 ans, à une échelle qui n’a aucune commune mesure avec ce que nous faisons ici. Les Etats Unis c’est 50 fois la France, donc en tenant compte de ces paramètres, disons que ce n’est déjà pas si mal d’avoir 10% des chevaux dans le coup. Ce n’est pas une question de moyens, mais de culture. Aux Etats-Unis, dans n’importe quelle écurie de concours, on trouve forcément les trois quarts des chevaux qui pratiquent le Hunter, alors qu’ici la discipline est arrivée il y a 20 ans, donc quelque part à l’échelle de l’évolution, nous en sommes encore aux balbutiements. En revanche, je tiens à signaler que nous avons d’excellents cavaliers, qui n’ont rien à envier aux américains. Malgré tout, je suis contente de l’évolution du niveau chez les jeunes chevaux. Les bons sont vraiment bons, bien préparés, magnifiquement présentés, on est tout à fait dans le standard de référence. Nous n’avons pas encore le nombre, mais en tout cas la qualité est là, et je pense que de plus en plus de professsionnels se rendent compte du bien fondé de la discipline pour les jeunes chevaux. Cela dit, ceux qui vont gagner dimanche ne font pas à la fois les classiques et le Hunter. C’est une discipline de spécialité pure.En revanche au niveau national, je suis effondrée. Nous avons fait énormément pour la discipline depuis 23 ans, nous nous sommes donné beaucoup de mal, en formant des juges, en diffusant des vidéos, en allant dans toutes les ligues, on avait une vraie commission qui se réunissait presque tous les mois, mais aujourd’hui ça part carrément à volo. C’est une catastrophe, il n’existe presque plus de formation de juges, les gens qui sont à la tête de la discipline ne sont jamais allés ou retournés aux Etats-Unis et n’ont pas réactualiser leur vision des choses. Le Hockey sur glace est une discipline américaine, on la pratique à l’américaine, le soccer américain (notre football ndlr) est joué en fonction des critères français. On est en train de faire une espèce de “Hunter à la Française” pour que tout le monde puisse participer, sauter des petits obstacles, avec des chevaux moyens et finalement c’est au détriment de la qualité. Le Hunter n’est pas plus facile que le concours hippique, c’est même beaucoup plus difficile. Ce qu’on voit en majorité ce sont des cavaliers débutants sur des chevaux de club, et surtout c’est mal jugé. Les juges ne sont pas formés. Je constate un laisser aller dû sans doute à une trop grande ouverture du sport. En outre, pour rendre les choses plus faciles, les organismes officiels ont plus ou moins adapté le règlement en autorisant des points qui ne le sont pas dans les conditions initiales, comme par exemple la muserolle croisée et les guêtres. Je précise qu’ en concours SHF, le règlement est encore appliqué strictement, ce qui est rassurant. Dans le cadre des associations que nous avons montées, comme le “Hunter Club de France” ou “Objectif Hunter”, on pratique véritablement le Hunter à l’américaine. Je pense que tout a commencé à changer au moment des problèmes qu’a rencontrés la Fédération, depuis 3 ou 4 ans. Je pense que le fond du problème se situe au niveau de la formation des juges, qui est pour le moment pratiquement inexistante. Le gros souci est de trouver des gens qui aient à la fois la passion, le temps, et les compétences indiscutables. Il faut une certaine autorité pour être reconnu et respecté.” Petite précision apportée par Alain Blanquet, présent lors de cet entretien: “Il ne faut pas perdre de vue que les propos d’Adeline Wirth s’appliquent spécifiquement à l’épreuve de Hunter style. Pour ce qui concerne les épreuves d’Equitation, réservées aux cavaliers, que nous avons mises sur les rails voilà une vingtaine d’années également, les choses ne vont pas si mal que ça. Nous avions tout de même 1200 partants en Hunter à Lamotte Beuvron, ce qui est un résultat pour le moins encourageant. Je voudrais aussi ajouter, en tant que chef de piste que la plupart du temps les qualifications des jeunes chevaux se courrent sur des parcours de concours hippique, donc avec des spécifications différentes en raison du matériel disponible, le jugement est donc faussé au départ. ”Souhaitons donc à Adeline Wirth et à son équipe de passionnés de la discipline du “beau” et du “parfait” de trouver un moyen de transmettre leur savoir et de passer le flambeau à qui de droit lorsque le moment sera venu. Peut-être une profonde réflexion sur la communication autour de la discipline s’impose-t-elle ?

Photo d'archive