Table ronde SHF à Bordeaux
mardi 09 février 2010

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Frédéric Sauque, Christian Baillet, Markus Fuchs et Jehan Bertran de Balanda © Les Garennes

La détection du jeune cheval prometteur, puis sa préparation aux grands événements : comparaison entre les filières courses et sport. Tel était le sujet de la table ronde programmée lors du Jumping de Bordeaux par la SHF. Un thème qui s’est avéré passionnant grâce à la qualité des intervenants.

La Société hippique française (SHF), société-mère des épreuves de jeunes chevaux et de poneys en France, semble prendre ses marques au Jumping de Bordeaux où elle organisait à nouveau ses « Rencontres internationales » : pour le plaisir de ceux qui peuvent y assister sur place, elle profite de l’un des plus gros jumpings du calendrier français pour réunir autour d’une « table ronde » des intervenants de grande qualité sur des thèmes en rapport, bien entendu, avec son cœur de métier.Cette année : « détecter le cheval capable d’évoluer à haut niveau et le préparer à ces grands événements ». Un sujet dont on n’attend pas forcément de grosses surprises, mais la qualité du débat, remarquablement bien mené par Jean-Pierre Laborde (longtemps journaliste à France Info et passionné de chevaux), et la qualité des intervenants ont assuré une discussion agréable et instructive, dont voici quelques extraits.

Markus Fuchs : évidemment, chez un jeune cheval on juge la souplesse, la technique, etc. : des qualités qui peuvent sembler évidentes aux connaisseurs, mais en fait il y a beaucoup de bons cavaliers, de très bon niveau dans leur métier quand ils sont en piste, qui ne savent pas juger, détecter un jeune cheval. Moi j’ai été éduqué par mon père. Ca s’apprend.

Kevin Staut : oui, effectivement, Markus a raison de me regarder quand il dit ça, j’ai fait des erreurs parfois dans les jeunes chevaux que j’ai choisis et on apprend aussi comme ça. La différence entre sport équestre et courses, c’est que dans les courses on sait rapidement si le cheval sera bon ou pas ; dans le sport, c’est plus difficile quand on voit un jeune cheval de savoir s’il gagnera un jour en Grand Prix Coupe du monde. En tout cas je n’ai pas un don pour cela, du coup j’essaie maintenant de m’entourer de gens compétents pour cela, comme Bruno Rocuet.Plus on se rapproche de l’âge de sept ans pour un cheval, plus on approche de la vérité ; en deçà de cet âge, c’est bien de pouvoir l’évaluer chez soi.

Jéhan de Balanda, frère de Gilles Bertran de Balanda, entraîneur de chevaux de courses : J’aime bien acheter les poulains très jeunes. A l’âge adulte, un cheval revient de toute façon souvent à ce qu’il était quand il était foal. Foal, on voit leur équilibre naturel, et il y a eu moins de préparation, on voit mieux le cheval tel qu’il est vraiment. J’aime les foals avec de l’équilibre donc, et une belle tête, un bon œil, et qui ne stressent pas.

Frédéric Sauve, courtier dans le galop et le trot, amateur de chevaux de sport également : dans le trot et les courses d’obstacles, l’entraîneur est primordial. Dans le plat, on sait rapidement si le cheval est bon ou pas, et le très bon cheval est forcément bien né, il a de très bonnes origines. L’homme est moins déterminant que dans le trot ou l’obstacle.

Jéhan de Balanda : J’ai toujours été fasciné par le Pur-sang, c’est ce qui m’a entraîné vers les courses. Le cheval de plat, c’est la Ferrari. Avec le cheval d’obstacle ou le Trotteur, le travail de l’homme a effectivement plus d’importance, on arrive à améliorer des chevaux un peu délicats par le travail du matin. Dans le plat, le moteur est là ou pas.

Markus Fuchs : Aujourd’hui, il y a vraiment beaucoup plus de bons cavaliers qu’autrefois. Les chevaux ont donc beaucoup plus de chances d’y arriver. On voit en Hollande des cavaliers dont on n’a absolument jamais entendu parler et qui montent extrêmement bien !

Jean-Maurice Bonneau, ancien entraîneur de l’équipe de France de saut d’obstacles : La préparation initiale est très importante. L’outil circuit SHF est, à ce titre, formidable. Mais il faut savoir l’utiliser.Pour deux chevaux de qualités identiques, leurs parcours seront différents selon les maisons dans lesquelles ils sont nés ou dans lesquelles ils arriveront. Si le poulain est bien élevé, bien nourri, bien débuté, il a plus de chances d’aller loin.

Jérôme Thévenot, vétérinaire de l’équipe de France de saut d’obstacles : Comment faut-il préparer le jeune cheval ? A partir du moment où il a été « checké », on a une vue globale de sa locomotion. Cela permet au cas par cas de décider de leur parcours. Certains sont plus aptes que d’autres à démarrer une saison de 4 ans un peu forte. C’est tout un dialogue entre l’éleveur, le cavalier et le véto, pour une question de dosage aussi bien pour le travail sur le plat que pour le nombre d’engagements en épreuves.

Markus Fuchs : Les bons chevaux, il faut les économiser, mais bien les entraîner à la maison. Mes chevaux sont toujours sortis deux fois par jour. On peut les casser aussi en les laissant trop au box. Il faut faire attention à ne pas leur en faire faire trop, mais pas trop peu non plus.

Kevin Staut : Le travail sur le plat est important. De plus en plus d’écuries en Belgique, Hollande, ont des cavaliers de dressage pour préparer les chevaux d’obstacles. C’est également le cas au Haras de Hus, où je travaille.

Jean- Maurice Bonneau : il faut travailler les chevaux sur le plat pour leur dressage, mais aussi dans un but de travail cardio-respiratoire, pour l’appareil musculaire. Et il faut les gymnastiquer sur de petits obstacles variés, naturels… Les chevaux ont besoin de respirer, de sortir le plus possible, ce sont des athlètes, on ne peut pas leur demander de gros efforts s’ils ne sont pas entretenus physiquement. Il faut prendre le temps de les regarder, de les écouter, de s’adapter à chaque cas. Et je n’apprendrai à personne que tout cela a un coût !

Christian Baillet, propriétaire, vice-président de la SHF : Cycle libre, cycle classique, A ou B… Il faut pouvoir détecter rapidement le niveau probable du cheval. Or, on peut souvent se prendre à rêver. Et se tromper a un coût. Pour moi, à quatre ans il faut savoir ne pas trop demander, ne pas vouloir arracher le sans faute à tout prix. C’est le but de notre TDSO (test de disponibilité, à effectuer à quatre ans, ndlr), à la SHF, que nous faisons évoluer, toujours dans l’esprit d’obtenir en fin de 4 ans des chevaux souples, soumis et dressés.

strong>Jehan de Balanda : en France, nous faisons courir les chevaux de courses d’obstacles dès l’âge de trois ans, donc plus tôt que les Anglais. Donc ils sont très friands de nos chevaux, dont ils détectent les qualités plus tôt, et nous avons un très gros marché avec eux.

Peut-on faire un parallèle avec le marché du cheval de dressage en Allemagne et en Hollande, pour lequel les aptitudes des jeunes chevaux peuvent être détectées beaucoup plus tôt qu’en saut d’obstacles et qui attire donc de nombreux investisseurs dans ces pays ? Que faudrait-il faire pour que les éleveurs français s’y intéressent plus et peuvent-ils rattraper leur retard ?Christian Baillet : pour qu’un marché se développe, il faut de l’offre et de la demande. Je crains qu’en France, on ait un déficit des deux côtés. Et je crains qu’améliorer l’offre ne soit pas suffisant.

Kevin Staut : je confirme qu’il n’y a pas de clientèle en France pour les chevaux de dressage. En Allemagne, le système se rapproche de celui des courses car en dressage on peut détecter les allures, le talent, plus précocement qu’en saut d’obstacles. Le Haras de Hus a donc fait des achats et a essayé de produire de bons chevaux dans ce domaine, mais cela n’a rien apporté du point de vue du commerce.